Pris les doigts dans le pot de confiture

    Le retraité n’avait pas le droit de vendre ses confitures maison. Il s’est retrouvé au tribunal ce mardi.

    Début juillet 2018, les gendarmes sont saisis par une lettre anonyme d’un trafic inquiétant dont Cayeux-sur-Mer serait la plaque tournante. Il ne s’agit ni d’armes ni de cocaïne mais d’un produit en apparence bon enfant (et même bonne maman) : de la confiture qu’une boulangerie-pâtisserie vendrait, même pas sous le manteau, avenue Paul-Doumer.

    Le dealer est rapidement appréhendé. Il s’agit du boulanger Daniel, 62 ans, à qui cette histoire ne portera pas chance puisqu’il a mis la clef sous la porte en fin d’année. Mieux : les investigations permettent de remonter jusqu’au gros bonnet, au Pablo Escobar de la baie de Somme. La couverture de Philippe, 68 ans, est imparable. En apparence, il s’agit d’un retraité de l’industrie du voyage, marié, père de famille. Le délit se constitue dans son arrière-cuisine, où il fabrique amoureusement des confitures à base de sucre et de fruits. Rien de plus.

    En guise de test

    Ça marche si bien qu’en juillet 2018, après ce test fructueux, Philippe prend rendez-vous avec la CCI afin de s’inscrire au registre des métiers. C’est sans compter avec la lettre anonyme et, selon celui qui comparaît à la barre du tribunal correctionnel d’Amiens ce mardi, « un gendarme qui m’a pris en grippe ».

    Pas de pot…

    On reproche d’abord au confiseur amateur du travail dissimulé. Puis d’avoir servi de la confiture dans des pots sales. Il s’indigne : « J’ai toujours nettoyé soigneusement mes pots ! » De fait, même la Répression des fraudes pointera la propreté extrême de la cuisine. Enfin, d’avoir vendu de la confiture annoncée « sans conservateur », alors que le sucre, qu’il achetait tout bêtement au supermarché du coin, contient 1 % de pectine. Voilà, c’est tout…

    Le tribunal prend heureusement la mesure de ce délit à la loi de 1905 « sur les confitures, gelées et autres produits similaires ». Le boulanger est relaxé et Philippe n’écope que de 300 euros d’amende avec sursis.

    « Sur le coup, j’avais pensé tout arrêter mais c’est un autre gendarme qui m’a encouragé. Je me suis inscrit comme auto-entrepreneur, avec l’aide de la chambre des métiers. Je fais les marchés de Noël et celui de Cayeux, uniquement l’été », se félicite-t-il. Cette affaire se conclut en deux coups de cuillère à pot. Cet article aussi : on ne va pas en faire une tartine…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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