Publicité, référencement : la déontologie des avocats à l’épreuve du web

    Publicité, référencement : la déontologie des avocats à l’épreuve du web

    Les notes fleurissent, les sites de référencement pullulent : les avocats sont tiraillés entre leurs obligations déontologiques et l’envie d’être visibles sur la toile.

    Les notes fleurissent, les sites de référencement pullulent : les avocats sont tiraillés entre leurs obligations déontologiques et l’envie d’être visibles sur la toile.

    Un divorce, la haie d’un voisin qui dépasse, un accident dont on est responsable ou victime : nul n’est à l’abri de devoir chercher un avocat pour le soutenir devant un tribunal. Oui mais lequel, quand un barreau comme celui d’Amiens compte près de trois cents membres ?

    Un bon réflexe consiste à se tourner vers le site internet de l’ordre, qui évidemment ne peut mettre l’un des siens en avant mais propose une répartition par spécialité. Problème : pour y prétendre, un avocat doit avoir décroché le diplôme ad hoc. C’est ainsi qu’un seul est répertorié dans la catégorie « droit pénal » !

    «Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas la publicité qui est interdite, c’est le démarchage» (Me Marlot)

    On s’oriente alors vers les annuaires professionnels, pour le meilleur et pour le pire. Le plus sobre est ermine.fr, gratuit pour le client mais facturé 200 euros par an à l’avocat. Il recense un seul avocat picard, Me Marlot, à Senlis. « Moi, je n’ai rien payé mais ça ne marche pas vraiment, confie-t-il. C’est controversé dans la profession, or le numérique en général est un bon moyen pour se faire connaître ». Et de rappeler : « Contrairement à une idée reçue, ce n’est pas la publicité qui est interdite, c’est le démarchage. Un avocat ne peut pas distribuer des prospectus sur le marché ! »

    Les annuaires, qui promettent d’attirer les clients, ont donc tendance à se multiplier. Sur alexia.fr, nous avons par exemple demandé un avocat pour un divorce par consentement mutuel à Amiens, sans enfant mais avec un bien immobilier à partager, et comme par magie sept noms d’avocats locaux (et sept extérieurs) sont apparus. Le site se rémunère à chaque prise de contact.

    Une notation incontrôlable

    Plus inquiétant : le site starofservice.com recense des avocats comme des plombiers.

    Nous lui soumettons cette demande : une victime de violences cherche un conseil pour l’audience du 23 novembre, à Amiens. L’ordinateur mouline et sort… un nom d’avocat (sur 300 rappelons-le). Sur quel critère ? Sa faculté à payer un abonnement, sans doute.

    Reste la question des notes. Les barreaux sont allés jusqu’au Conseil d’Etat pour les interdire sur les sites marchands.

    Travail de Sisyphe, quand, comme un hôtelier-restaurateur, un avocat n’y échappe pas sur Google. Telle conseil amiénoise est «humaine, efficace, très à l’écoute » ; telle autre « défend les auteurs de violences conjugales et n’hésite pas à inventer des faits ». Elle est « une avocate pour qui la notion d’éthique est un concept abstrait ».

    Le tout est évidemment invérifiable. Pour contester, il faudra remonter jusqu’au siège de Big Brother, à Dublin. Et ça, même pour un avocat, ce n’est pas gagné d’avance…

    TONY POULAIN

    Jérôme Lavalois, bâtonnier de Saint-Quentin : “Pour moi, le seul site fiable, c’est avocat.fr”

    Me Jérôme Lavalois et Alexia Delvienne.

    La publicité est-elle interdite aux avocats ?

    Non, ce n’est plus vrai. Ils sont seulement astreints au principe de dignité, ce qui exclut des affiches à l’américaine. Le problème n’est pas là : ce sont les sites de référencement, où tout le monde est évidemment excellent dès lors qu’il accepte de payer. Pour moi, le seul site fiable, c’est avocat.fr, qui est l’émanation de nos barreaux.

    D’accord, mais si on se fie à lui, il y a un seul spécialiste du pénal à Amiens !

    Je suis sûr qu’il existe de nombreux autres confrères compétents au pénal ! La spécialité, c’est exigeant. Ça demande beaucoup de temps de travail et c’est sanctionné par un jury universitaire. Peu d’avocats s’y soumettent, c’est vrai, mais nous devons maintenir cette exigence. Sinon tout le monde se proclamera « spécialiste en ». Ce qui est déjà le cas, ne serait-ce que dans les pages jaunes…

    On vous sent assez impuissants…

    Nos barreaux, surtout quand ils sont de taille modeste comme celui de Saint-Quentin, ne peuvent pas tout contrôler. La nature humaine étant ce qu’elle est, on n’empêchera jamais un avocat de faire voter tous ses copains pour dire qu’il est formidable. Le meilleur conseil, c’est finalement de pousser la porte d’un cabinet, car nous avons un devoir de compétence. Moi, par exemple, je suis nul en droit pénal ! Si un client me saisit dans ce domaine, je l’orienterai vers un confrère.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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