Ni tout blanc ni tout noir

    Dans la vie, rien n’est simple ; rien n’est tout blanc ni tout noir. Pourquoi en irait-il autrement au palais de justice ?
    Sur le papier, Vincent a tout faux. Il est accusé d’avoir frappé sa femme le 24 juin dernier, à Abbeville ; il reconnaît l’avoir « ballée » (faite tomber) et lui avoir porté « trois gifles ». Le grand méchant, c’est lui. Au suivant !
    Le couple a trois enfants, dont deux grandes filles. Les policiers les ont interrogées. Elles donnent une couleur différente à ce dossier. « Mon père est très malheureux de vivre avec une femme bipolaire. Elle n’arrête pas de lui faire des reproches, elle le pousse à bout », détaille la plus âgée. « Elle n’arrête pas de lui faire des réflexions, elle le pousse à bout. Ce jour-là, elle a fait exprès de tomber », renchérit la cadette.
    L’audience oblige à lever le voile sur le fonctionnement du couple. Vincent a travaillé toute sa vie, jusqu’à être cloué au lit par d’intenses douleurs dorsales, qui l’obligeront à se faire opérer à Berck. Sa femme était en effet bipolaire. « Elle ne faisait rien de la journée, elle dormait tout le temps dans le canapé », attestent leurs filles. Handicapé, il ne ramène plus de paie à la maison et il ne peut assumer toutes les corvées, ce qu’elle lui fait amèrement remarquer. « Elle était même méchante », poursuivent les filles, qui décrivent une scène étonnante : « Quand elle ne voulait pas s’occuper de notre petit frère, elle le lui claquait sur les genoux tout en sachant que ça faisait très mal à papa.»
    Paradoxalement, l’homme qui avance en boitillant à la barre décrit la double violence – celle de ses coups puis celle de la garde à vue – comme un électrochoc salutaire. « J’aurais dû partir avant mais je n’imaginais pas laisser mes enfants. Maintenant, on est séparés. » Et il distingue les trois syllabes : « SÉ-PA-RÉS », comme si la diction avait force de loi. Interdit de contact avec celle dont il a partagé la vie pendant vingt-deux ans, il est parti vivre chez sa fille aînée. L’opération a réussi. Il espère maintenant retravailler dans quelques mois.
    Il s’est soumis de bonne grâce à l’obligation de soins psychologiques. «Ça l’a changé : se confier, être entendu, il n’en avait pas l’habitude à la maison », constate son avocate Me Clarisse de Saint-Amour.
    Jugement : quatre mois avec sursis.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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