Tous les cris les SOS

    À force d’être confronté aux violences conjugales, on connaît hélas une musique trop entendue : la femme encaisse les coups, endure les insultes, semaine après semaine, mois après mois. Puis, un jour, elle craque ; elle pousse la porte d’un commissariat, dénonce tout à trac son calvaire et se retrouve confrontée à cette terrible question : « Vous avez des preuves, Madame ? » Au mieux, la dernière volée de beignes a laissé assez de traces pour qu’un médecin légiste les constatât. Au super-mieux, un enfant ou une sœur (aux témoignages sujets à caution), voire un voisin, attestera d’épisodes violents.
    C’est pourquoi le cas de cette femme ne laisse pas d’étonner, à l’audience du tribunal correctionnel d’Amiens. Aline (prénom modifié) a consigné pendant quatre ans toutes les fois où David, 47 ans, lui a tapé dessus. Comme une collégienne inscrivant dans son carnet intime le jour béni où Kevin lui a souri, ou celui plus dramatique où Enzo a embrassé Jessica, Aline a collationné des dates, des faits, des circonstances. Elle a pris en photo les ecchymoses puis, de son écriture d’écolière, a apposé la date au verso. Quand elle le pouvait, elle a consulté des médecins pour des motifs fallacieux – un rhume, une mammographie – histoire que les praticiens notassent les stigmates d’une vie conjugale transformée en chemin de croix.
    « Cette violence, il l’a en lui, témoigne-t-elle. C’était de pire en pire. Oui, 2018 a été la pire année. C’est impossible de parler avec lui. Un jour, je lui ai demandé pourquoi il me frappait et il m’a répondu : C’est pour te faire fermer ta gueule, ça me fera des vacances ». Pourquoi ne l’a-t-elle pas quitté, après 25 ans de mariage ? « J’avais peur des représailles. Et puis c’est le fils de mon père… Euh pardon, le mari de mon fils… Vous voyez ? Je ne sais plus… »
    En face, David est pitoyable : « Moi, j’ai subi un harcèlement moral de la part de mon épouse. Elle m’a poussé à être violent. Entre deux, j’ai essayé de consolider, d’être attendrissant. Quand elle m’a surpris devant un film porno, je me suis retrouvé avec un petit téléphone à touches ! »
    Aline n’a porté plainte que le 4 mars dernier, lorsque David est parti de la maison pour retourner vivre chez sa mère. Il présente bien, même après 48 heures de garde à vue, exerce un emploi régulier et donne même du « votre honneur » au président du tribunal, qui le condamne à huit mois de prison dont quatre ferme, aménageables sous forme de bracelet électronique.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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