Affaire Kotland etc. : viol et séquestration à Noyon (Oise)

    1er février 2018

    Noyon : nuit de cauchemar dans le squat de l’horreur

    Ce procès qui se déroule depuis mardi à Beauvais, plonge la Cour dans la misère sociale, sanitaire, affective et intellectuelle.

    LES FAITS
    ERWAN KOTLAND, Marc Dengheade et Jason Cooper, 33, 32 et 34 ans, comparaissent pour viol et séquestration depuis mardi. Le verdict est attendu vendredi.
    LE 22 AVRIL 2015, ils ont abusé d’une autre marginale dans un squat de la rue Victor-Hugo, à Noyon, et séquestré un sdf ainsi qu’un mineur en fugue.

    La femme aux cheveux noirs fait plus que ses 41 ans quand elle se présente à la barre des témoins, hier mercredi à 18 h 30. Elle ne sait pas où elle dormira. Le dernier train pour Amiens partira sans elle. Aller chez sa mère, à Noyon ? Elle n’y tient pas trop…

    « Ce jour-là, avec Erwan Kotland et Jason Cooper, je suis partie chercher des stupéfiants au Clos des Roses, à Compiègne », retrace-t-elle. Sonia doit approvisionner Cindy (prénoms modifiés), sœur d’Erwan et copine de Marc, en prison à Beauvais.
    « Au retour, un mineur en fugue nous a suivis, poursuit-elle. Ils m’ont forcée à aller au squat, où était déjà Marc. Jason a dit à Erwan que pendant qu’il était en prison, je lui avais volé sa drogue et son argent ».
    Chargés de crack, d’héroïne et d’alcool, ils reprochent également à Sonia de s’être prostituée à Paris, avec Cindy.
    “J’AI CRU QUE J’ALLAIS MOURIR”
    « Dans le salon, Erwan a commencé à me frapper. Marc aussi. Jason m’a dit d’assumer. J’ai cru que j’allais mourir, conte-t-elle avec beaucoup d’hésitations. Erwan a dit que comme je faisais la salope, j’allais les sucer tous. Ils m’ont demandé de me déshabiller. J’ai fait une fellation à Erwan. Marc m’a prise par derrière. J’ai vu comme un flash, je crois que Jason filmait. Puis on est allé dans la chambre. Erwan dormait. Marc m’a reprise par derrière ».
    Son témoignage se tient, quand bien même il charge davantage Marc que ses déclarations devant les gendarmes, en 2015. Sonia est assaillie de questions.
    Elle perd pied. Du fond de la salle, son actuel compagnon hurle : « Mais dis la vérité, bordel ! Dis la vérité ! ». L’audience est suspendue.

    « EXCITATION TOTALE »

    Comme si la journée n’avait pas été assez défavorable aux accusés, avant Sonia s’était exprimé Jean, l’ancien légionnaire que le chômage avait jeté à la rue. « J’ai eu très peur, se souvient-il. Ils étaient dans un état d’excitation totale. J’entendais la tête de la fille cogner contre le mur. Ils l’ont frappée toute la nuit. Quand j’ai voulu sortir, Erwan m’a mis deux coups de poing. La nuit, j’ai essayé de protéger le gamin qu’ils avaient ramené. Marc venait dans la chambre toutes les demi-heures, il promenait un scalpel sur le petit. Il disait comme ça, On va l’égorger et le foutre en morceaux dans le canal ». On l’interroge sur les relations sexuelles. Il lâche : « Vu les coups qu’elle a pris, je ne crois pas qu’elle ait eu le choix de refuser ». Cooper croit bon de lever la main pour accuser Jean de « prendre de l’héroïne par intraveineuse. Allez ! Montre tes bras ! » L’homme, comme outragé, tombe son gilet, remonte ses manches, et exhibe ses bras exempts de piqûres devant chaque juré. La meilleure défense n’est pas toujours l’attaque.
    2 février

    Dans la jungle des multiples versions

    0202Peut-on demander à des personnes abruties par le crack, l’héroïne, le cannabis et/ou l’alcool, de dresser une chronologie et une énumération précises des faits commis dans la nuit du 21 au 22 avril 2015, dans un squat de la rue Victor-Hugo, à Noyon ? C’est bien la seule excuse que l’on trouvera à Erwan Kotland, Marc Dengheade et Jason Cooper, qui comparaissent pour viol et séquestration (le verdict est attendu ce vendredi soir).
    Pour le reste, c’est un festival, dont la palme revient sans doute à Marc Dengueade, Congolais de 32 ans en situation irrégulière. En moins de deux heures, hier jeudi, il a réussi à soutenir d’abord qu’il n’avait rien fait, ensuite qu’il avait obtenu, tout comme Erwan, une fellation de la part de Sonia, et enfin qu’il l’avait sodomisée. Il faut dire qu’entre-temps, la présidente lui avait rappelé la présence de son sperme à l’entrejambe de la victime. Néanmoins, il nie toute contrainte et affirme qu’elle, le visage en bouillie après son passage à tabac, était consentante : « Elle ne m’a pas repoussé. Cooper filmait, ça fumait du crack, c’était la fête ».
    ” PAS DE MAIN MORTE “
    Jason Cooper, 34 ans, serait tout aussi innocent. Comme Marc, il indique qu’Erwan Kotland est entré en furie parce que pendant qu’il était incarcéré, Sonia était censée recueillir son RSA sur son compte et, en retour, l’alimenter en stupéfiants. Or elle l’aurait « carotté » et, pour tout arranger, aurait fait le tapin à Paris avec Cindy (prénoms modifiés), sœur d’Erwan et petite amie de Marc. « Il l’a cognée, il n’y est pas allé de main morte. Marc a tapé aussi » , accuse Jason, qui affirme être parti au début du volet sexuel des violences. « Erwan a demandé (à Sonia) de sucer tout le monde. Quand je suis sorti, il baissait son pantalon. »
    Erwan Korland, justement… Ce Noyonnais de 33 ans fait figure d’accusé principal. Il aurait obtenu une fellation, incité au film et à la sodomie et même proposé au mineur de 14 ans, séquestré, de « se faire sucer ».
    « Je n’ai jamais nié que j’avais frappé (Sonia) » , entame-t-il. Quant aux viols, ne lui en parlez même pas ! « Ne serait-ce que parce que je suis un garçon pudique… » Tous se contredisent, rien ne colle avec les accusations des victimes, entendues mercredi. Sans parler des gouffres qui séparent les aveux devant les gendarmes et les dépositions à l’audience… Bon courage aux jurés !
    3 février

    Quatorze ans de prison pour Erwan Kotland

    Après plus de 5 heures de délibéré, Kotland a   écopé de 14 ans de réclusion pour viol et séquestration.  

    LES FAITS

    ERWAN KOTLAND , Marc Dengheade et Jason Cooper, 33, 32 et 34 ans, comparaissaient depuis mardi pour viol et séquestration, le 22 avril 2015, dans un squat de toxicomanes rue Victor-Hugo à Noyon.

    HIER, l’avocate générale a requis 15 ans contre Kotland, 10 contre Denghaede et 8 contre Cooper.

    L’AVOCATE GÉNÉRALE a établi un distinguo entre les trois hommes accusés de viol, violences et séquestration. Erwan Kotland a ecopé de 14 ans de prison, Marc Dengheade de 10 ans et Jason Cooper (relaxé la complicité de viol), de 3 ans.
    Et si l’on parlait chiffres ? Trente, c’est celui des questions auxquelles la cour devait répondre hier. Trente, le quantum de peine encouru par Erwan Kotland, aussi (puisqu’il était en récidive de séquestration). Douze, c’est le nombre de versions de la sordide soirée du 21 au 22 avril 2015 qu’a dénombrées M e Risbourg. On mesure mieux l’ampleur de la tâche… 15, 10 et 8, ce sont les peines requises par l’avocate générale Nathalie Moënet en fin de matinée.
    Sur l’accusation de viol, la magistrate du parquet a notamment estimé qu’abasourdie de coups, la victime ne « pouvait consentir à de tels actes » , en l’occurrence une fellation sur Erwan et une sodomie par Marc. Elle prend le même argument pour convaincre de l’extorsion de la carte bancaire et la séquestration de deux témoins terrorisés. Avant elle, Me Nadine Duval a décrit sa cliente Sonia (prénom modifié) comme « l’esclave d’Erwan, le larbin de toute la famille Kotland ».
    Et singulièrement de la sœur d’Erwan, pour qui Sonia était allée acheter de la drogue (héroïne, crack, cannabis) au Clos des Roses le 21 avril. Elle devait la lui livrer à la prison de Beauvais, là même où quelques semaines plus tôt, elle était chargée de prodiguer des fellations à Erwan…
    ” ON PEUT DIRE OUI CENT FOIS, SI ON DIT NON, LA CENT-UNIEME C’EST UN VIOL”
    Me Combes, avocat Erwan, voit en cette sœur « le juge de paix à l’ancienne, toujours là dans l’ombre, tapie, une présence plus que nauséabonde, qui depuis la maison d’arrêt pollue ce dossier ». C’est elle qui téléphone à la gendarmerie pour dénoncer « une dinguerie) ; elle qui contacte tous les protagonistes avant même les enquêteurs.
    Pourquoi ? Parce qu’elle est « très en colère contre son frère », dixit l’adjudant-chef. « Elle n’a pas eu sa drogue. Peut-être commence-t-elle à trembler » , analyse Me Combes.
    Le milieu des stups est celui des embrouilles, favorisées par les trous de mémoire que creusent le crack ou l’héro. Ces fameuses douze versions fournissent autant d’arguments aux avocats pour plaider des acquittements partiels. À chaque accusation correspond un démenti, quelque part dans le dossier !
    Elles permettent même de douter du désaccord de la victime du viol. Mme Moënet a prévu le coup : « On n’est pas là pour juger la victime sur la base des rumeurs du parvis de la gare de Noyon. Elle a la vie sexuelle qu’elle veut. On peut dire oui cent fois : si on dit non la cent-unième, c’est un viol » .
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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