Les imprudentes

    Il fait chaud en cette audience du mois d’août. Pourtant, les cinq jeunes filles qui se serrent sur le banc des parties civiles portent toutes un pantalon. C’est peut-être un détail pour vous mais pour elles, ça veut dire beaucoup.
    Toutes, peu ou prou, ont aimé Robin, 23 ans, qui répond d’atteinte à l’intimité, de harcèlement sexuel et même d’atteinte sexuelle (l’une était mineure). Les faits ont eu lieu dans l’ouest de la Somme, entre 2012 et 2017. Il est étudiant en pharmacie.
    Il « présente bien », dans sa chemisette et son bermuda de marque. Il n’a pas peur de montrer ses jambes, lui…
    Robin était (on emploie prudemment le passé) un serial dragueur, du genre insistant, multipliant les conquêtes. Que l’une n’ait que 13 ans alors qu’il venait de devenir majeur ne l’a pas gêné plus que ça. Il la tenait en menaçant de révéler leur relation à sa grande sœur… Vidéaste amateur et à mateurs, Robin a souvent immortalisé sa bonne fortune, filmant ses ébats, avec ou sans l’accord de sa partenaire.
    Il a aussi fixé des images dénudées de ses interlocutrices sur les réseaux sociaux, les partageant ensuite avec ses copains. « C’était pour me vanter. C’était le jeu un peu idiot du tableau de chasse », justifie-t-il.
    Entendons-nous : Robin n’est ni un violent ni un violeur. Il faut assister à l’audience pour constater les dégâts qu’il a commis ! Les filles se terrent sur leur banc. Elles n’osent pas tourner le regard vers lui. Elles murmurent au micro mais tiennent à témoigner : « C’est un malade mental, un pervers, un manipulateur ». « C’est un prédateur ». « Il a une relation malsaine avec le sexe, ce n’est pas cette audience qui va l’arrêter. »
    Sa dernière copine régulière est au bord des larmes : les amis de Robin l’ont vue lui prodiguer une fellation. « Ma vie s’est écroulé. Je ne savais pas qu’il me filmait. Oui, j’ai piraté son Facebook et j’ai trouvé ma photo. Sur son ordinateur, il m’a suffi de taper en mots-clés « bite », « sexe », « sucer » pour voir des photos de moi. Dans la rue, j’ai l’impression que tout le monde m’a vue nue… Avec les garçons, depuis, c’est très compliqué . »
    « Oui je me suis laissée filmer nue, admet une autre. C’était plus par lassitude. Il insistait tellement. Je ne pensais pas qu’il les diffuserait. Quand j’ai su, j’ai laissé tomber ma formation, je me suis repliée sur moi-même. J’ai perdu toute estime de moi. Je me sentais sale. »
    Le président insiste sur la prudence que devraient adopter les jeunes filles. « N’est-ce pas un souci de génération ? », interroge-t-il. Une victime tranche : « Non, c’est un souci d’éducation ».
    Robin est condamné à huit mois de prison avec sursis.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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