« Ça va, Monsieur ? » « Oui, ça va… » « Je vous le demande parce que vous tremblez beaucoup. Vous êtes en manque ? » « Non, je tremble depuis que j’ai été paralysé… »
    C’est vrai qu’il oscille, l’Abbevillois, et que la question de la présidente Belmon, toute la salle d’audience se la pose en ce jeudi après-midi, tandis que Grégory, 43 ans, répond de violences sur son fils âgé de moins de moins de 15 ans, en novembre 2017.
    Grégory aime son gamin, c’est indéniable, et ça rend sa comparution d’autant plus pénible. Son fils comme ses deux filles ne peuvent plus compter sur leur mère. Leur père a tenté de les élever mais suite, déjà, à des gestes violents, ils ont été placés en 2012, jusqu’à ce que son garçon lui soit rendu en 2015. « Tant qu’il a été au collège, tout se passait bien, on était tellement complices, on allait à la pêche… Maintenant, il ne sourit plus, je n’existe plus », se souvient-il avec des mots qui font penser à de la déception amoureuse face à un ado qui veut simplement vivre sa vie, loin d’un père taciturne qui toute la semaine part tôt et rentre tard et, le week-end, a tendance à décompresser devant une bouteille de whisky.
    En novembre 2017, justement, père et fils retournent au collège afin de retirer le diplôme du brevet. C’est un grand classique : dans la cour de récré, l’enfant se détache vite du père pour rejoindre ses amis. On est très cruel à quinze ans… Grégory le prend mal, tout comme, le jour même, il n’apprécie pas que son fils se soit fait à manger pour lui seul, sans prévoir que son papa pourrait avoir faim, sans même imaginer un instant qu’ils auraient pu partager la table et le couvert. Alors Grégory s’énerve, traite le môme de « sale bâtard d’égoïste », le pousse vers l’évier, lui décoche un coup de poing, puis un autre. Le garçon dénonce les faits et repart en famille d’accueil. « Aujourd’hui, ce n’est plus son problème, il veut simplement tourner la page, c’est un chouette jeune homme », témoigne son avocate Me Anne-Laure Pillon. « Son papa, ce n’est plus son problème », ajoute-t-elle (comme si nos parents pouvaient un jour cesser d’être notre problème !). Grégory n’arrive pas à avouer les violences, alors qu’il les avait admises en face-à-face avec le policier. « C’est trop difficile. Cet homme, il est seul, il est triste, il est dépressif sans s’en rendre compte », constate Me Pillon, à l’unisson de son confrère Crépin, en défense, qui parle d’un « père qui aime son gamin. Presque trop… » Jugement : 500 euros d’amende avec sursis.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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