L’enfant “frappé” avait menti

    Poursuivi pour avoir jeté un pyjama vers son fils

    Santerre : Sa console de jeu confisquée, un enfant de 9 ans a accusé son père de violences. Après un an de procédure, le papa a été relaxé.

    À l’audience de ce mercredi 22 mai 2019, le tribunal d’Amiens a relaxé un père de famille de 46 ans, accusé de violences sur son fils de 9 ans. La fin d’un « cauchemar qui a duré une année», selon son avocat M e Demarcq.
    Tout commence le 25 mai 2018. Dans un village de l’est de la Somme, l’institutrice remarque une trace sur le visage d’un élève. Elle le questionne. Il balance : « C’est mon père qui m’a frappé parce que je ne voulais pas descendre manger. Ce n’est pas la première fois qu’il me bat. Ma mère m’a dit de ne rien dire ». L’enseignante fait remonter l’information, qui arrive jusqu’au parquet, lequel demande aux gendarmes d’enquêter.
    IL TRAITE SON PÈRE DE « BOUFFON »
    À vrai dire, les déclarations du petit évoluent très vite, « les coups » deviennent « une gifle», puis plus rien, quand il admet avoir menti «pour que la maîtresse, elle me calcule ». La mère est la première soumise au feu des questions (le père ne sera convoqué qu’en septembre !) Elle explique que le soir du 24, le père et le fils ont joué « à la bagarre » , puis que l’enfant a pris sa douche et a voulu jouer à nouveau. Le papa a refusé ; l’heure était au pyjama et au dîner. L’enfant s’est mis en colère et l’a traité de « bouffon ». Le père a jeté sur le lit le pyjama et lui a confisqué sa console PS4. « C’est la seule chose qui l’atteint», avoue la mère. Le garçon a refusé de manger et du haut de l’escalier a gratifié ses géniteurs d’un tonitruant « Famille de merde».
    « Le jeu Fortnite a complètement changé son comportement. Il pique des crises quand on lui dit d’arrêter »
    Il faut surtout savoir que cet enfant, plutôt précoce, souffre de troubles du comportement dont ses parents, décrits comme « trop gentils » par la nounou ou l’entraîneur de foot, sont conscients puisqu’ils l’avaient fait suivre deux ans avant les faits (et c’est toujours le cas).
    Savoir aussi, car ça ressort du dossier, qu’il est capable d’affabulation. Les parents, dos au mur, l’ont prouvé en enregistrant cette conversation, un jour où le clavier d’ordinateur lui avait été confisqué : « Je vais mentir, je dirai que vous m’avez frappé, vous irez en prison, j’irai en foyer et je l’aurai mon clavier ». La nounou confirme cette addiction aux écrans : « Un jour, il s’est mis un couteau sous la gorge parce qu’on l’avait privé de ses manettes de jeu » . Le père opine : « Le jeu Fortnite a complètement changé son comportement. Il pique des crises quand on lui dit d’arrêter. Il m’insulte quand je débranche internet ».
    Voilà où on en est ce mercredi : un enfant malade, des parents accusés et le ministère public qui ne peut plus retenir en guise de violence que le jet du pyjama (puisqu’il semble admis que le garçon s’est automutilé) mais requiert quand même une condamnation à un stage de parentalité.
    Me Demarcq s’enflamme : « À aucun moment ces parents n’ont été présumés innocents ! On peut tous s’identifier à eux. La seule chance de ce père, c’est que son gamin l’ait accusé d’une claque et pas d’autre chose ». Un ange d’Outreau passe…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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