Prière de patienter

    Emmanuelle, 45 ans, arrive tremblante à la barre du tribunal correctionnel d’Amiens, afin de répondre de violences sur mineur, en l’occurrence son beau-fils, qu’elle hébergeait dans le cadre des joies et délices de la famille recomposée, quelque part dans la campagne abbevilloise. Le gamin affirme, certificat médical à l’appui, qu’Emmanuelle l’a frappé à la hanche et à la tempe, début 2017. La marâtre nie farouchement : « Moi je n’aime pas les conflits. Quand ça ne va pas, je préfère bouder et jouer à Candy Crush… »
    Le temps d’expliquer au président en quoi consiste ce jeu en ligne, Emmanuelle reprend : « Et puis le soir où il dit que je l’ai frappé, on avait des invités à l’apéro. Ils ne se seraient doutés de rien ? » Le président épluche le dossier : « C’est vrai, ça. Personne n’a pris la peine de les interroger… » Me Jérôme Crépin bondit : « 388-5 ! (c’est un article du code de procédure pénale) Je pourrais demander un supplément d’information ! »
    « Alors faites-le tout de suite ! » l’invite sa consœur Virginie Robert.
    « Et bien je le fais ! » La requête est acceptée : les gendarmes devront interroger les convives. Le procès est renvoyé au 24 juillet. Le procureur s’approche de la mère du petit garçon : « Ça ne veut pas dire que vous mentez. C’est juste qu’on a besoin d’éclaircissements… »
    À la même audience, Valérie arrive encore plus flageolante. Cette Péronnaise de 46 ans, sous curatelle renforcée pour un retard mental, affirme que Geoffrey, 27 ans, « un ami d’une amie » , lui a volé un chèque et l’a émis pour un montant de neuf cents euros. Elle n’apprécie surtout pas l’explication que l’indélicat personnage – absent à la barre – a fourni aux gendarmes : « C’était un prêt. Elle m’a fait des avances pour que je couche avec elle, j’ai refusé, du coup elle a porté plainte ».
    « Oh ! C’est pas vrai ! » , s’empourpre Valérie.
    « Il n’y a pas besoin d’être graphologue pour constater que la signature est fausse », souligne le procureur, qui parle de « mauvaise foi absolue » . L’affaire semble pliée sauf que les faits remontent à 2015 et qu’un greffier les a datés de 2016. « Relaxe, erreur dans la période visée ! » tranche le juge. « On reviendra », promet le parquet.
    Que comprend Valérie ? Qu’ont compris Emmanuelle et le gamin qu’elle a, ou pas, frappé ? Pour la justice, à bout de moyens, ce sont des petits couacs inévitables. Pour ces justiciables qui découvraient le palais de justice, c’est l’affaire de leur vie. Et elle est priée de patienter…
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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