Un fragile petit bout de vie

    Le lundi 4 mars, à 7 heures du matin, les policiers effectuent une banale tournée lorsqu’ils croisent un plus banal encore Renault Kangoo. On devrait en rester là si le conducteur ne donnait pas l’impression de tout faire pour cacher son visage à l’approche des fonctionnaires. Évidemment, ça intrigue ces derniers, qui se mettent en tête de contrôler ce si pudique automobiliste. Demi-tour ! Quelques mètres plus loin, la Renault est sagement garée, vide de tout occupant, mais Steven, 23 ans, est retrouvé dans une position un peu ridicule, caché à quatre pattes entre deux autos.
    Steven n’a pas le permis. Il lui a été retiré en mai 2017 en même temps que le tribunal le condamnait à six mois de prison pour avoir causé des blessures graves à ses passagers, un soir qu’il conduisait sous le double effet (pas kiss cool du tout) de l’alcool et des stupéfiants. La peine ferme a été convertie en bracelet électronique. Le matin de son interpellation, il ne lui restait plus que cinq jours à porter ce bijou (de technologie) dont même les plus coquettes se passeraient bien.
    Steven tenait le bon bout, et pas seulement à cause de la proximité de sa fin de peine. Après sa cinquième condamnation, il s’est mis en couple, a eu un fils, s’est trouvé un boulot de carreleur, a repassé le code. Fait plutôt rare : alors qu’il doit 15 000 euros au Trésor public, suite à ses délits, il verse 50 euros prélevés sur sa maigre paie tous les mois. D’ailleurs, s’il se trouvait au volant le 4 mars, ce n’était pas, aviné, au retour d’une boîte de nuit. « Avant le boulot, avec un copain, ça m’arrive de ramasser de la ferraille, explique-t-il. Ça fait un peu de sous en plus, pour ma famille. Ce matin-là, le copain était malade mais je n’ai pas résisté parce que c’était jour d’encombrants et que j’étais sûr de trouver de la ferraille. »
    « Je ne veux pas gâcher mon petit bout de vie que je commence à construire », ajoute-t-il. Cette esquisse de bonheur, il l’a décrit ainsi : « J’ai une femme formidable, elle me fait bien à manger et elle s’occupe de la maison. Mon fils, je m’en occupe, je joue avec » . Bon, au tribunal des féministes, Steven prendrait perpét’ ! Dieu merci, on est au correctionnel…
    « Donnez-moi une deuxième chance », plaide-t-il encore. Le président fait ses comptes : «Vous voulez sans doute parler d’une sixième chance ? » La procureure fait les gros yeux et requiert un mandat de dépôt, mais c’est plutôt histoire de faire peur. Steven est condamné à trois mois ferme, « sans maintien en détention, vous dormirez chez vous ce soir » , l’informe le juge.
    “Merci, je vous promets que vous ne me reverrez plus”, souffle la tête à claques et à lauriers.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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