Le premier, Jérémie, 30 ans, pousse la porte du commissariat d’Amiens pour porter plainte contre Jacky, 60 ans. L’un a été salarié en CDD de l’autre (et de sa fille), dans un hôtel de la métropole. En arrêt maladie depuis août 2016, Jérémie s’oppose à son ex-employeur quant au paiement de primes. En novembre, il se rend à l’hôtel pour faire remplir des papiers de l’inspection du travail. « La patronne a déchiré une feuille et jeté l’autre par terre, explique Jérémie à un policier. Puis son père est arrivé. Il m’a saisi au bras et m’a traîné jusqu’à ma voiture tout en me menaçant : Je te casserai la gueule, gros pédé ». Il présente un certificat de médecine légale faisant état d’un « érythème » entre le coude et l’épaule. La copine qui l’accompagnait confirme l’insulte à caractère sexuel, ainsi qu’une passante a priori neutre.
    Jacky nie en bloc. « C’est bien simple, on a une caméra de surveillance, vous pourrez voir », indique-t-il au policier. De fait, sur ces images, on constate qu’aucune feuille n’a été déchirée ni jetée et que Jacky a certes posé sa main non loin de l’épaule, mais furtivement.
    « Et je n’ai pas serré », insiste-t-il. Nouvelle audition de Jérémie : « J’ai menti, je me suis blessé en montant dans ma voiture », avoue-t-il. Cette fois, c’est lui qui est poursuivi pour fausse dénonciation. Il doit comparaître en plaider-coupable mais se confie à son avocate Caroline Jean : « Le policier m’a dit qu’il connaissait mon patron et que si je n’avouais pas, il me plaçait en garde à vue. Il a tapé du poing sur la table, j’ai eu peur. »
    Donc, échec du plaider-coupable et convocation en mars 2018 devant le tribunal correctionnel en compagnie de… Jacky. Oui, parce qu’entre-temps, Jérémie a rédigé une citation directe à son encontre, pour violences et injure (ça va, vous suivez ?).
    En mars, Me Stanislas de la Royère fait constater la prescription des injures en raison de l’orientation sexuelle. L’affaire est renvoyée : il s’agit de trouver la vidéo pour que les juges la visionnent.
    En février 2019 (ouf !) l’affaire est enfin audiencée. Jacky nie toujours et Jérémie maintient ses accusations. Son avocate relève que s’ils sont prescrits, les propos homophobes sont bien « la seule infraction dont on est sûr ». Quant à la blessure, « lorsque mon client a poussé la porte du commissariat, il était dans un tel état qu’il ne pouvait savoir à quoi elle était due. Il n’a jamais eu l’intention de dénoncer des faits qui n’étaient pas arrivés ». Ainsi, au troisième procès, après deux ans et trois mois de procédure, quatre auditions au commissariat, des tonnes de papier, des heures de travail de greffiers, magistrats et avocats, Jacky et Jérémie sont tous deux relaxés ! Ça fait quand même beaucoup de bruit pour rien…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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