Un vrai calvaire

    Le gendarme a eu cette phrase : « Il a fallu que ce soit le Christ qui vous arrête ». Ils n’avaient pourtant pas la tête à s’amuser, les gendarmes, dans la nuit de samedi à dimanche dernier. L’un des leurs venait de se faire foncer dessus, à 23 heures, à Hombleux, près de Nesle. Évacué entre la vie et la mort, il ne sortira d’un pronostic vital engagé que le lundi. Le chauffard avait pris la fuite. Tout ce que l’Est de la Somme comptait de militaires le pourchassait.
    Vers minuit, ceux du peloton de surveillance et d’intervention d’Albert se dirigent vers Ham, où le fuyard aurait été localisé. Dans la campagne, gyrophares en action, ils entreprennent de doubler une Renault Laguna noire, où se trouvent Thomas, 22 ans, et deux amis. Ils viennent de voir un match de foot à la télé et rejoignent Brouchy, le village du conducteur.
    À cet instant, si Thomas laisse la voiture des gendarmes le doubler, il ne se passe rien. Ils ont bien d’autres chats à fouetter ! Mais Thomas a déjà été condamné trois fois, dont deux pour des délits routiers. Il sait que sa voiture, achetée pour pièces quatre jours plus tôt, n’est pas assurée, et qu’il n’a pas le permis. Alors il prend la plus mauvaise des décisions : il accélère, atteignant les 130 km/h, au point que les gendarmes le suivent sans chercher à le coincer. À l’entrée de la bourgade de Sancourt, Thomas ralentit à peine. Il zigzague. « Les gendarmes notent que vous roulez au milieu de la route », relève le président. « C’était parce que je coupais les virages », précise Thomas. Finalement, au carrefour, il manque un audacieux virage et termine sa course dans un calvaire, d’où la conclusion biblique du militaire.
    Coup de chance pour lui : il n’avait pas bu, ni consommé de stupéfiants. S’il avait le cœur à faire la fête, ce soir-là, c’est pour une raison épatante : « J’étais content parce que j’avais eu le code le matin même ». Cette particularité amène une conclusion pleine de bon sens de la part de son avocate Anne Desmarest : « Comment pourrait-on lui confisquer son permis puisqu’il ne l’avait pas encore ? » De fait, on voit mal comment le parquet peut à la fois poursuivre quelqu’un pour conduite sans permis et demander la confiscation dudit permis !
    Finauds, les juges résolvent le casse-tête en condamnant Thomas à une interdiction de conduire un véhicule pendant six mois. Ils ajoutent six mois de prison, dont deux ferme, mais sans mandat de dépôt. Le jeune homme à la fine moustache se lamente : « Mais sans voiture, mon contrat pro qui commençait la semaine prochaine, c’est foutu ! » Le président Montoy le ramène sur terre : « Ça, il fallait peut-être y penser samedi dernier. Dites-vous déjà que vous avez échappé à la détention ».
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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