“Un gros porc dégueulasse”

    C’est une jeune Amiénoise de 18 ans, en apparence toute sage, presque timide, qui accuse son beau-père de violences répétées et d’atteintes à la pudeur. Me Stéphane Daquo n’y va pas par quatre chemins : « Ce monsieur m’écœure. C’est un gros porc dégueulasse » . L’avocat soutient Marie, présente à l’audience de jeudi quand le prévenu, Pascal D., 33 ans, brille par son absence.
    Le 13 mars dernier, la victime (alors mineure) a porté plainte parce que son beau-père lui avait planté, en la lançant violemment, une fourchette dans la cuisse. Le motif est futile : la fille se plaint que son radio-réveil fonctionne mal. Pascal D. lui lance : « Tu serais capable de dire que c’est de ma faute » . Elle ne l’exclut pas. Il perd « ses nerfs » , comme il l’expliquera devant les policiers. Ce qu’elle révèle ensuite ne sera pas retenu par le procureur en charge du dossier. « Il y avait pour le moins une atteinte à la pudeur » , regrette Me Daquo, qui peine également à comprendre que le mis en cause n’ait même pas dû affronter « une minute de garde à vue ».
    Marie explique en effet que chez elle, chemin de Vauvoix (dans le quartier Saint-Maurice à Amiens), elle n’avait pas le droit de fermer la porte de sa chambre ou de la salle de bains. Son beau-père comme sa mère s’y promenaient souvent nus. « Elle n’a jamais dit que ça la gênait», se défendra le prévenu. Par ailleurs, la jeune fille l’accuse d’insultes répétées (« pute », « salope ») et de faits plus troublants : « Un jour, j’ai eu mal à un sein et je l’ai dit à ma mère, qui m’a obligée à venir dans le salon en soutien-gorge. Lui, il a insisté pour me palper. Une autre fois, il m’a demandé si je n’avais pas de bouton après m’être épilé le sexe. Il est malsain… » Elle rend compte, par ailleurs, de violences répétées de l’homme, fort de ses deux mètres et cent kilos.
    « La punition a été pour elle » tonne Me Daquo. Après l’épisode de la fourchette, la mère de Marie l’a mise à la porte. Depuis, elle est pensionnaire (dans sa propre ville) et obtient de bons résultats scolaires. Le week-end, elle va chez sa grand-mère mais est priée de sortir quand sa mère vient avec son frère et sa sœur.
    « Sa mère n’a pas su la protéger », convient, en défense, Me Claire Gricourt, qui témoigne que son client, sans emploi, serait retenu par une formation et qu’il est « désolé » . L’avocate estime que le mode de vie et le rapport à la nudité de ce couple « débridé » « peuvent choquer» mais qu’ils n’étaient pas dirigés contre la plaignante.
    Jugement : huit mois de prison avec sursis.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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