Affaire Duflos. Creil (Oise) Viol et meurtre de la petite amie de son fils le 13 novembre 2008

    19 mars 2012

    Le gardien du stade aux assises pour avoir tué l’amie de son fils

    Aujourd’hui commence à Beauvais le procès de Philippe Duflos, qui a avoué le meurtre d’une jeune femme de 22 ans, en novembre 2008 à Creil.

    Reconstitution du meurtre de Jennifer au stade Vélodrome de Creil. Le meurtrier présumé Philippe Duflos, 47 ans, au centre avec un casque.

    Philippe Duflos, 49 ans, est présenté aujourd’hui devant les jurés de la cour d’assises de l’Oise, à Beauvais. Il est accusé d’avoir tué Jennifer Vimeux, 22 ans, le 13 novembre 2008, à Creil. Jennifer était l’ancienne petite amie de son propre fils Nicolas. Les deux jeunes gens venaient de se séparer. Jennifer était passée ramener la voiture de son ex-ami et reprendre quelques affaires. Cruellement marqué, Nicolas s’est pendu en mai 2009 en forêt d’Halatte, près de Pont-Sainte-Maxence.

    Une pulsion sexuelle

    Le 13 novembre, Philippe Duflos aurait voulu avoir une relation sexuelle avec Jennifer. Cette dernière aurait refusé et menacé de le dénoncer. Duflos est d’ailleurs décrit par les habitants de son quartier, le plateau Rouher, comme «très attiré par les adolescentes». Jennifer est morte par strangulation. Le crime a eu lieu au domicile de l’homme. Philippe Duflos, gardien du stade de Creil, s’est ensuite servi de son matériel pour enterrer le corps au pied d’une des tribunes de l’enceinte sportive. Le corps n’a été retrouvé qu’une dizaine de jours après les faits. De l’aveu même des enquêteurs, si Duflos n’avait pas craqué en garde à vue, il leur aurait été bien difficile de retrouver le cadavre.

    Jennifer Vimeux était la troisième enfant d’une fratrie de quatre. Scolarisée à Creil puis à Chantilly, elle était au moment de sa mort à la recherche d’un emploi. Depuis sa séparation avec Nicolas Duflos, elle vivait avec une cousine dans un quartier de la ZAC du Moulin. Ses amis la décrivaient en 2008, au Courrier picard, comme «gentille», «généreuse», «aimant se balader, faire du shopping, profiter du soleil».

    Le crime étant reconnu (sauf coup de théâtre peu probable), les débats qui commencent ce matin porteront sur les motivations de l’accusé, que défendent Mes Sandrine Makarewitz et Arnaud Robin. Lors de la reconstitution en février 2010, le parquet indiquait qu’il y avait sur la victime «nulle trace de viol ou d’agression sexuelle», ce qui n’exclut pas l’hypothèse de la «pulsion» décrite par Philippe Duflos.

    19 mars 2019

    Procès Duflos : une sale impression

    Le meurtrier de Jennifer, 22 ans, a défavorablement impressionné la cour d’assises de l’Oise, hier, entre air narquois et défense à la charge… de la victime.

    Philippe Duflos, meurtrier pésumé de Jennifer Vimeux (à gauche), demandant un autographe à Raymond Domenech en juin 2006

    “C’est une fin regrettable” : poussé dans ses retranchements par son propre avocat qui espérait mieux, Philippe Duflos n’a eu que cette faible épitaphe pour Jennifer, l’ex-petite amie de son fils, qu’il a étranglée le 13 novembre2008 dans le logement de fonction qu’il occupait à l’entrée du stade de Creil. Pour Jennifer qu’il a ensuite tenté de traîner jusqu’à son grenier («mais le corps ne passait pas»), qu’il a cachée le lendemain matin sous une bâche, puis enterrée le soir sous 60 cm de terre. Il a recouvert sa tombe de ferraille ramassée dans le stade et pris soin de tracer une croix à la bombe de peinture sur le mur adjacent. Afin d’éventuellement déterrer le corps avant que les travaux du vélodrome ne risquent de le découvrir…

    Ces détails, il les a confirmés hier avec un sang-froid impressionnant, agrémenté le matin d’un sourire narquois quand étaient évoqués ses pseudo-exploits amoureux. Il a surtout donné sa version des faits, la dernière en date après bien des atermoiements tout au long de l’enquête. Selon Duflos, Jennifer et lui entretenaient une liaison depuis des années, avant même que la gamine du plateau Rouher ne devienne la petite amie de son propre fils Nicolas (suicidé en mai 2009). Le président Damulot l’interroge: «Et ça ne vous dérange pas de coucher avec la copine de votre fils?» Imperturbable, il lâche: «Qu’est-ce que vous voulez que je vous dise? Je savais que cette fille ne ferait pas son bonheur. La preuve…» Le président, à nouveau : «Vous lui taillez un costume pour l’hiver, vous la décrivez comme une assoiffée de sexe…» Duflos : «Que voulez-vous, l’envie était égale à la provocation…»

    D’après lui, il a voulu protéger son fils

    D’après lui, ce soir-là, elle vient s’inquiéter des problèmes de Nicolas, que certes elle a quitté mais avec qui elle a couché la veille («Ce n’est pas le procès en canonisation de la victime…», croit utile d’indiquer M.Damulot). Nicolas trempe dans un trafic de stupéfiants. Il est cerné à la fois par la police et par des dealers à qui il doit de l’argent. Ils s’embrasseraient, Jennifer se déshabillerait, elle serait consentante pour pratiquer une fellation (des traces du sperme de Duflos seront retrouvées sur sa bouche à l’autopsie). «On était sur le lit. J’ai vu dans son sac à main une lettre dans laquelle elle dénonçait mon fils, retrace Philippe Duflos. On a parlé vingt minutes et puis j’ai vu rouge, je l’ai étranglée.»

    Cette version se heurte à de multiples contradictions et au portrait de l’accusé dressé hier par des témoins: un homme travailleur, au casier judiciaire vierge mais obsédé par le sexe en général et les jeunes filles en particulier. Duflos risque la perpétuité. Ce serait une fin regrettable…

    2O mars

    La colère de Duflos contre Jennifer

    La cour d’assises de l’Oise rendra, ce soir, son verdict à l’encontre de Philippe Duflos. Hier, l’accusé a encore accumulé les maladresses.

    Jennifer Vimeux, 22 ans, retrouvée morte et enterrée au stade Vélodrome de Creil. Le père de son ami a été écroué.

    Au moins, on ne reprochera pas aux avocats de Philippe Duflos, Mes Makarewicz et Robin, d’avoir conditionné leur client. Depuis deux jours, l’homme accusé du viol et du meurtre de Jennifer, le 13 octobre 2008 à Creil, accumule les maladresses et les provocations. Il dresse à chaque fois qu’il ouvre la bouche un florilège de ce qu’il ne faut pas dire en cour d’assises quand on encourt la réclusion criminelle à perpétuité.

    Hier, il remet ça. Me Thavard, pour la partie civile, l’interroge sur son état d’esprit. Vindicatif, il répond : «Oui, j’ai de la colère pour Jennifer. Parce qu’elle a engendré le mal dans ma famille». L’avocat s’étrangle : «Mais vous parlez d’une morte ! Vous l’avez tuée il y a trois ans ! » Il enchaîne, froidement : «Tout le monde savait qu’elle profitait du trafic de drogue de mon fils. Elle a beaucoup profité de nous…» Le président Damulot croit utile de lui préciser : «Vous ne réalisez pas… On parle du meurtre d’une jeune fille et vous évoquez votre petit cœur qui saigne…» Duflos n’en a cure : «Aujourd’hui, votre peine de prison, je m’en fous complètement. Il n’y a personne qui m’attend. La seule question, c’est pourquoi et comment».

    Comment, on sait: par strangulation. Duflos l’a longuement détaillé, comme il l’avait fait en reconstitution, au point de choquer des policiers aguerris par son absence d’émotion. Pourquoi, c’est une tout autre histoire, que trancheront les jurés ce soir. La dernière version (il y en eut plusieurs pendant l’instruction) de Philippe Duflos, 50 ans, gardien du stade Salengro à Creil, c’est qu’il entretenait depuis cinq ans des relations sexuelles avec la petite amie de son fils Nicolas. Ce soir-là, elle lui aurait prodigué une fellation avant qu’il ne découvre qu’elle tenait dans son sac à main une lettre de dénonciation du trafic de stupéfiants mené par son fils. Il l’aurait alors étranglée pour protéger Nicolas. Version qui fait de lui à la fois un Don Juan et un père modèle, quand bien même Nicolas se suicide en mai 2009, incapable de digérer le drame; quand bien même, aussi, tous les proches de Jennifer jugent «impossible» que cette jolie jeune fille fût tombée amoureuse d’un rondouillard sur le retour.

    L’accusation, portée par Isabelle Verissimo, développe une thèse plus simple: Duflos en obsédé sexuel, qui viole Jennifer, puis la tue pour masquer son premier crime. Au fait, hier, il a pleuré. Enfin. Pas pour Jennifer, ni pour Nicolas, mais pour Caramel, son petit chien dont une voisine lui a annoncé la mort. Incorrigible Duflos…

    21 mars

    Perpétuité requise contre Duflos

    Aux assises de l’Oise, l’avocate générale a requis hier soir la perpétuité contre Philippe Duflos pour le viol et le meurtre de Jennifer, à Creil, en 2008.

    Isabelle Verissimo, l’avocate générale, a requis hier à 19 heures à Beauvais, la réclusion criminelle à perpétuité assortie d’une période de sûreté de 22 ans à l’encontre de Philippe Duflos, 50 ans. Elle a demandé aux jurés de la cour d’assises de l’Oise de reconnaître l’ancien gardien du stade de Creil du meurtre, qu’il avoue, mais aussi du viol, qu’il nie, de Jennifer Vimeux, 22 ans, le 13 novembre 2008.

    Mme Verissimo a balayé la version de Duflos, qui affirme qu’il a entretenu pendant cinq ans une liaison avec la petite amie de son fils, qu’elle lui a librement prodigué une fellation ce soir-là puis qu’il l’a tuée parce qu’elle voulait dénoncer son fils Nicolas, trafiquant de drogue.

    « Un égocentrique qui veut donner une image acceptable »

    Factuellement, pour prouver le viol, l’avocate générale s’est appuyée sur le fait que Jennifer avait à de nombreuses reprises confié sa peur, presque son dégoût, de Duflos, et surtout sur les traces d’ecchymoses relevées sur le crâne de la victime, ainsi que les traces d’ADN sous ses ongles, qui confirment à ses yeux la thèse d’un rapport violent et imposé. Psychologiquement, elle a estimé que Duflos a agi parce qu’« en quittant son fils, avec qui il a une relation en miroir, elle le quittait aussi ». Qu’il l’a violée «parce qu’elle était son fantasme et que c’était sa dernière chance de l’assouvir». Puis qu’il a menti «parce que cet égocentrique veut donner de lui une image acceptable», et qu’ainsi il «devient le héros de sa propre histoire». Un héros qui tombe les jeunes filles et défend son fils bec et ongles, quand bien même ce dernier, inconsolable de Jennifer, se suicidera en mai 2009.

    Deux haines se rencontrent

    Avant l’avocate générale, l’avocat des parties civiles, Thierry Thavard, a défendu la mémoire de la jeune fille, «belle, éclatante, amoureuse de la vie ; pas la traînée décrite par celui-là, comme si après l’avoir tuée en 2008, il voulait maintenant la tuer dans le cœur de ses proches». Ce dernier jour a également permis à la mère et aux sœurs de Jennifer de dire leur douleur et leur colère. «Qu’avez-vous à dire à cette famille qui souffre ?», tonne Me Thierry Thavard, conseil de la famille Vimeux. Duflos les fixe d’un regard terrible. Eux ne baissent pas les yeux. Deux haines se rencontrent lors d’un silence qui semble durer des heures. Enfin, il lâche : «Rien, parce qu’ils se sont foutus de la gueule de mon fils».

    La tension monte. La partie civile a demandé à visionner la vidéo de la reconstitution, quand Duflos a mimé sans émotion la scène d’étranglement. Son avocat Me Robin signale : «Je vais sortir. Le cinéma, à 11 heures, c’est pas mon truc. Les pop-corn, c’est dehors». Me Thavard s’offusque : «Le gobelet de pop-corn, à la famille d’une morte, je ne peux pas l’accepter». Me Robin parle de «dictature de l’émotion». On voit finalement le film, sans lui. Les Vimeux affrontent l’épreuve, une de plus. Ces gens modestes ont leur dignité. On demande à la maman de quoi Duflos a traité sa fille. Le mot ne peut sortir, alors elle épèle, d’une voix éteinte : «de p-u-t-e».

    22 mars

    Duflos condamné à 25 ans de réclusion pour viol et meurtre

    La cour d’assises de l’Oise a condamné mercredi soir, à Beauvais, Philippe Duflos à 25 ans de réclusion criminelle, assortis d’une peine de sûreté de 16 ans, pour le viol et le meurtre de Jennifer Vimeux, le 13 novembre 2008 à Creil.

    Pour le meurtre, qu’il reconnaissait, l’ancien gardien du stade de Creil risquait 30 ans. Si on ajoutait le viol, qu’il niait, la peine encourue passait à perpétuité. On peut parler de victoire pour les deux avocats de la défense, qui ont eu fort à faire durant trois jours avec un client incapable de prononcer la moindre phrase de compassion. Me Sandrine Makarewicz a voulu redonner sa part d’humanité à «un homme brisé, déjà mort pour la société». Me Arnaud Robin a évoqué un drame personnel pour se tourner vers la mère de Jennifer: «Madame, vous serez confrontée au vide, à l’absence, mais vous devrez vivre.»

    À la sortie du palais de justice, la famille de Jennifer s’est déclarée déçue par le verdict. La sœur de Jennifer, Christelle, a regretté que les réquisitions de l’avocate générale Isabelle Verissimo – perpétuité et 22 ans de sûreté – n’aient pas été suivies. «Parce que 22 ans, c’était l’âge de ma sœur quand il l’a tuée…»

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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