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Coups de barre Procès verbaux

Oise. Procès de G. Fouquet pour meurtre à Margny-lès-Compiègne

03/11/2020

L’accusé nie toute intention homicide

“Non je ne l’ai pas tué ! » Grégory Fouquet a répété hier la position qui fut la sienne au terme de l’instruction relative à la mort de Jean-Paul Lignereux, 58 ans, en août 2017. Le verdict est attendu jeudi.

Au début de cette histoire, Grégory Fouquet est un héros : le 4 août 2017, vers 19 heures, de retour du travail, il a plongé dans l’Oise, à Margny-lès-Compiègne, afin de repêcher un noyé. Si le héros est devenu un accusé (de meurtre), c’est que la victime est morte le lendemain et surtout que toutes les constatations ont démenti le joli conte de Fouquet. Les deux fils et l’ex-femme de la victime attestent que les deux hommes leur ont rendu visite, à Clermont, en milieu d’après-midi. Grégory, agressif, a réclamé, en vain, qu’on lui rembourse une dette de 500 euros. Il a quitté les lieux sur cette menace : « On rentre à Compiègne, je te tabasse et je te fous dans l’Oise » . Or Lignereux est décédé non pas de noyade mais à cause d’une hémorragie crânienne. À cet égard, l’expertise du légiste, ce mercredi, s’annonce cruciale.

Grégory Fouquet a expliqué à la psychologue avoir donné une claque – « d’accord, une forte claque » – à son copain de galère parce qu’il l’avait traité de « bâtard ». « Il est resté par terre. J’ai voulu lui ramener une bière pour m’excuser mais j’avais oublié ma sacoche. Quand je suis revenu, il était dans l’eau. » Vu comme ça, il s’agit de coups ayant entraîné la mort sans intention de la donner. C’est son dernier mot. Avant, il a beaucoup menti aux policiers mais se serait aussi vanté devant un compagnon de geôle : « J’ai tué un mec ».
La victime, SDF, était très affaiblie. L’éducatrice du SAMU social se souvient d’un homme « avec des problèmes médicaux lourds. Il souffrait d’incontinence, il avait d’énormes problèmes d’hygiène. Un jour il est arrivé maquillé en commando. Il disait qu’on était envahi par les Russes ».
DEUX HOMMES FRAGILES
Fouquet était sorti de prison depuis le mois d’avril, au terme de sa onzième condamnation. Son passé judiciaire est émaillé de violences, de menaces de mort et de trafic de stupéfiants. Son état psychologique lui permettait de toucher l’allocation adulte handicapé. La psychologue parle à son sujet « d’immaturité et d’égocentrisme ».
Il a toujours vécu chez ses parents, à Bienville. Le tableau dressé par l’enquêtrice de personnalité n’est pas tout noir : « Une voisine dit qu’il était très serviable. On le décrit même comme trop gentil, victime de profiteurs quand il avait touché son allocation ou sa paie ». L’accusé, un petit homme de 34 ans aux cheveux sombres, a toujours tenté de travailler, malgré son retard mental, entre deux séjours en prison. « Mais quand il avait bu, excusez l’expression, il était très chiant », résume un de ses copains.
04/11/20

La version idéale de Fouquet face à la réalité

Verdict ce vendredi, dans le procès de Grégory Fouquet, accusé du meurtre d’un SDF, en 2017.

LES FAITS
GRÉGORY FOUQUET, 34 ANS, de Bienville près de Compiègne, comparait pour le meurtre de Jean-Paul Lignereux, 58 ans, le 4 août 2017 à Margny.
À 19 HEURES, LA VICTIME AVAIT ÉTÉ SORTIE DES EAUX DE L’OISE par Fouquet lui-même, victime de noyade et surtout d’une hémorragie cérébrale liée à un coup violent au crâne.
FOUQUET NE RECONNAÎT QU’UNE CLAQUE. Le verdict est attendu ce vendredi soir.

À la fin de cette deuxième journée d’audience, Grégory Fouquet a retracé d’une voix monocorde la journée du 4 août 2017, ou plutôt SA journée. Il s’est soumis à l’exercice avec une précision enfantine, qui met sur le même plan les moments cruciaux et les détails futiles (« J’ai bu un deuxième café à huit heures moins le quart », « J’ai pris une photo d’un petit chien à la gare parce qu’il était rigolo »). C’est une chronologie à décharge : par hasard, il serait tombé sur Jean-Paul dès le matin ; par amitié, il se serait alcoolisé avec lui toute la journée ; par grandeur d’âme, il l’aurait accompagné à Clermont afin d’y récupérer son portefeuille aux objets trouvés ; par gentillesse, il aurait gravi la côte jusqu’à l’ancien domicile conjugal du SDF, afin de réclamer des vêtements propres ; par inadvertance, ils se seraient retrouvés au bord de l’Oise ; par rage, certes, il aurait mis à son compagnon hébété par le rosé et la bière une « grosse claque », mais c’était pour mieux s’excuser « gentiment » (cet adverbe revient en boucle dans son discours) et proposer une cannette de réconciliation : « Je l’ai laissé assis, il me parlait bien. Quand je suis revenu, il flottait dans l’eau. J’ai appelé du secours. J’ai plongé. Je suis secouriste ; si je ne le fais pas, je peux aller en prison ».

UN ACCUSÉ DÉCRIT COMME AGRESSIF
C’est bien gentil, mais ça coince. Les légistes n’ont pas trouvé une trace de claques, mais « de multiples plaies » sur le visage et le crâne de Jean-Paul. « Il a pu se cogner en sortant de l’eau », hasarde l’accusé. « Je l’ai hissé d’un coup, il n’a pas touché la rive » , contre un des autres sauveteurs.
Un SDF de Compiègne, Nounours, l’affirme : « Fouquet a forcé le pauvre homme à prendre le train. Il a donné l’ordre méchamment. L’autre avait peur » . Par leurs témoignages, les deux fils et l’ex-femme de la victime sont ses pires procureurs. Ils décrivent un Fouquet agressif, réclamant 500 euros, puis 50 euros, en remboursement d’une mystérieuse dette. On se demande pourquoi ils l’inventeraient, avec des mots si justes. « C’est faux , s’obstine Grégory. C’est Jean-Paul qui a demandé des sous à son fils. Pourquoi je l’aurais fait alors que le lendemain, je touchais 780 euros de Cotorep ? » Le pire, ce sont ces mots prononcés quatre heures avant le drame, devant les mêmes témoins : « Je vais te fracasser, je vais te tabasser et te jeter dans l’Oise ».
Les jurés auront le choix entre acquittement, coups mortels et homicide volontaire. Le juge d’instruction leur a évité la question de la préméditation. Il a dû se la poser…
05/11/20

Grégory Fouquet condamné à dix-sept ans pour meurtre

Les jurés ont retenu l’intention homicide ayant abouti à la mort de Jean-Paul Lignereux, en 2017, et légèrement revu à la baisse les réquisitions de l’avocat général.

Ont-ils âprement discuté de la qualification criminelle ou du quantum de peine ? Toujours est-il que juges et jurés ont passé trois heures et demie en salle des délibérations, ce jeudi 5 novembre, avant de déclarer Grégory Fouquet, 34 ans, de Bienville, coupable non seulement d’avoir causé la mort de Jean-Paul Lignereux, 58 ans, le 4 août 2017, mais aussi de l’avoir voulue. La peine encourue était de 30 ans. L’avocat général, Antoine Perrin, en avait requis 20.
La qualification de meurtre était la bonne à ses yeux. Il le démontre en s’attachant à la chronologie de la journée du 4 août 2017, « primordiale ». « Dès le matin, l’accusé est excité, il parle mal à Jean-Paul, il lui crie dessus » : l’argent serait à l’origine du périple des deux hommes, de Compiègne à Clermont en passant par Creil. « Or le casier judiciaire de M. Fouquet démontre qu’il est capable de violences, à hauteur de six jours d’ITT, pour recouvrer une simple dette de 100 euros » , souligne M. Perrin.
Il insiste sur les menaces prémonitoires de Fouquet chez l’ex-femme de Lignereux : « Tabasser, jeter dans l’Oise… Les verbes ne sont pas anodins. C’est exactement ce qui va se passer ». Pour le ministère public, c’est un « passage à tabac » qui a causé la mort, sur les bords de l’Oise, au pied du pont de Soissons. Pourquoi Grégory a-t-il sauté dans l’eau pour secourir Jean-Paul ? « Ce n’est pas un bon Samaritain ! Il a pris conscience des graves compétences pénales de son geste. Quand bien même, c’est un repentir tardif… »
QUEL MOBILE ?
Pour Me Mouna Taoufik, en défense, il manque deux jambes de force à l’accusation : le mobile et l’intentionnalité. Quelle raison avait Fouquet de tuer Jean-Paul ? L’argent ? Elle n’y croit pas en constatant que le fameux portefeuille de la victime n’a finalement pas été volé, pas davantage que sa montre en or, et que c’est même son client qui a retiré 10 euros le midi pour offrir à boire et à manger à la victime. Sur l’intention, elle sait que les menaces proférées devant la famille de Jean-Paul Lignereux pèsent lourd, mais elle ironise : « L’accusation vient d’inventer une impulsivité qui dure cinq heures ! Or M. Fouquet en est incapable. Experts comme proches décrivent un homme qui ne vit que dans l’instant ».
Matériellement, elle considère que la blessure mortelle, sur le dessus du crâne, ne résulte pas obligatoirement d’un coup porté. « Il est possible qu’il ait basculé doucement sur le muret. Le légiste ne l’a pas exclu ». Sa consœur Me Amélie Paulet, partie civile, objecte : « Sans les coups il n’y a pas d’hémorragie et sans hémorragie, il n’y a pas de décès ».
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By Tony Poulain

Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis.

Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles.

Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? »

Tony Poulain

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