Procès Yildirim

    Journal du mardi 22 mars

    Une vendetta à la sauce kebab

    Une peine de cœur est à l’origine d’une tentative d’assassinat dans la communauté kurde, sur fond de mariages arrangés et de crimes d’honneur. 

    Murat Yildirim, 35 ans, arrivé en Picardie depuis la Turquie en 2008, aimait passionnément Özlem, d’origine kurde comme lui. Il refuse de dire jusqu’où est allé leur flirt ; assez loin pour que Murat, habitant de Saint-Quentin (Aisne), loue une maison à Flavy-le-Martel en prévision du mariage.
    Özlem a changé ses plans. La peine de Murat fut immense. Il en était persuadé : son infortune était l’entière faute de Gönül, une marieuse connue dans la communauté pour sa langue bien pendue. Elle aurait promis la jeune Özlem à un neveu de son mari Suleyman, resté au pays, et tout fait pour que le mariage se noue via internet. Elle et son époux y auraient ajouté une bonne dose de médisance au préjudice de Murat.
    C’est ainsi que le 13 juillet 2012, à six heures du matin, Murat a attendu Souleyman sur un trottoir de Chauny, lui a asséné au moins un coup de batte de base-ball puis l’a saigné au couteau. La victime, née en 1972, survivra. Quant à Murat, il sera condamné en novembre 2015, aux assises de Laon, à quinze ans de réclusion, peine dont il fait appel depuis hier lundi à Beauvais.
    Avec ce procès, on voyage. Une réponse par oui ou non prend cinq minutes. L’interprète fait ce qu’il peut et la présidente Tortel explose : «Je veux des réponses ! Pas ces explications vaseuses… »
    Ah, les mystères de l’Orient… Que la justice se fût emparée de l’affaire semble déranger le clan de l’accusé comme celui de la victime. Quand une vendetta aurait si aisément lavé l’honneur de chacun ! D’ailleurs, le crime de Chauny a eu pour conséquence des bagarres entre les deux familles, de l’autre côté du Bosphore. Aujourd’hui mardi, on entendra la victime. Hélas, sa femme Gönul n’est pas convoquée et Özlem, au cœur de ce dossier, ne se soumettra pas au mandat d’amener qui la frappe. Officiellement, elle est rentrée en Turquie…
    Le verdict est attendu tard mardi soir ou mercredi. L’accusé risque la perpétuité.

    Journal du mercredi 23 mars 2016

    Les délires de l’amoureux transi

    Murat Yildirim saura ce mercredi soir s’il a bien fait d’interjeter appel des quinze ans de réclusion prononcés pour tentative d’assassinat.

    Mes Fay et Combes, avocats du carreleur kurde
    Mes Fay et Combes, avocats du carreleur kurde

    L’expert psychologue a trouvé des « traits paranoïaques » à Murat Yildirim. Le psychiatre n’a rien vu. À entendre l’accusé depuis lundi, à Beauvais, on pencherait plutôt du côté du premier. Comment, sinon, comprendre le délire qui a abouti au passage à tabac de Suleyman Kaya, 44 ans ?

    Murat, 35 ans, était amoureux d’une femme de son âge, Özlem, kurde émigrée à Saint-Quentin comme tous les protagonistes de cette affaire. Elle n’aurait jamais encouragé son opération séduction mais il en fallait davantage pour le décourager.
    ELLE A DÉJOUÉ LE PIÈGE
    Il est allé jusqu’à louer, en plus de son appartement saint-quentinois, une maison à Flavy-le-Martel. Son seul but : enlever Özlem, la forcer à passer la nuit avec lui ce qui, selon les traditions ancestrales, l’aurait rendue impure et obligée à l’épouser. Elle a déjoué le piège.
    La colère du carreleur, arrivé en France en 2008 avec un statut de réfugié politique, en inventant une pseudo-incarcération en Turquie, s’est alors fixée sur Suleyman, qu’il a soupçonné d’avoir, avec sa femme Gönül, fait capoter son idylle. C’est ainsi qu’un petit matin d’été, il a fracassé une batte de base-ball sur le crâne de son compatriote, puis l’a lardé de coups de couteau.
    Voilà au moins ce que l’on croit comprendre de cette histoire. Car les silences sont plus éloquents que les palabres, depuis lundi. Accusé comme victime choisissent à quelles questions ils daigneront répondre. Sinon, ils s’en tiennent à un sobre : « Ce n’est pas intéressant, je ne répondrai pas » .
    Ce sont des hommes rudes et travailleurs qui vivent en vase clos dans leur communauté. Suleyman a connu les prisons iraniennes et turques après s’être engagé dans les rangs du PKK, le parti autonomiste kurde. Autant dire qu’il en a vu… Ça ne l’empêche pas de paraître apeuré quand il demande au tribunal de « tourner la page » .
    Dans la salle, trois hommes approuvent : ils sont de la famille de Murat et ont piloté Suleyman de Saint-Quentin à Beauvais…

    Journal du jeudi 24 mars 2016

    Quinze ans confirmés pour Murat Yildirim

    Les jurés de l’Oise en sont arrivés à la même conclusion que ceux de l’Aisne, en novembre 2014  : hier soir, ils ont condamné Murat Yildirim à quinze ans de réclusion criminelle pour tentative d’assassinat. Le 13 juillet 2012, à Chauny, Yildirim, 35 ans, avait battu à coups de batte de base-ball, puis lardé de coups de couteau, un compatriote kurde, habitant de Saint-Quentin comme lui.

    Le carreleur entendait ainsi se venger d’une idylle avortée avec une jeune femme de la communauté. « Il est violent, lâche, pervers et manipulateur », a asséné hier Me Miel, pour la partie civile. Et « psychorigide », a ajouté l’avocate générale Laure Camus, en requérant dix-sept ans de réclusion. Pour elle, il y avait bien préméditation et intention de tuer.« Heureusement, au moment où la victime n’avait plus la force de se défendre, une femme a ouvert sa fenêtre et a hurlé, rameutant tout le quartier. »

    La défense a combattu l’intention d’homicide

    Me Ghislain Fay a décrit « un homme dévoré par ses passions » quand son confrère Guillaume Combes s’attachait à combattre la thèse de l’assassinat : « Tuer quelqu’un, c’est facile. Franchement, dans la communauté kurde, comme dans nos cités, il ne doit pas être bien difficile de trouver une arme de poing. Mais lui, il s’est pointé avec une batte dans la main droite et un couteau dans la main gauche ! Non, tout ce qu’il voulait, c’était lui donner une bonne correction. »

    La cour a assorti son verdict d’une interdiction de résider dans l’Aisne. En revanche, il n’a pas été question d’une expulsion du territoire.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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