Procès de Diego Monvoisin pour le meurtre de Noémie le 13 novembre 2017 à Amiens (Assises Somme)

    4 février 2020 (article de Gautier Lecardonnel)

    Le calvaire de Noémie est nié par son bourreau

    Diego Monvoisin, jugé pour l’assassinat de son ex-concubine en 2017, nie la préméditation.

    LES FAITS
    DIEGO MONVOISIN, 38 ans, est jugé jusqu’à mercredi pour assassinat devant la cour d’assises de la Somme.
    NOÉMIE FEUILLOY, 30 ans, a été tuée à coups de cutter le 13 novembre 2017, rue du réservoir, dans le quartier Saint-Acheul à Amiens.
    APRÈS 13 ANNÉES de concubinage et une enfant en commun, la victime voulait mettre un terme à leur relation.

    Il n’aura pas fallu longtemps pour comprendre que Diego Monvoisin, 38 ans, ne comptait pas baisser l’échine. Dès le début de son procès, l’accusé, le front dégarni, les cheveux en arrière et barbe en bouc, maintient sa ligne de défense : il avoue le meurtre, mais il conteste l’avoir prémédité.

    Le directeur d’enquête de la police judiciaire est persuadé du contraire, notant la tenue vestimentaire à capuche portée par l’agresseur le soir des faits, pour ne pas être reconnu, l’endroit isolé où la victime a été emmenée, ou encore le cutter qu’il portait. Et puis, il y a cette volonté de fuir ses responsabilités, en se débarrassant de l’arme, de ses vêtements et du téléphone de Noémie après le crime, son intervention dans une conversation Skype sur internet « pour se donner un alibi », le coup de fil à son ex-beau père le lendemain pour s’enquérir de la disparition de l’Amiénoise, sa fausse blessure sur son lieu de travail (qu’il s’est faite lors de l’agression)… Et puis, il y a ce « manque d’empathie totale pour la victime », note le policier.
    « À force de se prendre des mensonges, on est obligé d’employer d’autres moyens pour avoir la vérité », ose Diégo Monvoisin. Il est interrogé sur l’agression commise le 12 septembre, deux mois avant le crime, qui a été à l’origine de la séparation, de son interdiction d’entrer en contact avec Noémie et d’une convocation en justice. Alors que depuis des mois il l’espionnait (jusqu’à installer une webcam dans l’appartement), fouillait son téléphone, il insistait une nouvelle fois pour savoir qui était entré dans sa vie. Il l’a agressée, en sortant son pistolet à décharge électrique, qui était « toujours en charge ». Et ce soir-là, il lui a une nouvelle fois imposé une fellation forcée. « Tu pourras faire une copie pour l’autre », dit-il dans la vidéo qu’il a faite.
    C’en était trop pour Noémie, qui avait une nouvelle fois déposé plainte. « Elle ne voulait pas qu’il aille en prison, elle voulait juste être protégée », explique cet enquêteur. Elle dira alors à la police tout ce qu’elle subit, notamment ces multiples relations sexuelles forcées, « pour le soulager », ces fellations imposées jusqu’à vomir. Diego Monvoisin reste droit dans ses bottes : « Elle ne m’a jamais montré qu’elle n’était pas d’accord. (…) Pour moi, c’était exagéré (la garde à vue et la convocation en justice), un avertissement aurait suffi ».
    5 février

    Monvoisin : “J’y suis allé de bon cœur »

    Les experts ont décrit des coups de cutter d’une sauvagerie inouïe.

    Pour se battre, il faut être deux. C’est tout sauf un hasard si Diego Monvoisin qualifie de « bagarre » ce qui s’est passé le 13 novembre 2017. Quand les médecins légistes rendent compte de leurs constatations sur le corps de Noémie Lenoir, 30 ans, elles décrivent au contraire les conséquences d’une exécution : « un trou béant » à la gorge, la trachée et l’œsophage sectionnés, la carotide tranchée aux trois quarts, la veine jugulaire coupée, jusqu’aux muscles des vertèbres touchés.
    Monvoisin, dans sa dernière version en date, affirme que son ex-compagne a couru 185 mètres après le début de leur bagarre et qu’il ne l’a ensuite frappée qu’une fois, debout. Impossible, jugent à la fois les médecins et le criminologue. Il n’en démord pas, et émet cette hypothèse : « J’y suis quand même allé de bon cœur ».
    Les incohérences s’accumulent. Ce soir-là, Monvoisin serait venu à la rencontre de Noémie « pour s’expliquer et essayer, enfin, de savoir qui était son amant ». Il se serait armé d’un cutter « au cas où l’homme serait costaud ». Mais le 13 novembre, quand il a en effet repéré Noémie avec son nouvel ami, vers 20 heures, sur le pont de la voie ferrée, il a attendu que le couple se sépare, dans le quartier Saint-Acheul. À l’en croire, la jeune femme l’aurait ensuite accompagné de son plein gré dans le coin le plus sombre d’Amiens, alors que depuis deux mois, elle multipliait contre lui les plaintes pour violences, viols, menaces de mort…
    Après avoir constaté la mort de celle dont il ne supportait pas le départ, il a « voulu faire croire à un crime sexuel. » « Je l’ai déshabillée et j’ai retiré son tampon » , conte-t-il. L’avocate générale Mme Sandretto n’en croit pas un mot : « Si ça ne tenait qu’à moi, vous seriez poursuivi pour viol ! ». Elle écrit ce scénario : sur la première scène de violence, Monvoisin veut imposer un rapport à Noémie, lui arrache ses sous-vêtements, lui retire son tampon (qui sera en effet retrouvé là). Elle s’enfuit. Il la rattrape et la tue. « J’ai rien à voir avec des trucs sexuels ! » se défend Diego Monvoisin. Bref moment d’émotion au milieu d’un discours glacial.
    Lorsque les photos du cadavre de Noémie ont été visionnées ce mardi matin, toute la salle a frémi sauf lui : « Je les avais déjà vues », justifie-t-il. À un moment, il rit de bon cœur au point que la présidente le reprend : « Je vois que ça vous amuse ! Parce que l’on parle quand même de votre petite fille ».
    Une gosse de 8 ans dont la mère est au ciel et le père en prison. « Plein de fois, elle m’a demandé de lui poser cette question : Pourquoi papa a tué maman avec un cutter ? », témoigne l’éducatrice spécialisée. « J’sais pas. Je le lui dirai quand je la verrai », grogne Monvoisin. Elle risque de patienter un peu : il encourt la perpétuité.
    6 février

    Diego Monvoisin condamné à trente ans

    Les jurés ont considéré que Diego Monvoisin avait prémédité le meurtre de son ex-compagne Noémie Feuilloy, 30 ans, le 13 novembre 2017. Il est donc aux yeux de la loi un assassin, condamné à trente ans de réclusion, sous réserve d’un appel.
    La cour a ainsi suivi les réquisitions de l’avocate générale Anne-Laure Sandretto, pour qui ce dossier ne pouvait pas ressembler aux autres. Elle était de permanence, quand en septembre 2017, Noémie avait porté plainte contre son conjoint pour des violences et un rapport sexuel forcé. L’affaire avait été « correctionnalisée », soit ramenée du rang de crime à celui de délit. Monvoisin avait été laissé libre – son casier était vierge – et devait comparaître en décembre. Le courrier était parti le 13 novembre… « Évidemment, on s’est tous demandé si on avait bien fait. Je reste avec ça… » avoue-t-elle.
    Elle était encore d’astreinte quand une nuit froide elle a découvert le chemin du Réservoir, ce recoin inhospitalier et obscur près de la gare. D’abord une longue attente, le temps que la police scientifique recense les indices éparpillés, « puis on retourne le corps et c’est une vision d’horreur ». Comme les légistes la veille, elle décrit le trou béant taillé au cutter : « Nous n’avons pas voulu vous imposer ces images. Sachez que la tête n’était plus reliée au tronc que par deux centimètres de chair ».
    Ce carnage, elle en est persuadée, Diego Monvoisin en a conçu le dessein dès qu’il a quitté la maison de sa mère, vers 20 heures, dissimulé par une capuche, son arme dans la poche. Pour le ministère public, il n’était pas question de « s’expliquer » ce soir-là. Parce que Monvoisin vouait à Noémie, sa compagne depuis 13 ans, la mère de sa fille, « un amour maladif. Or elle s’éloignait, elle commençait à être heureuse. Le seul moyen de mettre fin à ça, c’était de la tuer ».
    En face, M  Clarisse de Saint-Amour sait sa tâche difficile, à cause de l’horreur du crime mais aussi de l’attitude de son client, entre sourires inappropriés et expression malheureuses (« J’y suis allé de bon cœur »). « C’est justement pour ça que vous devrez vous pencher sur son fonctionnement et sa personnalité », plaide l’avocate.
    Monvoisin, à ses yeux, est « basique. C’est oui ou non. Mais Noémie ne lui a jamais dit qu’elle le quittait et qu’elle avait un nouvel ami. C’est alors devenu une obsession. Jusqu’à ce soir où elle l’a avoué et où selon ses propres termes, c’est monté dans les tours, il a pété un plomb ».
    L’avocate conclut : « Noémie était son seul amour, même s’il l’a mal aimée ». C’est certainement vrai, mais qu’il semble loin le temps où le crime passionnel – qui n’a jamais figuré dans le code pénal – tenait lieu de circonstance atténuante ! La vague « Me Too » est passée par là…
    « SON SEUL BUT, C’ÉTAIT DE LA SOUMETTRE »
    Elle devait chanceler intérieurement mais elle n’a pas tremblé au moment de prendre la parole devant ses premières assises, alors qu’elle ne porte pas encore la robe d’avocate : Marion Mandonnet a pu plaider sur le banc des parties civiles, ce mercredi matin, en tant qu’avocate stagiaire auprès de Me Darras. Lentement, elle a psalmodié le rythme invariable des violences conjugales – « tension, agression, justification, réconciliation » – pour affirmer que Noémie y était soumise depuis plusieurs mois, avant enfin de trouver le courage de porter plainte. Et d’être victime d’un « carnage » selon Me Charlotte Chauchois qui cite l’accusé justifiant sa modification de la scène de crime : « « Je ne voulais pas que ça paraisse un acharnement. » Mais justement, c’en était un, monsieur Monvoisin ! » Me Anne Laure Pilon porte la voix de Noémie, « une jeune fille douce, un peu faible » et surtout de sa fille de 8 ans « qui ne peut plus dire maman ». Mais elle ne claque pas la porte à l’espoir, « parce que M. Monvoisin, il est encore père » . Me Darras conclut la série en soulignant que « l’emprise détruit les capacités psychiques des victimes. Elle n’a simplement pas pu lui dire que c’était fini. Et lui, il l’a considérée comme sa chose. Son seul but, c’était de la soumettre ».
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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