Procès de Fouad El Messaoudi pour tentative de meurtre

    26 mai 2018
    Article de G Lecardonnel

    Le mensonge a fini par un bain de sang

    AMIENS : L’homme de 42 ans avait poignardé sa concubine en mars 2016. Il est jugé depuis vendredi.

    Ce n’était pas un homme violent. Cultivé, conseiller commercial issu d’une famille unie et sans histoires, il a vécu pendant des années avec un terrible secret, un énorme mensonge pour que sa femme avorte de leur premier enfant à naître. La situation du couple s’est dégradée même si deux enfants sont nés par la suite. Et l’histoire s’est terminée par un bain de sang, le 21 mars 2016, dans un appartement situé au 223 rue de Cottenchy à Amiens.

    Fouad El Messaoudi, 42 ans, comparait depuis vendredi devant la cour d’assises de la Somme pour tentative de meurtre.
    « Je comprends que cela peut paraître surréaliste. (…) Mais si je lui avais dit que je ne voulais pas d’enfant, cela n’aurait pas suffi »
    L’accusé
    La dispute avait commencé dans la nuit quand l’épouse s’est rendu compte que l’Amiénois avait acheté trois places de cinéma sans lui en parler. Une fois de plus, elle le soupçonnait de lui mentir, et elle lui a dit de quitter le domicile.
    C’est le lendemain que la situation a dégénéré. Le quadragénaire explique que sa femme l’insultait, une fois de plus, qu’il en a eu assez, et que pour une raison qu’il ignore, il s’est saisi d’un couteau. L’épouse a été grièvement blessée, elle a notamment reçu un coup de couteau dans le crâne, au point que la lame s’est cassé. L’épouse avait réussi à se saisir de l’arme, et elle avait blessé son agresseur avant de prendre la fuite par la fenêtre.
    Fouad El Messaoudi assure qu’il n’a jamais eu l’intention de tuer. Comment en est-on arrivé à cet acte extrême ? « Avant j’avais du caractère, et après ce mensonge, ça a changé ». L’homme fuit. Il évite de répondre à toutes questions pouvant provoquer un conflit avec son épouse.
    L’ORIGINE DU MENSONGE
    Ce mensonge, c’est une lettre qu’il lui a écrite quand elle était enceinte pour la première fois. Il lui a expliqué être atteint d’une maladie grave, une leucémie, héréditaire et qu’il ne veut pas que l’enfant à naître en souffre également. Il réussit à la convaincre d’avorter. « Je comprends que cela peut paraître surréaliste. (…) Mais si je lui avais dit que je ne voulais pas d’enfant, cela n’aurait pas suffi », a commenté l’accusé. Il parle de la victime comme d’une « bonne mère », il dit qu’il « n’a pas été un homme ».
    Parce que l’homme n’a jamais avoué la vérité, et parce qu’elle se doutait du mensonge.
    Le verdict sera rendu mardi.
    29 mai

    La victime est  encore morte de peur

    AMIENS Fouad El Messaoudi encourt la perpétuité ce mardi soir, pour avoir tenté de tuer sa compagne.

    Nonobstant son dynamisme juvénile, la présidente Sylvie Karas a déjà vu défiler quelques dossiers criminels. Autant dire que, quand elle interrompt une victime pour s’inquiéter qu’elle revive la scène comme si elle datait de la veille, c’est que l’émotion dépasse les standards, déjà élevés, de la cour d’assises.
    Hier, Marinette (prénom modifié) n’a pas seulement redit sa peur de mourir des mains de Fouad El Messaoudi, le 21 mars 2016 ; d’une traite, comme prise par l’urgence, elle a retracé les quelques minutes d’horreur dont elle ne s’est toujours pas remise : « A 10 h 20, il rentre dans la chambre, je lui demande s’il a déposé les enfants à l’école, il me dit que oui. Il part vers la cuisine et je me rendors. Puis je sens un coup à la tête, je me retourne, il se met à califourchon sur moi et me tient les mains. Je pense qu’il va me faire un bisou… Mais je vois une ombre orange et grise. Il crie : Tu vas me rendre les enfants ! Je vais te tuer ! Je vais te tuer ! Moi je suis scindée en deux. Une partie ne réalise pas. Je vois le sang qui coule, je me dis Ah, quand même… L’autre se débat, hurle ».
    LA POINTE DU COUTEAU DANS LE CERVEAU
    La lutte se transporte dans la salle à manger de l’appartement du 223 rue de Cottenchy, un ensemble de trois immeubles résidentiels, au sud-est d’Amiens. Après les trois coups de couteau, Marinette décrit des tentatives d’étranglement, puis un moment de répit, sa fuite par la fenêtre et, enfin l’arrivée des policiers, qui dans un premier temps la braquent parce qu’elle tient encore le couteau dont elle s’est saisie, mais dont la pointe de la lame de 20 centimètres est fichée dans son cerveau.
    Tout ça pour quoi ? On ose à peine l’écrire : parce que Fouad avait menti sur un ticket de pharmacie et l’achat de places de cinéma. La cachotterie faisait il est vrai écho au grand mensonge sur lequel s’était construit ce couple brinquebalant : l’invention, par Fouad, d’une leucémie soi-disant héréditaire, en 2007, afin d’obliger sa compagne à avorter.
    C’est la loi du procès : la victime, couvée par Me Houria Zanovello, est bousculée, doucement par la présidente et un peu plus rudement par l’avocat de la défense, Marc Blondet. Elle tient bon : « Même si j’avais été la pire de garces – ce que je ne suis pas – je ne méritais pas ce que j’ai subi ». L’enjeu est le retour en détention de Fouad, un homme de 43 ans par ailleurs sans histoire, qui n’a purgé qu’un an de détention provisoire. On la titille quant à ce qu’en ressentiront les enfants. Elle rétorque : « Un an de prison pour avoir tenté de tuer leur mère, je ne sais pas si ce serait un bon exemple pour eux » . Et puis oui : « Tant qu’il sera en prison, moi, je serai plus à l’aise dehors ».
    Car elle en est persuadée : il a voulu la tuer, et pas que pendant deux ou trois secondes. Elle en veut pour preuve ces recherches internet, depuis le portable dont Fouad avoue être le seul utilisateur, quant à une maladie foudroyante du sang ou l’achat de cyanure. Elle rappelle aussi que dans leur cave se trouvaient – « alors que nous n’avions pas de jardin et que nous ne bricolions pas » – une scie électrique et des lunettes de protection.
    Internet ? « Les pages ont pu s’ouvrir toutes seules », hasarde l’accusé. La cave ? « C’était pour découper une armoire afin que les planches passent aux encombrants. »
    30 mai

    Sept ans de réflexion pour El Messaoudi

    Fouad El Messaoudi, 43 ans, risquait la réclusion criminelle à perpétuité pour avoir tenté de tuer sa compagne en la poignardant trois fois, puis en l’étranglant, le matin du 21 mars 2016, rue de Cottenchy, à Amiens. L’avocate générale Clélie Gibaldo avait requis quinze ans. Il écope de sept ans. Comme il a déjà purgé un an de détention provisoire, il peut espérer recouvrer la liberté avant fin 2020.
    L’accablement était du côté des parties civiles, à l’énoncé du verdict. Longuement, la femme de 44 ans qui a frôlé la mort, la pointe d’une lame de 20 centimètres fichée dans la boîte crânienne, a pleuré, au bord de la crise de nerfs. « Une partie d’elle est morte, plaide son conseil Me Houria Zanovello. L’homme de sa vie a failli la tuer dans ce lit conjugal où on fait les enfants. »
    Mme Gibaldo rappelle que la scène a duré, de la chambre à la salle à manger, et ne s’est interrompue que quand dans « un éclair de lucidité », El Messaoudi s’est repris et que la victime, « à demi-nue », a pu se sauver par la fenêtre.
    Cet accusé, c’est « le type le plus sympa que j’aie été amené à défendre, plaide Me Marc Blondet » L’avocat relève judicieusement que quinze ans, c’était justement la peine prononcée « la semaine dernière, par la même cour, pour un meurtre ». Il discute l’intention homicide : « Il voulait la faire taire, pas la tuer », retrace cette nuit lors de laquelle « elle l’a réveillé, puis l’a empêché de se rendormir, parce qu’elle exigeait des explications sur l’achat de… trois places de cinéma. Et lui, saint Andouille, il reste sagement à côté d’elle ! » Jusqu’à ce que cinq heures plus tard, la cocotte-minute explose…
    Me Blondet conclut : « Quinze ans pour dix minutes… Je ne suis pas sûr que la société s’en porte mieux ». Ce fut aussi l’opinion de la cour.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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