Le jour d’après

    Qui vient à la cour d’assises chercher la vérité en ressort avec une vérité judiciaire. Il y a à peu près autant de ressemblances entre elles qu’entre un tableau de Renoir et sa reproduction sur une boîte de chocolats.

    Willy Bardon est donc coupable d’avoir enlevé Élodie Kulik puis de l’avoir violée, avant ou après son copain Wiart, dont l’ADN a été retrouvé dans un préservatif abandonné entre les jambes de sa victime. Willy Bardon, toujours selon cette vérité judiciaire, n’a pas participé au meurtre de la jeune femme.

    Jacky Kulik est reparti satisfait du palais de justice et qui pourrait ne pas le comprendre, après dix-sept ans d’un combat qui l’a fait tenir debout. Hier, il a dû affronter le jour d’après, celui où le vide succède au trop plein.
    Willy Bardon est reparti en ambulance du palais de justice. Sa tentative de suicide, à l’énoncé du verdict, ressemble trop à l’ultime geste de Rose-Marie Kulik, en juillet 2003, pour qu’on ne les rapproche pas, mais honte à qui prétend sonder les âmes ! Son autolyse est-elle un aveu ou une ultime clameur d’innocence ? Pour les consciences, le huis clos est de droit. Son jour d’après, il l’a passé au pays entre vie et mort, dans ce no man’s land où a vécu la cour d’assises d’Amiens pendant trois semaines. Tous, nous affrontons le jour d’après. On ne se fait pas à la peine d’un père. On ne se fait pas à la défaite du condamné. On se dit « et si… » On ne se fait pas à la ville endormie, à la maison vide, à la poubelle à rentrer après avoir passé quatre-vingt-dix heures dans le sang, le sperme et la boue. On ne s’y fait pas et c’est tant mieux.
    Restent les doutes. On envierait presque ceux qui ne doutent pas. Que l’existence doit leur être douce… Mais bienheureux les fêlés, car ils laisseront passer la lumière !
    Pendant une suspension d’audience, vendredi, on parlait justement de ce sacré doute avec Me Dorothée Fayein. Elle nous a conseillé d’écouter la chanson d’Anne Sylvestre, J’aime les gens qui doutent. Trouvez la, sur YouTube, ou mieux encore, chez votre disquaire. En attendant, en voici un couplet :
    « J’aime les gens qui doutent, les gens qui trop écoutent leur cœur se balancer.
    J’aime les gens qui disent et qui se contredisent et sans se dénoncer.
    J’aime les gens qui tremblent, que parfois ils ne semblent capables de juger.
    J’aime les gens qui passent moitié dans leurs godasses et moitié à côté. »
    On devrait toujours laisser le dernier mot aux poètes…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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