Prison ferme requise contre l’employée de la cantine de Boves

    19/06/18

    A Boves, à côté d’Amiens, l’employée a détourné le paiement des repas des écoliers. Un an ferme est requis contre elle.

    On a eu tort de baptiser ce dossier « l’affaire de la cantinière ». Une cantinière est une dame qui sert les repas aux enfants, et rien ne permet de douter de l’honnêteté de celles de Boves, une commune de la métropole amiénoise. Chrystèle G., 44 ans, était une adjointe à l’administration territoriale, qui depuis son bureau a opéré une escroquerie aussi simple qu’efficace : verser les chèques des parents sur son compte personnel pour un montant d’au-moins (lire par ailleurs) 62 000 euros, entre 2013 et 2017.

    À l’audience d’hier mardi, comme à la précédente, elle et son mari, poursuivi pour recel, brillaient par leur absence. Ils ont produit un certificat médical authentique d’après leur conseil Me Claeys, « bidon » selon le procureur Gacquer. Le procès fut donc à sens unique : celui de l’amertume et de la trahison.

    Quand Tracfin, l’organisme chargé de lutter contre la délinquance financière, a découvert ses agissements (612 chèques crédités en trois ans !), la comptable a reconnu les faits, expliquant avoir connu des difficultés financières en 2012, suite au décès de son père et à des malfaçons sur sa maison de Caix (canton de Moreuil). Les enquêteurs lui ont quand même fait remarquer que la possession de deux véhicules Mercedes, un Vito et une Classe B, ainsi que la passion dévorante de son mari pour la pêche à la ligne (des milliers d’euros de matériel sont actuellement en vente sur Facebook) démentaient un état de nécessité.

    Une faussaire hors-norme

    Cathy, une collègue, témoigne : « On s’est tous senti trahis. Chrystèle encaissait l’argent dans le cadre d’une régie. Elle n’avait pas voulu passer au logiciel, elle préférait les tableaux Excel… Elle nous présentait des décalages de quatre ou cinq mois. Je pense que c’était volontaire pour pouvoir noyer le poisson. Quand j’ai dû ranger son bureau, j’ai compris qu’elle était une faussaire hors-norme. Je suis sûre qu’elle a aussi volé du liquide. Elle ne déposait jamais d’espèces ! »

    Le maire, Daniel Parisot, est très ému quand il se présente à la barre : « Nous travaillons dans un esprit familial. Quand je pense qu’elle rangeait les chèques volés dans la boîte où je lui avais fait un cadeau de Noël, comme à tous les employés, sur mes deniers personnels… » Le directeur des services atteste que depuis cette affaire, fin 2017, «  l’état d’esprit des agents et de la population s’est dégradé ».

    Me Merlin discute pour la forme le montant du préjudice. Me Claeys se félicite encore qu’un magistrat n’ait pas entériné la procédure de plaider-coupable qui aurait permis à Chrystèle et Sébastien de s’en tirer à bon compte. Elle indique que monsieur a quitté de son plein gré son emploi au rayon pêche de Terres et Eaux, « certainement pour reprendre un camping en Vendée » et que madame, en attente du conseil de discipline «  pour lequel elle s’est déjà fait porter pâle », touche la moitié de son salaire. L’avocate espère qu’en appel, la maison du couple, « en vente sur le Bon Coin, sera également saisie ».

    Pour le procureur Gacquer, « ce n’est pas de l’amateurisme, ça aurait même pu être qualifié de blanchiment ». Il dénonce une prévenue «  malfaisante » et réclame un an ferme pour elle, six mois avec sursis pour lui et la confiscation des deux Mercedes ainsi que de 22 000 euros placés sur un compte. Le jugement est mis en délibéré au 28 août.

    62 000 ou 160 000 euros

    Si Tracfin a estimé le préjudice à 62 000 euros, une enquête de la direction départementale des finances publiques l’établirait plutôt à 160 000, sur bien plus de trois ans.

    D’où la convocation par les policiers de Chrystèle G., la semaine dernière, et de Sébastien D. la semaine prochaine. Me Merlin a tenté en vain, ce mardi, de faire renvoyer le premier procès afin que ses clients ne soient jugés qu’une fois.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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