Escroquerie aux subventions par le président de SOS Racisme 80

    Le pote touchait le jackpot

    Le tribunal d’Amiens a condamné hier mardi 5 mai 2015, Jacques Ebosse, le président de SOS Racisme 80, à six mois de prison ferme pour escroquerie aux subventions.

    Jacques Ebosse, responsable du comité SOS Racisme de la Somme
    Jacques Ebosse, responsable du comité SOS Racisme de la Somme, en 2013.

    Jacques Ebosse, 59 ans, président de SOS Racisme dans la Somme, a été reconnu coupable de faux, usage de faux, détournement de biens d’un dépôt public et abus de confiance. Il dispose de dix jours pour faire appel.

    Il a été condamné à six mois de prison ferme (sans mandat de dépôt) et trois ans d’interdiction de gérer toute association ou société. Il devra verser 32908 euros de dommages et intérêts au Conseil régional.

    Qu’elle est triste, l’audience qui s’est tenue hier, comme toujours quand une escroquerie est pratiquée au nom de grands et beaux principes ! Qu’elle est inquiétante, aussi, quand on réalise à quel point les collectivités territoriales distribuent des subsides par dizaine de milliers d’euros sans s’inquiéter de leur utilisation. Qu’elle est dangereuse, enfin, car on en ressort en se demandant combien d’associations constituées sous couvert de l’intérêt général ne sont que coquilles vides, inscrites en préfecture dans le seul but lucratif de nourrir quelques prébendiers.

    Des assemblées générales au téléphone

    Jacques Ebosse-Modiou Nyambe devient président de SOS Racisme à Amiens en 2002, jusqu’à une scission en 2005, qui l’oblige à créer une nouvelle structure, SOS Racisme 80. Dans les faits, très vite, cette association n’en est pas une au sens légal du terme. Le secrétaire vit au Royaume-Uni, la trésorière est une femme de paille. “Vous ne faisiez pas d’assemblée générale!”, lui reproche le procureur, Françoise Dale. “Si, si, se défend-il. Mais c’était par téléphone.” Cette gestion rocambolesque aurait dû condamner l’association à ne vivre que des seules cotisations de ses adhérents. C’est tout le contraire qui se passe : l’argent afflue, du conseil régional mais aussi d’Amiens Métropole. “En fait, la Région ne contrôle absolument pas l’utilisation des fonds qu’elle remet”, dénonce la même Mme Dale.

    Qui, d’ailleurs, va mettre fin à la combine ? Pas une collectivité, mais l’organisme Tracfin, dépendant du ministère de l’Économie, qui estime en 2014 que beaucoup trop d’argent liquide est retiré régulièrement du compte de SOS Racisme.

    Isaac, salarié fantôme

    Les policiers iront de découverte en découverte. La plus stupéfiante : entre janvier 2011 et juin 2014, SOS a officiellement versé un salaire mensuel, subventionné par la Région, à un certain Isaac. Ce dernier tombe des nues : «Mais j’ai quitté SOS le 31 janvier 2011!” C’est vrai. À partir cette date – il le reconnaît – Jacques Ebosse a émis de fausses fiches de paie pour continuer à toucher les aides publiques.

    Il se défend de tout enrichissement personnel. Selon sa thèse, il a travaillé pendant deux ans, de 2009 à 2011, pour SOS Racisme sans que l’association ne puisse honorer son salaire (qu’il a pourtant déclaré aux impôts) “Je me suis investi. L’association me doit encore de l’argent”, insiste-t-il.

    Il ne convainc pas et cette nouvelle peine ferme n’arrangera pas ses affaires, puisqu’il attend le 17 juin un arrêt de la cour d’appel relatif à une condamnation pour exercice illégal de la profession… d’expert-comptable. Dorénavant, il est réfugié dans un village du Santerre, Puzeaux. Le cordon ombilical avec les collectivités territoriales n’est pas coupé : il vit du RSA, que verse… le conseil général.

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Affaire Bocquet. Vingt ans pour un double meurtre

    24 septembre 2015 ASSISES DE L’OISE Un sexagénaire jugé pour un double meurtre dans ...

    Assises de l’Oise : procès de Yan Hauet pour assassinat

    10 septembre 2019 Compiègne: victime d’un tueur au sang froid Meurtrier avec préméditation ou ...

    Pris les doigts dans le pot de confiture

    Le retraité n’avait pas le droit de vendre ses confitures maison. Il s’est retrouvé ...