Procès Alliote pour tentative de meurtre à Amiens. 2010 et 2013

    5 novembre 2010

    Il avait tiré cinq fois sur sa compagne

    Une miraculée demandera justice à partir de cet après-midi, aux juges et jurés de la cour d’assises de la Somme. Le 4 février 2008, cette femme d’un peu plus de 32 ans a survécu à cinq balles de revolver tirées à bout touchant par le compagnon dont elle était en passe de se séparer, Romuald Alliote, 33ans.

    C’est dans cette pièce, située à l’arrière de la maison que le drame s’est noué

    Il l’attendait ce soir-là dans leur petite maison de la rue de Saveuse, qu’elle l’avait enjoint de quitter depuis déjà plusieurs jours. Le couple allait mal depuis des mois. La jeune femme ne supportait plus l’inactivité de son compagnon, connu à l’âge de 14 ans, ainsi que les délires paranoïaques favorisés par sa toxicomanie. Le 4 février, une nouvelle dispute éclate à 19h30. Elle ne veut plus le voir. Elle en a rencontré un autre. Il ne le supporte pas. Il se saisit d’un revolver que ce fanatique d’armes sait caché dans un tiroir de la cuisine et tire à cinq reprises, à une distance de vingt centimètres environ, en visant la tête. Il la laisse pour morte et rejoint l’étage afin d’appeler la police, qui l’interpellera sans peine.

    Cet après-midi, l’ex-compagne d’Alliote devrait être présente. Le 4 février 2008, son pronostic vital était engagé à court terme. Un mois plus tard, elle présentait encore un état végétatif. Deux ans et demi après, le triste fait qu’elle soit totalement dépendante, condamnée à se déplacer en fauteuil, mais consciente et capable de lire ou écrire peut déjà être considéré comme un miracle.

    C’est peu dire que ce drame avait ému toute la population amiénoise. La victime, employée dans un bureau de tabac proche de la place Gambetta, en plein centre ville, était en effet aussi connue qu’appréciée.

    6 novembre 2010

    Procès Alliote : le terrible face à face

    La cour d’assises de la Somme a commencé hier à juger Romuald Alliote, qui avait tiré cinq balles dans le crâne de sa compagne, en février 2008. Cette miraculée lui a fait face.

    Romuald Alliote.

    “Ça ne part pas bien….” Me Stéphane Daquo, avocat de la partie civile, s’adresse ainsi à Romuald Alliote et résume le sentiment ambiant. Arrivé en retard (ce n’est pas de sa faute), l’homme qui a tiré à cinq reprises sur sa compagne n’a cessé de donner l’impression de fuir son propre procès tout au long de l’après-midi d’hier.

    Veste grise, col roulé sombre, soigneusement peigné, Alliote, 33 ans, prend la parole en début d’audience. Il donne sa version de la soirée du 4 février 2008 et énumère des justifications à son terrible geste : “Elle a claqué la porte, ça m’a réveillé… Je voulais prendre mes papiers et partir mais elle n’a pas voulu me dire où était mon sac… Je devais téléphoner à ma soeur mais elle a refusé de me prêter son téléphone… Elle m’insultait… Elle me narguait… Elle m’a parlé de son amant, elle m’a donné des détails précis, je n’en pouvais plus…”.

    Dans un fauteuil pour le restant de ses jours

    Me Daquo sursaute. «Ça, c’est la première fois que vous le dites. En garde à vue, vous avez indiqué lui avoir parlé de cette relation avec un autre mais qu’elle vous a répondu que ça ne vous regardait pas puis a rapidement changé de sujet. » Elle ne risque pas d’éclairer les débats ; elle ne se souvient de rien. Menue, mignonne, coquette dans son fauteuil roulant, elle fait face à celui qui a failli lui ôter la vie. Elle n’a que rarement à affronter son regard tant il garde obstinément les yeux fermés. Une hémiplégie l’empêchera à jamais de marcher, elle n’a pas l’usage de ses mains, elle parle avec de grandes difficultés, pour dire qu’il la battait, se droguait, ne travaillait pas, mais qu’elle n’était pas partie plus tôt parce qu’elle avait peur. Et encore, elle doit s’estimer chanceuse… Un mois après les faits, les médecins avaient préparé sa famille à l’idée qu’en cas de complications, il ne faudrait pas s’acharner….

    Alliote aussi a de la chance : la jeune femme sera retenue à l’hôpital de Berck lundi et mardi . Les jurés n’auront pas sous les yeux les conséquences du crime dont on accuse celui qui ose cette déclaration : «Je n’avais jamais envisagé vivre sans elle. D’ailleurs, aujourd’hui encore, je ne l’envisage pas».

    Quand elle se tourne vers la victime, l’avocate générale Anne-Laure Sandretto a des sanglots dans la voix. «J’étais de permanence ce soir-là. Je vous ai vue convulser. Je ne pensais jamais vous retrouver vivante. » Ce 4 février, la jeune représentante du parquet avait eu la présence d’esprit de prendre avec son portable des photos de la victime avant qu’elle ne fût évacuée. Ces photos montrent des traces de «fumage» qui d’après l’expert balistique prouvent que les balles du revolver 9 millimètres ont été tirées à bout touchant, soit à quelques centimètres de la victime. «Non, je n’ai pas voulu la tuer», s’entête Alliote. Me Daquo soupire : «En 2008, vous avez dit textuellement : ” Dès le début, je voulais la tuer “. Non, décidément, ça ne part pas bien.

    9 nov 10

    Procès Alliote : une partie d’échecs

    Hier avait le lieu le deuxième des trois jours du procès de Romulad Alliote, 33 ans, accusé d’avoir tiré cinq balles de revolver sur sa compagne le 4février2008, la laissant définitivement handicapée.

    L’arme du crime

    Maladresse ou provocation ? Au deuxième jour de son procès, Romuald Alliote a multiplié les revirements et les petites phrases propices à exaspérer la partie civile et à désespérer la défense.

    Il y a d’abord ses versions successives et contradictoires. Hier matin, il refuse encore d’admettre qu’il a voulu tuer sa compagne, quand pendant toute l’instruction il a admis que les deux balles dans la tempe à bout touchant visaient à lui ôter la vie, puis les trois entre les deux yeux à l’achever. Même son avocate Me Fayein lui rappelle qu’il a dit : «J’ai tiré pour qu’elle arrête de souffrir». Pourtant, il soutient : «Je n’étais pas sûr. L’arme avait été trafiquée. Il se pouvait que les balles l’aient simplement piquée». Dans ce cas, pourquoi trois de plus ? Et pourquoi émettre l’hypothèse qu’il a pensé à se suicider avec la sixième balle du barillet ? Il ne risquait que de se «piquer»…

    Intolérant à toute frustration

    La provocation, ensuite…. On lui demande pourquoi il vivait entouré d’armes ? «Vaut mieux faire attention, on ne sait jamais sur qui on peut tomber. » Une réflexion que doit se faire tous les matins son ex-compagne, dans son fauteuil roulant….

    Et pourquoi répondre à toute contrariété par l’usage d’un revolver, puisqu’il a braqué sa mère à 18 ans et un voisin à 23 ans ? Réponse impayable : «J’aime pas frapper les gens…» Le pompon, c’est quand Me Daquo le pousse dans ses retranchements et que l’accusé, aussi froid que quand il a appelé police secours le 4 février 2008, lui lâche : «Je vous trouve confus dans votre question».

    Au-delà de ces coups d’éclat, il y avait pourtant dans l’audience d’hier de quoi comprendre le parcours d’un garçon dont les parents divorcent alors qu’il a neuf ans, qui consomme de la drogue (cannabis, cocaïne, héroïne) de 15 à 23 ans puis un produit de substitution et des calmants de 23 à 30, lâche l’école très tôt, ne travaille pas, vit la nuit, dort le jour. On réalise que, quand à l’âge de trente ans, il apprend que sa compagne va enfin le quitter, parce qu’elle n’en peut plus mais aussi parce qu’elle a rencontré un autre homme, c’est la première fois que quelqu’un ose dire non à ce sale gamin, de ceux que l’on croise frappant de leurs poings le sol des supermarchés, le samedi après-midi, en hurlant qu’ils veulent un jeu vidéo (et l’obtenant). Sa mère lui a tout cédé. «J’avais peur», répète-t-elle. «Il faisait régner un climat malsain», fait écho le beau-père, qui regrette encore : «J’ai essayé, je n’ai pas pu. Il y a des années qu’il n’est plus dans notre monde».

    Et tous deux de tresser des lauriers à cette copine d’adolescence qui, pour son plus grand malheur, a accepté de se mettre en ménage avec Romuald à l’âge de 17 ans. «J’avoue que j’en étais un peu débarrassé. J’avais un poids en moins quand j’allais travailler le matin», souffle l’un quand sa compagne admet : «Ce jour-là, j’ai été soulagée. Je me suis dit qu’elle et sa famille m’enlevaient une belle épine du pied. Tout ce qu’il me faisait subir, c’est elle qui allait prendre le relais. Lui faire tout, tout de suite. Être à ses ordres…»

    10 nov 10

    Vingt-cinq ans de prison pour Romuald Alliote reconnu coupable de tentative d’homicide

    Romuald Alliote, 33 ans, a été reconnu coupable hier soir, aux assises de la Somme, d’avoir tenté de donner volontairement la mort à sa compagne, le 4 février 2008, rue de Saveuse à Amiens (nos éditions précédentes). Il a été condamné à 25 ans de réclusion, assortis d’une période de sûreté des deux tiers.

    C’est dans cette pièce, située à l’arrière de la maison que le drame s’est noué.

    L’avocat général Anne-Laure Sandretto avait requis 30 ans de prison, une peine sévère justifiée à ses yeux par le mot terrible qui lui vient à l’esprit en revivant le calvaire de la victime : «exécution». Quand bien même on admettrait que le premier coup est parti presque instinctivement, il y a les quatre autres, dont trois dans le front, à gauche, à droite et entre les deux yeux, tirés à bout touchant sur une femme inconsciente et déjà en convulsions.

    Me Daquo, pour la partie civile, exprime la même conviction : « On ne m’enlèvera pas de l’idée que quand on tire cinq balles dans la tête de quelqu’un, c’est dans l’intention de tuer».

    Me Fayein-Bourgois, avocate d’Alliote, a le vrai courage de remettre en cause ce qui frappe comme une évidence. « A-t-il voulu tuer ? Honnêtement, je n’ai pas d’intime conviction». Et d’évoquer un «tunnel» psychique.

    Ramenée de force dans la maison ?

    D’où évidemment la question de la responsabilité de l’accusé au moment où il fait feu. Sur ce point, les experts se divisent. Lundi soir, le renommé DrCoutanceau a exclu l’altération de responsabilité. Me Daquo le rejoint : « Alliote a voulu tuer parce qu’il ne supportait pas qu’elle profite à quelqu’un d’autre ». Alors « il a fait son procès, puis a prononcé la sentence et l’a exécutée. la fois enquêteur, juge et bourreau, il l’a condamnée à perpétuité. Elle sera toute sa vie dans un fauteuil roulant. Elle regardera sa fille courir autour d’elle. Elle ne guidera pas ses premiers pas; c’est son enfant qui la poussera. Elle ne la tiendra jamais dans ses bras paralysés».

    L’avocat général ne retient pas davantage l’altération. Elle affirme qu’au moment où Alliote presse la détente, c’est pour tuer et uniquement « parce qu’il refuse de la laisser partir». Cette thèse est corroborée par le beau-frère de la jeune femme : « On a retrouvé les clefs sur la porte de la voiture, ça ne lui ressemble pas, elle était trop organisée. De plus, la poignée de son sac à main a été arrachée. Je suis sûr qu’il l’a ramenée de force dans la maison».

    Délires paranoïaques

    Me Fayein-Bourgois a une autre lecture de cette terrible soirée du 4 février 2008, et peut s’appuyer sur une contre-expertise exposée hier matin, qui argue que le « désordre psychique» d’Alliote, notamment les délires paranoïaques, a influé sur un geste en aucun cas prémédité : « Je crois que ce soir-là, il ne s’attend pas à la voir ». Il devait être chez sa soeur et elle chez ses parents. Personne n’était censé se trouver dans la petite maison, or ils y furent deux. C’était au moins un de trop, dans ce couple en bout de course, composé, selon les termes de Me Fayein, d’une femme « heureuse dans sa nouvelle relation» et d’un homme qui croyait encore réversible la séparation. « Elle avait avancé plus vite que lui, elle avait déjà tourné la page».

    “Je n’arrive pas à te haïr. . . Je t’aime trop”

    La question de la dangerosité de l’accusé a pesé lourd dans les débats, hier. Un psychiatre l’estime « importante», au motif que comme Alliote ne se reconnaît pas, par fierté peut-être, comme malade mental, il est difficile d’envisager une thérapie. Son avocate plaide au contraire que son client se soumet de bonne grâce aux rendez-vous de psychiatre en maison d’arrêt, où il est d’ailleurs un détenu modèle.

    L’autre point inquiétant, relevé par la partie civile comme l’avocat général, ce sont les lettres dont Romuald Alliote a abreuvé sa victime et les parents de celle-ci, malgré l’interdiction que lui avait rappelée le juge d’instruction. Anne-Laure Sandretto lit une de ces missives du tireur à sa victime. Les mots font froid dans le dos tant ils semblent en décalage avec la réalité : « Je n’arrive pas à te haïr. . . Je t’aime trop. . . On a des torts partagés. . . Je t’aime et je suis sûr que toi aussi».

    APPEL

    24 janvier 2013

    Alliote : «Oui j’ai voulu la tuer»

    L’Amiénois Romuald Alliote, en appel, a décidé d’assumer son intention d’homicide quand il a tiré à cinq reprises sur sa compagne, en février 2008.

    LES FAITS

    Romuald Alliote, 35 ans, comparaît depuis hier devant la cour d’assises d’appel de l’Oise, pour tentative d’homicide. Il risque la perpétuité. Le verdict est attendu demain soir. En novembre 2010, il a été condamné à 25 ans de réclusion dans la Somme. Le 4 février 2008, route de Saveuse à Amiens, il a tiré à cinq reprises à bout touchant dans le crâne de sa compagne, qui a été sauvée par miracle mais reste lourdement handicapée.

    En appel à Beauvais.

    Le Romuald Alliote nouveau est arrivé. Cheveux noirs peignés en arrière, barbiche soignée, chemise blanche, veste grise à carreaux, pantalon sombre, il prévient d’emblée, hier après-midi à Beauvais: «J’ai fait appel parce que je n’étais pas moi-même au premier procès. J’aimais ma femme plus que tout, je ne vivais que par elle. Je ne conteste pas que j’ai voulu la tuer». C’est un vrai progrès.

    En novembre 2010, à Amiens, contre toute logique, il avait nié l’intention homicide. Cette fois, il assume : «Quand j’ai pris l’arme dans le tiroir de la cuisine, c’était pour la tuer. Je ne supportais pas qu’elle me quitte, qu’elle ait quelqu’un d’autre. C’était la femme de ma vie».

    «Mes délires de persécution»

    Le président Damulot préfère être sûr:

    – Donc, vous ne dites pas que les trois dernières balles, c’était pour abréger ses souffrances ?

    – Non, c’était pour tuer.

    – Et vous ne dites pas non plus que vous avez été influencé par du gaz répandu par votre voisin par un conduit secret ?

    – Non, tout ça, c’étaient mes délires de persécution.

    L’acte de contrition est parfait. Attention pourtant aux erreurs d’interprétation. On questionne Alliote sur sa toxicomanie; il répond que son père, sous l’influence d’une femme, ne l’a pas aidé. L’avocat général se lève: «Non, vous n’êtes pas resté chez votre père parce que vous vous droguiez dans votre chambre et que sa compagne ne l’acceptait pas».

    On le titille sur son incapacité à suivre une formation ou tenir le moindre travail, en contraste frappant avec le dynamisme de sa compagne, fidèle au même employeur, un buraliste amiénois, pendant 13 ans. Il se lance dans une justification vaseuse: «Le centre d’appel où je travaillais m’a licencié parce que j’allais être papa et que j’allais faire moins de chiffre». Là, c’est son propre avocat Guillaume Demarcq qui l’interrompt: «Arrêtez M.Alliote ! J’ai la liste de vos retards et de vos absences. C’est quoi cette histoire que vous nous racontez ?»

    «Vous pipeautez !»

    Alliote en fait des tonnes sur les soins apportés à sa petite fille; cette fois, la partie civile, Me Stéphane Daquo, le contre : «Quand votre compagne rentrait chez vous, la petite baignait dans son urine. Vous ne changiez pas les couches! Là encore, vous pipeautez».

    Une belle jeune femme blonde écoute ces débats sans ciller, emprisonnée dans son fauteuil roulant : Angélique, la victime. Sa famille l’entoure avec amour, comme elle le fait depuis quatre ans. Si elle tremblote, elle ne peut se couvrir de son gilet. Sa sœur l’aide. Angélique est capable de sourire à son ange gardien. De grimacer, aussi, quand le président rappelle l’ordre des cinq balles : d’abord deux dans la tempe puis trois au milieu du front.

    25 janv 13

    Toxico, surarmé, et au bord du gouffre

    Le 4 février 2008, Romuald Alliote comprenait qu’Angélique le quittait pour de bon et qu’il perdait tout. Son profil et son état psychologique ont conduit au drame.

    Romuald Alliote a promis qu’il avait fait appel de sa condamnation en première instance (25 ans de prison), parce qu’il voulait désormais dire toute la vérité.

    Hier, au deuxième jour de son procès en appel, il avance dans la démarche, mais trop lentement pour Me Stéphane Daquo, l’avocat de la victime.

    L’avocat s’énerve et dit les choses à sa place : «Vous ne supportiez pas qu’elle parte avec un autre, c’est pour ça que vous avez voulu la tuer?»

    « Absolument», répond l’accusé.

    Me Guillaume Demarcq, l’un de trois avocats d’Alliote, prend le relais. Et il insiste pour que l’accusé s’adresse directement à la victime, Angélique, assise face à lui dans son fauteuil roulant. Il lui dicte: «Je t’ai tiré dessus parce que tu étais avec quelqu’un d’autre». Les propos sont tirés au forceps, mais pour la première fois, ils sont dits.

    Romuald Alliote est décrit comme quelqu’un qui n’assume jamais ses responsabilités. Son beau-père a été sévère hier: «S’il brûlait son pantalon avec sa cigarette, c’était la faute d’Angélique».

    La dérive de l’Amiénois semble avoir commencé lorsque ses parents se sont séparés. Il avait 9 ans. Décrochage scolaire et mauvaises fréquentations à l’adolescence, drogues dures ensuite.

    Au sein de la cellule familiale, où il vit jusqu’à ses 25 ans, on le redoute. On lui cède tout. Il devient hystérique s’il n’obtient pas ce qu’il veut. Un jour, sa mère a eu le canon du revolver pointé sur son front. Sa petite sœur, c’était la tête dans le four.

    «Angélique m’a enlevé une aiguille du pied quand ils se sont mis en ménage», raconte la mère.

    L’histoire du couple va durer 14 ans. Elle travaille dans un tabac du centre-ville d’Amiens. Lui ne fait rien. Toxicomane, détenteur de nombreuses armes à feu, il vit cloîtré au domicile. Il poursuit ses crises d’hystérie et de violence.

    «Elle n’en pouvait plus», témoigne la sœur de Romual Alliote. L’Amiénois délire régulièrement. Il soupçonne un voisin de l’intoxiquer avec du gaz «pour prendre pouvoir de sa conscience», racontera son père. Angélique est décidée : il doit quitter la maison.

    Deux balles à la tempe, trois autres dans le front

    Celui qui a toujours été assisté prend sûrement conscience qu’il perd tout. La femme qu’il aime, mais aussi tout ce qui est matériel, surtout un domicile: sa mère et son père ne veulent plus l’héberger. Seule sa sœur est prête à l’aider.

    Mais ce 4 février 2008, les circonstances font qu’Angélique est rentrée chez elle, qu’Alliote est toujours là alors qu’il devait être parti. Il essaie encore de la reconquérir, il veut qu’elle abandonne son amant pour lui, mais elle ne cède pas.

    Il lui tire deux balles dans la tempe alors qu’elle est appuyée contre l’évier, et trois balles dans le front lorsqu’elle est au sol.

    Il appelle la police : «Il me dit que sa femme souffre trop», rapporte le policier à la barre. Me Stéphane Diboundje, avocat d’Alliote, saute sur l’occasion pour que le policier aille au bout de sa pensée : «Il nous a appelés pour la sauver».

    Verdict ce soir.

    GAUTIER LECARDONNEL

    26 janvier 2013

    Vingt-cinq ans de prison confirmés pour Romuald Alliote

    Romuald Alliote, 35 ans, a comparu en appel jusqu’à hier soir pour avoir tiré cinq balles dans la tête de sa concubine en février 2008 à Amiens.

    Romuald Alliote devant la cour d’assises d’appel de l’Oise.

    Tout le monde en est convenu lors du procès en appel de Romuald Alliote devant la cour d’assises de l’Oise : on a rarement rencontré une victime et sa famille aussi humaines et dignes. Pas un mot de colère ou de vengeance alors que la vie de chacun a été saccagée par les cinq tirs de revolver assénés par l’accusé le soir du 4 février 2008 à Amiens.

    Angélique est tétraplégique. Elle n’a pas souhaité s’exprimer. Juste quelques mots, en sanglots: «Quand je pense à ma fille, c’est trop dur». Cette famille pense à l’équilibre de la «petite», l’enfant de la victime et de l’accusé, qui, à 7 ans, a son père en prison et sa mère clouée sur un fauteuil roulant. Et qui sait pourquoi.

    «Il est à moitié dingue»

    Me Stéphane Daquo, leur avocat, s’est dit déçu. Certes Alliote a avancé, il a avoué avoir voulu tuer sa concubine parce qu’elle avait un amant, parce qu’elle le quittait, parce qu’il perdait tout après 14 ans de vie commune, mais, regrette l’avocat, «on aurait voulu savoir comment ça s’est passé».

    La tâche des avocats de l’accusé, Mes Dorothée Fayien-Bouregois, Stéphane Diboundje et Guillaume Demarcq, n’était pas aisée. La première s’est attachée à rattraper les déclarations déplacées d’Alliote en première instance, lorsqu’il avait noirci le portrait de la victime: «Il a clairement dit lors de ce nouveau procès qu’elle était une femme irréprochable».

    Le deuxième a insisté sur la famille de l’accusé, absente lorsqu’il en avait le plus besoin, lorsqu’il était au bord du gouffre. Et le dernier sur l’état mental d’Alliote au moment du drame: «Il est à moitié dingue».

    L’avocat général a requis 25 ans de prison, la même peine que celle prononcée en première instance. L’appel a eu un mérite – peut-être inacceptable pour la victime certes : l’agresseur lui a demandé pardon, à deux reprises, et pour la première fois.

    Verdict : 25 ans de prison, avec deux tiers de sûreté.

    GAUTIER LECARDONNEL

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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