Trafic de drogue à Amiens-Etouvie

    Article du 30 mars 2016

    La stupéfiante petite entreprise d’Étouvie ne connaissait pas la crise

    Neuf hommes, suspectés d’avoir organisé un lucratif trafic de stupéfiants, de 2010 à 2013 dans l’ouest d’Amiens, connaîtront leurs peines ce mercredi.

    etouvieOn croirait une pub Benetton: dans le box des prévenus depuis hier au palais de justice d’Amiens, il y a des blancs, des noirs et des marrons. Ceux-là ne vendent pas de pulls. S’ils ont uni leurs talents, c’est pour mener, à des degrés divers, un trafic de drogue à Étouvie. Ce quartier est situé à l’ouest d’Amiens et constitue avec les quartiers nord et Victorine-Autier (sud-est) le triangle d’or des stupéfiants, donc de la délinquance, à Amiens.

    La queue pour faire ses emplettes

    L’entreprise était mieux organisée que beaucoup de PME. Et plus lucrative, si l’on considère que l’import-export d’herbe et de résine acquises aux Pays-Bas échappe à l’impôt. Certes, il faut relativiser les chiffres lancés lors de cette procédure, entre celui qui minimise et son voisin qui se vante, mais on parle d’un chiffre d’affaires quotidien qui oscille entre 4000 et 8000euros. «Il fallait souvent faire la queue derrière trois ou quatre personnes avant de pouvoir acheter», a témoigné un habitué du quatrième étage du 3, rue de Bretagne.

    Là se tenait, derrière son petit bureau, un dealer dont le visage était prudemment recouvert d’un masque. Le «bureau» était ouvert de midi à 22 heures, sept jours sur sept. La police a démantelé ce trafic après qu’un homme a été laissé pour mort, frappé de plusieurs coups de marteau devant son fils de trois ans, le 26 juin 2013. On découvrira que le père de famille avait été lynché par erreur. La cible était un autre habitant de l’immeuble, rue Eugène-Varlin, suspecté par le réseau de lui avoir dérobé pour plusieurs dizaines de milliers d’euros de cannabis et d’héroïne, cachés chez une nourrice, un an plus tôt. Ce dossier fera l’objet d’un procès d’assises pour tentative d’assassinat. Sept personnes seront renvoyées, dont cinq qui comparaissent depuis hier.

    L’audience fut chaotique, entre l’avocat parisien qui arrive quatre heures en retard et le prévenu, disparu des radars, qui a la bonne idée de se faire interpeller le jour de son procès. Sinon, c’est bien simple, on est confronté à une assemblée d’enfants de chœur, victime d’amnésie aiguë, qui n’a rien vu ni rien entendu et dont les rares aveux en procédure ont immanquablement été «déformés» par les policiers. N’avoue jamais: c’est leur ligne de conduite et ils s’y tiendront, un peu pour jouer les durs, beaucoup pour tromper la peur des représailles. Ils poussent leur logique jusqu’à l’absurde, quand ils affirment ne pas connaître leur propre adresse ou quand l’un d’eux jure que «tout est faux» alors que la présidente énumère les qualités («gentil, serviable, doux») que l’enquête de personnalité lui a attribuées.

    Article du 31 mars

    Jusqu’à quatre ans ferme pour les trafiquants d’Étouvie

    Les peines sont tombées hier après-midi, au terme de deux jours consacrés au trafic de stupéfiants que la police avait démantelé en juillet 2014, dans le quartier d’Étouvie, après qu’un homme se fut fait – par erreur! – fracasser le crâne à coups de marteau, sous les yeux de son fils de 3 ans, dans le cadre d’un règlement de compte entre dealers.

    Ont été condamnés: Khalil EH, 24 ans, Pédrito P, 24 ans et Adem Y, 24 ans, à quatre ans ferme; Christopher N, 24 ans, à trois ans ferme; José ML, 23 ans, à deux ans ferme; Hervé N, à un an ferme; Grace N, 23 ans, à huit mois ferme; Christophe P, 38 ans, à un an dont six mois ferme sous bracelet électronique. Un neuvième prévenu n’écope que de 800 euros d’amende.

    La suite aux assises

    Le procureur Wilfrid Gacquer avait combattu, hier matin, l’idée que ce réseau n’en aurait été «qu’un de plus». Il en veut pour preuve «la présence massive de consommateurs qui aboutissait à un défilé de clients», la durée de la prévention (trois ans) ainsi que le volume d’argent que brassait le trafic: «60 000 euros de bénéfice mensuel», selon les propres termes d’un des condamnés, qui s’était livré en garde à vue avant de se rétracter à l’audience.

    Ce dossier connaîtra son épilogue devant la cour d’assises de la Somme, quand cinq des neuf hommes qui comparaissaient hier, ainsi que deux comparses, répondront de la tentative d’assassinat de 2014.

     

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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    • Miladi

      Bonjour Monsieur Poulain.
      Pouvez-vous m’expliquer le sens du mot gris dans la première ligne de votre article ?
      D’avance merci.

    • Tony Poulain

      Bonjour,
      J’ai bien reçu votre commentaire sur l’article relatif au trafic de stups à Etouvie. Je vous en remercie et vous réponds volontiers car vous n’êtes pas la seule à me faire la réflexion. Je n’ai pas saisi que « gris » pouvait être interprété comme péjoratif. Dans mon esprit, il s’agissait bien au contraire de souligner que la couleur de peau n’a rien à voir avec la délinquance. Certains pensent que trafic de stupéfiants = arabes. Mon but était justement de souligner que dans cette affaire, les trois couleurs étaient représentées. Je suis désolé si j’ai heurté une communauté. Sur les conseils d’un collègue et ami arabe, je vais remplacer cet adjectif par « marron ».
      TP

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