Les deux dirigeants du club de tir royen relaxés

    Le stand de tir de Roye avait été fermé administrativement après qu’un tireur eut été blessé par un ricochet, le 3 juin 2018. Ce jeudi après-midi au tribunal d’Amiens, ses deux dirigeants ont été relaxés du chef de blessures involontaires.

    Roye 80 licenciés au tir royen mars 2015

    Le 3 juin 2018, Maxime, membre du club de tir de Roye depuis deux mois, se rend aux anciens abattoirs, l’un des deux pas de tir de ce club fort de 90 licenciés. Il désire essayer un fusil de chasse, de marque Mauser. Daniel, l’un des membres du bureau, est justement présent en ce dimanche. Il lui donne son accord. Maxime tire le premier et propose à Daniel d’essayer son arme. Ce dernier accepte, presse la détente et… entend un petit cri de Maxime : « J’ai reçu une balle ! »

    Le tireur chevronné de 59 ans se souvient : « J’ai d’abord cru qu’il faisait une plaisanterie. Puis j’ai vu le sang couler… » Le jeune homme a été touché à l’aine, certainement par ricochet. Il doit être opéré en urgence. « On m’a ôté un morceau de métal d’un millimètre sur deux, lourd de trois grammes. On ne sait même pas si c’est le plomb ou seulement son enveloppe. Heureusement, je n’ai aucune séquelle »  : la victime est rassurante, à la barre du tribunal d’Amiens, ce jeudi 10 janvier, alors que sont jugés Daniel et Éric, 57 ans, le président de la société de tir, pour « blessures involontaires par maladresse, négligence, inattention ou manquement à la loi ».

    « J’ai reçu une balle ! »

    L’arme, ainsi que les installations, ont été inspectées à la loupe : tout est en ordre. Rien, dans l’homologation du club auprès de la fédération et de la préfecture, n’interdit le tir d’arme à gros calibre. C’est le cas, en revanche, dans le règlement intérieur du club (au-dessus de 4,5 mm). «  Mais on autorisait, deux ou trois fois par an, un chasseur à essayer son fusil, pas sur une cible mais sur une butte de sable », avoue Daniel.

    Totalement blanchis par la justice

    Sur cette base, le parquet demande la condamnation des deux hommes à une amende. Me Philippe Pourchez, en défense, rappelle qu’un « règlement intérieur, ce n’est pas la loi ». Il souligne surtout que cette disposition avait pour seul but de protéger les installations et ose cette analogie : « Un commerçant interdit d’entrer dans sa boutique avec les pieds mouillés parce qu’il veut garder son sol propre. Un client entre quand même avec ses souliers trempés, il glisse et se blesse. Va-t-on poursuivre le commerçant pour blessures involontaires ? »

    Un ancien para et garde républicain, champion de tir, intervient à son tour : « C’est la loi de Murphy, celle de l’embêtement maximum, une succession de petits faits qui s’accumulent. Une balle qui ricoche dans le sable, c’est imprévisible. Le risque zéro n’existe pas ». Me Pourchez rappelle ce joli mot d’Éric Tabarly : « Celui qui passe par-dessus bord n’a pas sa place à bord ».

    Les deux dirigeants du club royen sont relaxés. Le pas de tir à 25 mètres devrait bientôt rouvrir. Quant aux deux bénévoles, champions de leur discipline et éducateurs émérites, ils iront demander le droit d’assouvir leur passion devant le tribunal administratif.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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