Le lapin et le ouistiti

    Dominique part au quart de tour. En quelques mois de relation, même pas de cohabitation, il commence à penser au mariage. Il faut dire qu’elle l’appelle « mon petit lapin » et qu’il la nomme en retour «mon ouistiti ». « C’est un passionné. On croirait un jeune de 20 ans. Ses textos sont pleins de smileys et de petits cœurs » , note son avocate M e Brochard-Bédier. La jeune femme commence à prendre peur, elle qui, tout juste séparée, ne cherchait qu’une aventure récréative. En juin, elle décide de rompre. Dominique le prend mal. Très mal.
    Pour ne rien arranger, elle s’éprend d’un individu peu recommandable qui ira jusqu’à brûler sa voiture. Il n’en faut pas davantage pour que Dominique se sente l’âme d’un chevalier servant. « Contre mon avis, il a décidé de s’installer chez moi le 14 août, se souvient-elle. Le 15, il m’a fait mal en me serrant très fort les poignets dans la salle de bains. Le 16, j’ai réussi à partir avec les enfants. » Pendant cinq jours, il l’abreuve de 600 coups de fil et de textos ! Le 20, elle demande l’aide de la police pour rentrer chez elle.
    Les violences comme le harcèlement, Dominique les reconnaît à la barre du tribunal correctionnel, mais « c’est que de l’amour ». Ce n’est pas l’essentiel, à vrai dire, ni les trois mois avec sursis dont il écopera. Il parle ! Il parle ! On ne l’arrête plus. Il raconte une belle histoire dans laquelle il a le premier, et le plus beau rôle. « Je lui ai appris ce que c’est que la vie, les roses, les dîners. J’ai tout refait dans sa maison. C’est moi qui l’ai larguée. Elle m’a demandé de virer celui qui la tabassait. Moi, je lui ai dit de porter plainte en en rajoutant plein, que comme c’est une femme, ils allaient la croire. Résultat : c’est tombé sur moi ». « Victimisation », tranche la procureure Gibaldo qui estime que les auditions du personnage « sont pleines de divagations » . Il fait le beau, Dominique, mais quand on lui rappelle qu’après la plainte, il a continué à suivre son mirage amoureux et à l’appeler, il se fissure : « Je voulais juste savoir pourquoi j’étais largué et entendre sa voix. Je l’aime encore… »
    « Beau et con à la fois… » (Jacques Brel).
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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