Un mariage mal arrangé

    Mohamed et Ahlem se sont mariés en deux temps trois mouvements. Au sens strict du terme. « Je l’ai vue trois fois en Algérie, retrace Mohamed, 31 ans. Une fois pour la rencontrer, une fois pour les fiançailles et une fois pour le mariage » . N’allez pourtant pas croire à un coup de foudre : « J’en aimais une autre mais je n’ai pas eu le droit de l’épouser. Ma tante m’a trouvé cette femme ».
    Le 17 octobre dernier, une passante a dû s’interposer, rue Jean-Marc Laurent (Amiens sud- est) entre Mohamed et Ahlem. Cette dernière a porté plainte : »
    Hier, je me suis disputée avec ma belle-mère. Elle m’a dit que j’étais une mauvaise épouse. Mon mari a voulu me frapper mais elle s’est interposée en disant Ne fais pas ça, c’est tout ce qu’elle veut pour porter plainte contre toi Ce matin, elle a refusé mes excuses et m’a injuriée. Je suis partie avec mes enfants. Dans la rue, mon mari, avec ma belle-mère, m’a barré la route en voiture. Il a voulu me faire monter de force. Il m’a attrapée par la taille et m’a mordue. Nous nous sommes mariés en 2014. C’était un mariage arrangé. Il a commencé à être violent dès la deuxième année » .
    Mohamed a été interpellé le lendemain. Il était dépité : « Je pensais que c’était une fille bien… » C’est-à-dire ? « Qu’elle ne discuterait pas ce que je lui dis ». Il l’admet : « Quand elle s’énerve, je lui donne une claque ou un coup de poing. Je suis hypernerveux mais très gentil. Ça ne me plaît pas de frapper ma femme mais c’est elle qui cherche ça ».
    À la barre, Ahlem fond en larmes, au bord de la crise de nerfs : « Je l’ai accusé à tort, pardon, je m’excuse ! Il n’a rien fait de mal. C’est la faute de ma mère ! »
    Me Yahiaoui, au contraire, ne cherche pas à plaider la relaxe. Elle admet de gros problèmes de communication dans le couple, guère aidé par les sempiternelles interventions des belles-mères. Elle argue que son client, lui aussi, a été victime de violences conjugales. En témoigne un certificat médical pour un coup de couteau, « dont il n’a pas voulu se servir pour porter plainte ». Elle souligne enfin que Mohamed, dont le casier est blanc comme neige, a entrepris de rencontrer un psychologue et qu’il occupe un emploi régulier.
    Jugement : quatre mois avec sursis.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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