Le mari, la femme, l’amant… et le chèque

    Un couple du Vimeu a été condamné pour avoir piégé, violenté et rançonné l’amant de la dame.

    Au départ, l’histoire est banale. Marc (prénom modifié), un médecin de campagne, séparé, plus près de la retraite que de la sortie de la faculté, noue des liens d’amitié avec Daniel, 64 ans, boucher en retraite, président de la société de chasse de Nibas et son épouse Maryse, de onze ans plus jeune, aide-soignante à Abbeville. Il soigne le couple mais il ne répugne pas à rester manger après la consultation. «C’était un bon copain», admet Daniel. Le problème, c’est que Marc rend d’autres visites à la rue du Moulin, précisément quand le maître des lieux est absent, et ausculte alors de très près Maryse. Et pas qu’une fois: leur liaison dure onze ans et ne prend fin qu’il y a quelques mois.

    Maryse vit mal cette séparation, elle qui refuse de partir avec son amant mais peine à s’en passer: «Je me sentais faible. Il était comme une drogue pour moi». Alors elle avoue tout à son mari, qui, bon prince, pardonne, mais sort son fusil, prépare deux cartouches à blanc et annonce qu’à sa prochaine visite, Marc aura «la trouille de sa vie». La femme décide de précipiter cette vengeance. Elle envoie un texto pour convier son amant à une nouvelle rencontre galante, le 1er mars à 10 heures. «Et ton mari ?», s’inquiète le médecin de famille. «T’inquiète pas, il est au Salon de l’agriculture», le rassure la Bethsabée.

    “Baisse ton pantalon !”

    Marc ne sera pas émoustillé longtemps. Daniel sort d’un réduit. Il charge son arme et assène un coup de crosse (huit points de suture) au crâne de son rival. Ce dernier est projeté à terre et roué de coups. Maryse s’en mêle. À l’aide d’une «pile de vache» (un appareil destiné à aiguillonner les bêtes), elle électrocute son ex-amant. Le plus surréaliste reste à venir. Maryse a expliqué à son mari qu’elle ne l’a pas vraiment trompé, puisque le petit sexe de son amant l’empêchait souvent de la pénétrer. Daniel oblige donc Marc à baisser son pantalon! «Je voulais voir ce qui attirait autant mon épouse», justifiera-t-il. La victime implore: «Dites-moi ce que vous voulez ?» Daniel répond: «Des sous. Dix mille euros!» Puis il réfléchit: «Non ! Onze mille ! Mille par année où tu t’es servi de ma femme comme d’une esclave».

    Le docteur tente de faire un virement sur son téléphone; il n’y parvient pas. Il part donc chez lui chercher son chéquier. Sous le choc, la victime revient à 11 heures et signe le chèque qui sera déposé sur le compte du couple à midi. Il ne portera plainte que le lendemain vendredi 2 mars.

    Tous les deux en prison

    Pour Me Devauchelle, partie civile, c’est bien la femme «qui crée cette confrontation». Le rôle de Maryse, en effet, interpelle tout le prétoire. Son conseil, Me Houzé, tout en regrettant l’absence d’expertise psychologique, a son idée: «En participant aux violences, elle prouvait qu’elle avait fait son choix. C’était un moyen de regagner la confiance de son mari».

    Pour la violence et l’extorsion, la procureure Ruard requiert huit mois avec sursis (les deux prévenus sont inconnus de la justice). Fait assez rare: le tribunal dépasse les réquisitions. Daniel et Maryse, qui s’embrassaient dans l’attente du délibéré, sont condamnés à huit mois de prison dont un ferme et placés sous mandat de dépôt. Dès lundi soir, ils ont dormi en prison. Même pas ensemble…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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