“On t’a vue au stade en pyjama”

    D’emblée, on comprend que ça ne va pas être triste. Odile, 59 ans, comparaît seule pour avoir injurié sa voisine et le maire du village, à Bray-lès-Mareuil (250 habitants, près d’Abbeville). Son mari Antoine, 57 ans, accusé d’insultes et de dégradations, est « hospitalisé » d’après leur avocate, Me Fourdrinier. « C’est ça ! Il a été vu dans son 4X4 à 6 heures ce matin ! » s’exclame le conseil des parties civiles, Me Robert. C’est parti pour une bonne heure d’audience épique, un mercredi matin, à Amiens…
    Le cœur du problème serait la difficulté qu’éprouve Antoine à garer son Range Rover du fait du stationnement du camion et de la Peugeot 106 de ses voisins d’en face, Kelly et Eddy. Le 10 avril 2017, le maire, Bruno, rend visite à Kelly pour prendre des nouvelles d’un enfant hospitalisé. Pendant ce temps, des appels tellement anonymes que tout le monde sait qu’ils émanent d’Odile préviennent sa femme qu’il «mange kebab chez les casoss ». Sur sa voiture, il retrouve un papier qui le traite de « connard » et d’”illettré”. Odile affirme au contraire que son mari a été insulté et s‘est fait cracher dessus quand il est sorti dans sa cour pour uriner : « De toute façon, c’est bien simple, dès qu’on met la lumière dehors, on a l’impression que ça les attire ».
    Le 13, vers 15 heures, le premier magistrat est en mairie quand on l’alerte : « Venez vite, ils sont en train de se battre dans la grande rue ! » Kelly témoigne : « On fumait une cigarette dans la cour quand on a vu nos voitures bouger toutes seules ». Antoine l’a admis : ce jour-là, exaspéré de devoir encore manœuvrer pour entrer chez lui, il a poussé les voitures des voisins avec son crochet d’attelage. Ensuite, c’est un festival. Le maire affirme qu’il se fait à nouveau traiter d’« enculé » et de « bon à rien » et qu’Antoine lui assène un coup de bûche au bras par-dessus son portillon. Alexandra, une autre voisine, est gratifiée d’un « Belle de cuisse, t’es qu’une salope ». La moralité du voisinage semble être une obsession chez les deux invalides. Entre autres injures, on relève ainsi « On t’a vue au stade en pyjama » et, à un mari, « Dès que tu pars travailler, ta femme elle va à la hutte ».
    On pourrait croire que ce conflit de voisinage oppose des nouveaux et des anciens. Que nenni ! Antoine vit ici depuis 1988, Kelly depuis 2003 et Alexandra « depuis 1976. Depuis que je suis née, en fait. Les problèmes, ils ne datent que d’avril, quand le maire est venu chez nous». Et si c’était une crise de jalousie ?
    Jugement : Un mois avec sursis, 50 euros d’amende pour lui ; 200 euros d’amende pour elle. Et un total de 1050 euros aux parties civiles. Odile et Antoine auraient déposé plainte le 8 février dernier pour des insultes et la dégradation de leur portillon. C’était du cinéma, ça va devenir un feuilleton…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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