Le café ne risquait pas de l’énerver : il était bourré de tranquilisants

    Le mari avait fait ingurgiter des calmants dissous dans le café de sa femme. Il a été condamné mardi 20 octobre.

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    Il ne risquait pas de l’empêcher de dormir… (Naotake Murayama sous CC)

    Mardi 20 octobre, le tribunal d’Amiens a condamné François (les prénoms sont modifiés), 49 ans, à un an de prison avec sursis. Il a été reconnu coupable d’avoir, dans une commune du nord-ouest de la Somme, administré une substance nuisible à sa femme, le 27 juillet 2015. Il a également été condamné pour des violences répétées, pendant les sept premiers mois de l’année.

    Le soir du 30 juillet, ce couple qui va mal depuis plusieurs mois sacrifie pourtant à un tendre rituel. Nathalie a préparé le café le matin, François l’a fait couler après le dîner et apporte une tasse à celle qui partage sa vie depuis dix ans, dont cinq de mariage.

    Morceaux blanchâtres

    « J’ai vu des morceaux blanchâtres au fond, il m’a dit que c’était du sucre, ou le filtre… », se souvient la femme dont la nuit sera un calvaire : elle perd connaissance, se réveille, vomit, s’écoule à nouveau dans le lit d’une de ses filles où elle défèque.

    Le matin, elle part aux urgences. Malgré ses nausées nocturnes, les médecins trouveront des traces de deux substances, sans pouvoir en déterminer le dosage.

    Un suicide à épisodes

    Face aux gendarmes (tout comme devant les juges), François multiplie les versions contradictoires, toutes basées sur le fait que les cachets, qui pourtant doivent être avalés, et non dissous, lui étaient destinés : elle a peut-être inversé les tasses, par erreur ; je lui ai peut-être tendu ma tasse par inadvertance ; j’ai peut-être mis par erreur des cachets dans les deux tasses ; et si elle avait pris les cachets pour me faire porter le chapeau ? Mardi, il sert une version étonnante : « Je voulais me suicider. J’avais d’abord pris un cachet avec de l’eau, je comptais en prendre d’autres dans le café et j’avais mis mon réveil à trois heures pour en finir ». Me Pillon, partie civile, ironise sur ce « suicide à épisodes » quand le procureur Souffrin s’amuse de ce « suicide à petit feu, au milieu duquel le désespéré prend la peine d’ingérer du cytrate de bétadine pour mieux digérer ! »

    François n’en démord pas : il est innocent de tout. L’empoisonnement, c’est « une erreur », la claque, c’est « une poussette », la bouteille jetée à la figure, une bouteille « jetée au sol, de colère ». Quant à la menace d’un couteau, « c’était pour couper les tomates, vu que comme d’habitude elle n’avait pas préparé le repas ».

    Car le mari en a à dire, sur sa femme ! « Elle passait son temps sur des jeux en ligne. Matin et soir, elle était devant ses PC. Elle ne faisait pas à manger, elle me délaissait, il n’y avait aucune communication. » Son avocate Me Claeys acquiesce : « C’est du harcèlement moral ! Il était agacé ? C’est bien normal ! »

    La thèse du complot

    Me Pillon dresse au contraire un portrait inquiétant de cet homme que sa cliente, par peur, a eu tant de mal à quitter. Un homme déjà condamné 2004 pour des agressions sexuelles sur son lieu de travail. « Elles s’étaient liguées contre moi », indique-t-il. « Evidemment, c’était déjà un complot… » commente le procureur.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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