Pour toutes les Roselyne

    Ils se sont connus en boîte de nuit début 2015. À Noël de la même année, pour la première fois, il est passé du côté obscur : coups de poing au visage et de pied dans le ventre. Elle s’est tue, a mis ça sur le compte des liqueurs du réveillon, a pardonné un fait unique, a essayé en vain de l’oublier… Il s’est passé neuf mois avant que ça recommence, puis six mois, puis trois, puis seules quelques semaines ont séparé les volées. Les motifs tiennent de la jalousie maladive : elle est jetée dans l’escalier parce qu’elle voulait rendre visite à une amie ; fracassée au sol par ce qu’il a cru voir la trace d’une conversation sur Facebook.
    Un soir de crise, un voisin a fini par appeler les policiers, mais quand ces derniers ont sonné à la porte, Ludovic a plaqué Roselyne au sol, a pressé sa main sur sa bouche et laissé s’éloigner les fonctionnaires. Puis il l’a traînée dans la chambre et prit un plaisir que lui seul désirait.
    Le 12 avril dernier, c’est elle qui a appelé au secours, sur les conseils de la propre sœur de Ludovic. Elle a décrit une scène devenue banale, bien loin de la sidération qui l’avait saisie à Noël 2015 : « Je n’en pouvais plus, je lui ai demandé de partir. Il m’a bousculée, m’a saisi les poignets, claquée contre le mur. J’avais tellement peur que j’ai fait semblant d’être morte ». Lui semble encore, à la barre, totalement décalé : « Il y a un climat de suspicion entre nous, on se dispute souvent, pour des conneries… Elle aussi, m’a giflé, mais je ne lui en veux pas ».
    Il a 33 ans, un emploi stable, aucune mention au casier judiciaire et deux enfants, conçus avec celle qu’il frappe. Il ne boit pas, il ne se drogue pas. Le 12 avril, il a été placé en garde à vue et convoqué rapidement au tribunal. Que croyez-vous qu’il fit dès le 13 ? Assaillir Roselyne de coups de téléphone, lui asséner des séries de 60 photos par texto, pirater son compte Facebook. « Pour savoir si elle parle à des hommes » , avoue-t-il.
    En matière de violences conjugales, toutes les affaires semblables ne se finissent par des drames, mais tous les drames commencent ainsi.
    Jugement : six mois avec sursis, obligation de soins, interdiction de contact.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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