Un profil de proie

    La victime n’est pas parfaite mais c’est quand même la victime : tel est en substance le message que porte Me Amélie Dathy au moment de juger l’homme que sa cliente, Émilie, accuse de l’avoir agressée sexuellement le 6 mai 2016, à Péronne.
    Émilie est une jeune femme fragile de moins de trente ans, toxicomane, alcoolique, mère de trois enfants nés de trois pères différents, le premier suite à un viol. « C’est tous les clichés réunis », reconnaît son avocate.
    Quand Émilie pousse à tâtons (elle a bu) la porte de la brigade pour dénoncer un projet d’attentat contre les gendarmes, et accessoirement son agression sexuelle, c’est peu dire qu’elle est accueillie avec circonspection, elle qui est plus souvent convoquée comme suspecte que comme victime.
    Et pourtant… Grâce à elle, un projet de guet-apens sera, en effet, déjoué. Des jeunes de Péronne avaient prévu d’attirer gendarmes et pompiers dans le quartier de la Chapelette et de les bombarder de tirs de mortier. Quatre seront appréhendés sur le parking du Lidl, le 7 août 2016, et effectivement condamnés en janvier 2016. Si Émilie la paumée était donc capable de dire la vérité ; allait-on l’écouter quand elle décrivait son agression ? Non, il faudra qu’elle soit impliquée dans une autre procédure pour qu’elle se lamente sur son malheur et que le parquet exhume son dossier.
    Elle affirme qu’en mai 2016, Gaétan, 37 ans, l’a invitée à boire un verre chez lui, dans le quartier du CAM. « J’étais à peine arrivée dans la véranda qu’il m’a basculée sur un bureau et a essayé de me déshabiller. Il a réussi à me caresser le sexe. Je lui ai dit que j’avais mes règles. Il a crié « C’est pas grave, on va l’enculer ! » J’ai réussi à me sauver en courant. »
    Un copain, aussi saoul que les autres, confirme quand même la scène tout en précisant qu’Émilie est « une allumeuse ». Quand Gaétan se retrouve en garde à vue, deux ans après les faits, c’est peu dire qu’il tombe de haut. C’est même pourquoi, selon lui, il avoue tout ! « Les gendarmes m’ont dit que je serais rentré chez moi pour le déjeuner, j’ai donc dit oui à tout. C’était sous la pression » , explique-t-il en niant en bloc, à la barre. « Donc vous étiez encore sous pression quand vous avez réitéré vos aveux devant l’expert psychologue » , glisse, l’air de rien, Me Dathy, qui remet l’église au centre du village : « Il a eu une pulsion, il s’est servi parce qu’elle a ce profil de proie ».
    Gaétan est condamné à un an avec sursis. Émilie n’avait pas menti. Ce jour-là, c’était bien elle la victime. Il n’est pas inutile de l’écrire.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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