LA GUERRE DES MAIRES

    DAOURS Conseils municipaux sous surveillance gendarmesque, insultes, calomnies et, hier, une audience pénale: la vie municipale est délétère dans ce village proche de Corbie.

    daours-20
    Le maire de Daours (troisième en partant de la gauche) en compagnie de son conseil Me Hubert Delarue et d’autres élus de la communauté de communes du Val de Somme venus le soutenir.

    Pendant 33 ans, Gérard Hollville a été maire de Daours, commune de 800 habitants à l’ouest d’Amiens. En mars 2014, coup de tonnerre: la liste du sortant est balayée par celle d’opposition, menée par Philippe Dine. Pas un conseiller élu! Ce n’est plus une veste, c’est une garde-robe. Depuis, la guerre fait rage, notamment parce que le clan Hollville – famille et amis – assiste ponctuellement à chaque réunion de conseil et, selon leurs détracteurs, les perturbe.

    Hier, le Clochemerle s’est étalé sur la place publique, au tribunal correctionnel d’Amiens. Philippe Dine, 70 ans, y répondait de violences sur la personne d’Estelle Darras-Hollvile, 45 ans, bru de l’ex-maire. Elle-même, ainsi que Gérard Hollville, absent pour raisons de santé, étaient poursuivis par l’actuel premier magistrat pour outrage.

    Le 20 juin 2015, M. Dine tond la pelouse autour de sa mairie. Mme Hollville se met en tête de le filmer, téléphone à la main.

    «Pourquoi la famille Hollville filme-t-elle le maire?», s’interroge le président Manhes. La dame hésite: «Euh… C’était pour poser une question en réunion. Pourquoi le maire tond-il la pelouse un samedi alors que nous avons plein d’employés municipaux?» Le magistrat insiste: «C’est plutôt un investissement personnel, non?» Mme Hollville livre cette étrange réponse: «Dans la revue municipale, il a dit que c’est à cause de nous que la kermesse scolaire a été annulée».

    Le soutien des maires du canton

    Le maire coupe le contact de sa tondeuse et s’approche de la vidéaste afin de lui prendre le téléphone. Selon lui, «elle m’a insulté, elle s’est débattue, elle est venue deux fois vers moi, je l’ai repoussée. Malencontreusement, elle s’est cognée dans le mur de la mairie». Selon elle, «il s’est jeté sur moi, il m’a giflée et m’a claquée contre le mur». Le résultat, c’est dix jours d’arrêt de travail, constatés par trois médecins, dont deux du CHU d’Amiens. «Où madame travaille…», glisse perfidement Me Delarue, conseil de M. Dine.

    Mme Hollville nie avoir proféré ces insultes: «Va te faire foutre, connard, bon à rien». Son beau-père, en revanche, a admis avoir agoni, dix minutes plus tard, son rival de grossièretés diverses, où il est question de violences conjugales, de crime, de sodomie et d’accident de voiture…

    On sent bien que l’épisode de la tondeuse n’est que le point culminant d’une montagne de stress érigée depuis mars 2014. Quinze maires du canton de Corbie avaient, hier, fait le déplacement. En leur nom, Alain Babaut, maire du chef-lieu, a témoigné que sa communauté de communes devait, depuis juillet 2015, envoyer des représentants à chaque conseil (où les gendarmes sont régulièrement appelés). Il parle de «non-respect de la démocratie. Quand on est battu, on accepte. On n’est pas maître dans sa commune».

    «Châtelain et seigneur»

    «L’alternance n’interdit pas à l’ancienne équipe d’assister aux conseils municipaux», rétorque Me Sonia Houzé, avocate de Gérard Hollville, en qui son confrère Hubert Delarue voit «le châtelain et seigneur de Daours, qui, frappé par une procédure pénale, comptait bien mettre sur le trône le prince consort, son propre fils. Et voilà qu’un manant ose affronter le prince et emporte la totalité des sièges!»

    Le bâtonnier se tourne vers le parquet et s’étonne que ses propres plaintes ne prospérassent pas: «Le prince, membre de diverses sociétés, historiques ou philosophiques, n’est pas inquiété mais vous osez le poursuivre, lui, ce brave homme, handicapé à 80%, qui tond la pelouse de son village pour le Tour de France!»

    Le tribunal rendra son jugement le 3 novembre.

    3 novembre

    Les deux maires renvoyés dos à dos

    Le tribunal d’Amiens, dans son délibéré rendu ce jeudi, a en quelque sorte renvoyé dos à dos l’actuel et l’ancien maire de Daours, village de 800 habitants près de Corbie.

    Le premier magistrat Philippe Dine, 70 ans, a été condamné à 90 jours-amende à 15 euros, soit un total de 1350 euros d’amende, pour des violences commises sur Estelle Hollville le 20 juin 2015. Cette femme de 45 ans avait reconnu avoir filmé M. Dine tandis qu’il tondait la pelouse communale. Elle avait en revanche nié avoir proféré des insultes et a d’ailleurs été relaxée de ce chef.

    Son beau-père Gérard Hollville, 72 ans, l’ancien maire sèchement battu aux élections de mars 2014, a pour sa part été condamné à 450 euros d’amende, et un euro symbolique à verser à la victime, pour des outrages à l’encontre de M. Dine.

     

    Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis !
    0
    J'AIMEJ'AIME
    0
    J'ADOREJ'ADORE
    0
    HahaHaha
    0
    WOUAHWOUAH
    0
    SUPER !SUPER !
    0
    TRISTETRISTE
    0
    GrrrrGrrrr
    Merci !

    Tags:

    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

    • Voir les commentaires

    Your email address will not be published. Required fields are marked *

    comment *

    • name *

    • email *

    • website *

    Vous aimerez également peut-être

    Me Hubert Delarue raccroche la robe

    À 69 ans, après presque quarante ans de barreau, le plus connu – et ...

    Procès de Jean-Paul Dancoisne pour meurtre, rue Saint-Acheul, à Amiens

    9 octobre 2017 Dancoisne, fou quand ça l’arrange L’accusé a oscillé entre délires et ...

    Affaire Kotland etc. : viol et séquestration à Noyon (Oise)

    1er février 2018 Noyon : nuit de cauchemar dans le squat de l’horreur Ce ...

    L’affaire Chabé, le pompier de Paris acquitté du meurtre de sa femme

    10 juin 2013 Commentez ou exprimez-vous grâce aux emojis ! 4Grrrr2J'ADORE2WOUAH2TRISTE0J'AIME0Haha0SUPER !Merci !