Monsieur chasse

    En juin dernier, le couple formé par Benoit et Sandrine, dans un village des environs de Péronne, se délite, après onze ans de vie commune dont est né un fils (madame avait déjà trois enfants d’un autre lit). Ils vivent encore sous le même toit mais ont décidé de se séparer. C’est le début de la guerre, les manœuvres d’approche, les escarmouches… On n’a pas encore envahi la Pologne mais on place souvent la question des Sudètes dans la conversation.
    Quand l’amour laisse place à la haine (son pendant le plus naturel), on cherche à frapper là où ça fait mal. Celle qui n’a jamais ouvert Auto Plus se prend soudain de passion pour le SUV du couple. Elle le trouve trop gros, trop polluant, impossible à garer mais puisque monsieur l’aime tant, elle demandera à le récupérer. Celui qui ne sait même pas où se rangent les chaussettes s’amourache de la commode du dressing. Qu’en fera-t-il ? Va savoir, mais puisque madame l’aime tant, c’est décidé, il la veut.
    Benoit, 42 ans, aime la chasse. C’est une passion héritée de son père et qu’il compte bien transmettre à son fils. « Il vient déjà au bois avec moi, il adore la nature », annonce-t-il fièrement. Quand Sandrine frappe à la porte de la gendarmerie, en juin 2018, c’est donc pour dénoncer des violences que son conjoint aurait commises au retour du tir aux pigeons. Il aurait été si aviné qu’une fois, « il s’est même écroulé dans la salle de bain et a uriné par terre, avant de me saisir brutalement à la cheville ».
    Avec sa fille, elle décrit aussi une scène datant de mai, lors de laquelle Benoit, ivre encore, les aurait chacune étranglées tout en les menaçant de son fusil de chasse. Me Geoffrey Gimeno ne veut pas jouer le gibier docile : « Il va quand même falloir m’expliquer comment un type saoul va d’abord à l’armoire aux fusils, qui est verrouillée, puis au placard aux munitions, puis retourne étrangler les deux femmes tout en les mettant en joue ! » Certes, avec autant de bras, ce n’est plus un mari violent, c’est une pieuvre.
    En attendant, Benoit est poursuivi par la justice et les gendarmes saisissent ses fusils. Sa femme part avec leur enfant, qu’il ne reverra que quatre mois plus tard, grâce à une décision de justice. « Elle veut faire sa loi, elle veut me priver de mon fils et de ma passion. Elle avait même demandé au juge de spécifier que je n’avais pas le droit de l’emmener à la chasse… » commente-t-il, alors que le procureur requiert contre lui la confiscation des armes et trois ans d’interdiction de chasser.
    Jugement : relaxe au bénéfice du doute. Le coup passa si près…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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