Le syndrome de l’infirmière

    Sur le papier, les faits dont répond Arnaud, 48 ans, en comparution immédiate sont d’une banalité de nougat à Montélimar : violences sur conjointe et conduite d’un véhicule en état alcoolique. Sa personnalité, en revanche, sort de l’ordinaire.

    La vie d’Arnaud a basculé, au sens premier du terme, en 2013, quand une chute de 15 mètres de haut l’a plongé dans le coma. Très classe, son ex-femme en a profité pour lui annoncer une procédure de divorce, révèle son avocat Me Anne-Laure Pillon. Le problème d’Arnaud, sur ce point comme sur tant d’autres, c’est qu’il n’accepte pas d’avoir le mauvais rôle. Traduit par lui, l’épisode devient donc : « Vu mon état de santé, je lui ai demandé de me quitter. Je ne voulais pas être un poids. » L’expert le décrit comme « narcissique ». Arnaud a une haute idée de sa personne. Il s’étend longuement sur son tour de France du compagnonnage, ses talents de sculpteur ou de poète (il s’est remis à l’écriture en détention, ce qui doit changer les gardiens de leurs pensionnaires habituels !).

    Il peine en revanche à admettre son handicap, son allocation d’invalidité, sa mise sous curatelle et ses problèmes récurrents avec l’alcool, qui voisine dangereusement avec sa consommation de médicaments.

    En 2017, à Doullens, Arnaud et Delphine nouent une idylle. « C’était un amour fou, fusionnel » se souvient-elle. Elle aussi, elle a tendance à rêver sa vie. Arnaud tempère : « Elle voulait me soumettre, elle voulait tout gérer ». Me Pillon renchérit : « Elle était tout le temps là. Elle se mêlait de tout, certainement en voulant bien faire ». Même l’agent de tutelle confirme : « Elle voulait s’occuper de ses affaires. Elle demandait même à assister aux entretiens. » Après une vie pas facile non plus, Delphine s’était mis en tête de sauver Arnaud, encore plus abîmé qu’elle. C’est le syndrome de l’infirmière mais Arnaud ne voulait pas jouer les patients modèles. Alors il a décidé de rompre, ce qu’elle n’a pas accepté.

    Le 3 août, parce qu’il ne répondait pas au téléphone, elle est venue toquer à sa porte. Il avait bu et ne tenait pas debout. Elle a pris son mobile pour appeler le SAMU. Il a vu rouge et attrapé « le premier truc qui m’est tombé sous la main ». Pas de chance, c’était un lourd verrou en métal, qui a fait un trou dans le crâne de la femme, laquelle s’est retrouvée au sol, dans une flaque de sang. Et Arnaud est monté dans sa voiture sans permis, malgré l’alcool.

    Jugement : six mois dont trois ferme.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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