Affaire Bocquet. Vingt ans pour un double meurtre

    24 septembre 2015

    ASSISES DE L’OISE

    Un sexagénaire jugé pour un double meurtre dans un foyer de Compiègne

    IMG_0319Un double meurtre sur fond d’alcool : telle est l’affaire que jugera la cour d’assises de l’Oise, ces jeudi 24 et vendredi 25 septembre.

    Bruno Bocquet, 62 ans, y répondra de la mort de Ludovic et Mickaël Boulant, un oncle et son neveu, âgés de 48 et 27 ans. Le double crime a eu lieu dans la nuit du 18 au 19 octobre 2011, dans la chambre 116 du foyer Aftam, à Compiègne.

    Une proche de Ludovic a donné l’alerte, inquiète de rester sans nouvelle.

    Les deux corps sont retrouvés le 20 octobre, avec chacun de fortes concentrations d’alcool dans le sang. L’enquête se tourne naturellement vers Bocquet, colocataire de Ludovic, qui sera interpellé le 22 après plusieurs nuits d’errance dans les rues de Compiègne.

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    Au foyer Aftam de Compiègne le jour de la découverte des corps.

    Il reconnaît avoir d’abord tué Mickaël (qui n’était pas résident du foyer) de plusieurs coups de couteau au thorax après une violente dispute verbale, puis avoir enfoncé la lame dans la gorge de Ludovic. Il se serait ensuite assoupi à côté des deux corps, avant de partir en ville.

    Des témoins ont fait état de la régularité des disputes entre Bocquet et Ludovic. Le premier avait d’ailleurs attaqué le second au couteau un an plus tôt, mais quand il leur avait été proposé des chambres individuelles, tous deux avaient refusé.

    La responsabilité pénale de l’accusé devrait faire débat deux jours durant. En effet, une première expertise psychologique, qui excluait tout trouble du discernement au moment du passage à l’acte, a été en partie démentie par une seconde. S’il est décrit par plusieurs personnes comme violent, il faut noter que Bruno Bocquet peut, à 62 ans, se targuer d’un casier judiciaire vierge.

    25 septembre

    Derrière le criminel, il y a un homme

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    La chambre 116 sous scellés.

    Les jurés ont examiné ce jeudi 24 septembre la personnalité de Bruno Bocquet, accusé d’avoir tué deux hommes dans un foyer social, à Compiègne, en 2011.

    Au début d’un procès d’assises, le criminel n’est que son crime. L’ordonnance de mise en accusation lui tient lieu de biographie. C’est la magie de l’audience de rappeler que si le péché nous occupe, c’est le pécheur que l’on juge.

    « Pas quelqu’un de méchant »

    Encore faut-il lui donner chair. Margot, 19 ans, la fille de Bruno Bocquet, accomplit ce miracle. Aucune fée ne s’est pourtant penchée sur son berceau. Placée à l’âge de six mois en famille d’accueil à La Croix Saint-Ouen – où elle vit toujours elle n’a plus vu sa mère ni son frère «  depuis plus de dix ans  ». Au moins elle a un père, certes pétri d’imperfections, mais dont elle parle avec un sourire indulgent : « Ce n’est pas quelqu’un de méchant. Il ne m’a jamais laissée tomber. Il venait me voir au moins une fois par mois, il me faisait des cadeaux ». Son père adoptif, solide gaillard de 65 ans, confirme : « Dès que Bruno travaillait un peu, il lui donnait une pièce. Je ne crois pas qu’il ait manqué un anniversaire ».

    L’accusé couve Margot des yeux, un sourire éclaire son visage marqué par une vie d’errance. Les larmes montent : « Je voudrais la remercier d’être venue et lui dire de faire sa vie ».

    Au foyer Aftam de Compiègne, on confirme que Bocquet était un pensionnaire « atypique ; l’un des rares à emprunter des livres à la bibliothèque ». Autre rareté dans cette population marginale : « Il était impatient de travailler ».

    Dix-sept coups de couteau

    La médaille a son revers : l’alcoolisme, néfaste habitude que Bruno Bocquet partageait avec ses deux victimes, et qui explique que pour un mot de travers, cet homme plutôt décrit comme taciturne a laissé une sauvage violence (dix-sept coups de couteau portés au seul Mickaël !) prendre le pouvoir dans la chambre de 16 m2, trop exiguë pour héberger tant de misères.

    26 septembre

    Vingt ans pour un double meurtre

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    Au foyer Aftam de Compiègne le jour de la découverte des corps.

    Bruno Bocquet avait trouvé «normaux» les trente ans requis par l’avocate générale. Les jurés ont fait preuve de davantage de mansuétude…

    Vendredi soir, Bruno Bocquet, 62 ans, a été condamné à 20 ans de réclusion dont les deux tiers de sûreté par la cour d’assises de l’Oise.

    Il a été reconnu coupable des meurtres à l’arme blanche de Mickaël Boulant, 27 ans et Ludovic Boulant, 47 ans, dans un foyer de Compiègne, en octobre 2011.

    ***

    Désarmant pour les jurés, consternant pour son avocate Me Claire Soulé qui vient d’exhorter la cour à ne pas « le laisser en prison jusqu’à la mort », quand Bruno Bocquet reprend la parole hier soir, c’est pour estimer « normaux » les trente ans requis par le ministère public.

    Jusqu’au bout, il aura dérouté, cet homme trop intelligent pour le milieu carencé dans lequel il évoluait, ce père trop aimant pour la vie de violence qu’il avait traversée, ce détenu atypique qui vient d’obtenir avec brio son brevet des collèges à l’âge de la retraite. Au point que l’avocate générale Fabienne dumont avait cru utile de préciser : « Certes, les victimes ne sont pas parfaites, mais c’est bien M. Bocquet qui s’est arrogé le droit d’ôter deux vies ».

    Et de souligner son « sang-froid » pendant et après les faits, ainsi que lors de sa cavale de deux jours en forêt de Compiègne, avant d’être interpellé en douceur par la police municipale. Ce détachement est selon elle synonyme de «  dangerosité » qui fait de lui « une bombe à retardement ».

    Sa fille, sa fierté

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    Au foyer Aftam de Compiègne le jour de la découverte des corps.

    Me Justine Devred a également dû lutter contre l’image renvoyée par les victimes, oncle et neveu dont le sang contenait 3,33 et 2,5 grammes d’alcool à la minute de leur mort : «  Oui, ils boivent, mais ils vivent, ils mangent, ils rigolent, ils ont une famille, aussi ».

    Pourquoi sont-ils tombés dans l’une de ces alcôves misérables où croupissent les rebuts de la société? Me Soulé explore la piste de la fille de Bocquet, sa seule fierté, sa seule ébauche de réussite dans une vie ratée. Quand Mickaël insiste pour attirer au foyer des filles de 14 ans, quand Ludovic la traite de «  bougnoule », c’est d’autant plus insupportable que l’accusé, dans son village de l’Aisne, eut un jour droit à l’épithète de « bâtard de Portos ».

    Alors, « c’est un barrage qui se rompt », résume l’avocate en citant le psychologue entendu le matin même.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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