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    Souvenirs du permis blanc

    une personne présente son permis de conduire, le 13 janvier 2009 à Caen. Le Premier ministre François Fillon a présenté ce jour 15 mesures pour rendre le permis de conduire “moins long, moins cher et surtout plus sûr”, alors que le nombre de tués sur les route a diminué moins vite qu’espéré en 2008, et concerne de plus en plus de jeunes. AFP PHOTO MYCHELE DANIAU

    Je vous parle d’un temps où les amendes se réglaient en francs… À l’époque, le justiciable qui comparaissait devant le tribunal correctionnel pour des délits routiers, notamment des CEA (conduites en état alcoolique) pouvait demander au juge un aménagement, couramment appelé « permis blanc ». L’éventuelle mansuétude du magistrat permettait de rouler malgré la suspension de permis, dans le cadre professionnel et pour satisfaire aux besoins essentiels (faire les courses pour nourrir la famille, par exemple). Dans son genre, elle n’était pas loin de ressembler à une autorisation dérogatoire en temps de confinement ! À vrai dire, la mesure a survécu au passage à l’euro, puisqu’elle n’a été abolie qu’en 2004.

    Le permis blanc compensait l’extrême injustice de la suspension de permis. En effet, comment comparer six mois de suspension pour un Parisien, qui pourra se déplacer du travail au théâtre, de la supérette au cinéma, en taxi, en bus ou en métro avec six mois pour un habitant de Dompierre-Becquincourt ou Cerisy-Buleux, charmantes bourgades picardes dont l’isolement est le moindre défaut ?
    Le permis blanc était une rente pour les avocats, je le constatais à l’époque au tribunal de Péronne.
    La légende, davantage que l’expérience, voulait que Me Untel soit un as de l’aménagement. « Avec lui, ça passe à tous les coups », se murmurait-il au coin des zincs. Certes, l’avocat trouvait les mots pour le dire : la famille réunie autour d’une blafarde ampoule, réduite à la misère puisque papa avait été mis au chômage et de toute façon affamée car il ne pouvait plus faire les courses à Intermarché.
    Certains tiraient davantage leur épingle de ce petit jeu. Les chauffeurs-routiers, amenés à circuler toute la sainte semaine, obtenaient presque à tous les coups un permis blanc. Je me souviens quand même d’un de ces veinards, entre Ham et Roisel, qui avait garé son camion, arrosé le week-end naissant avec ses collègues, repris le volant de son automobile personnelle et… s’était fait contrôler positif par les gendarmes au bout de la rue. Inutile de dire qu’au deuxième passage devant le tribunal, même Badinter ou Dupont-Moretti n’auraient su émouvoir les juges. Oublié le permis blanc ! Noir, c’est noir…
    Puisque que l’on se dit tout, avouons que cette heureuse exception au droit fut une bénédiction, aussi, pour les journalistes de l’époque. Considérant – et c’est tout à sa gloire – qu’un intrépide reporter est censé voler de reportages en reportages, à toute heure du jour et de la nuit, week-end compris, son autorisation de conduire dans le cadre professionnel devenait ipso facto une autorisation de conduire tout court. Encore eût-il fallu prendre en flagrant délit d’intempérance quelque titulaire de la carte de presse, ce dont je n’ai plus aucun souvenir…

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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