Une bonne comédienne

    Le 3 avril à Rivery, deux témoins et un policier assistent à une scène de violence entre un jeune homme et son amie. Ils entendent l’homme dire : « Je vais te tuer, sur le Coran ». Ils décrivent un coup. Ils attestent également qu’il a poursuivi, armé d’un couteau, un joggeur qui voulait s’interposer, en criant : «Tu veux la sauver ? Je vais te planter ». La police retrouve Nawal en larmes, pieds nus, ensanglantée dans la cour d’une habitation. Elle affirme qu’elle subit des violences régulières de la part de son compagnon. Ce dernier, Mahfoud, 29 ans, est interpellé au pied du foyer où réside la jeune femme, rue Lemerchier, à Amiens. Au tribunal, ce lundi 6 mai, Nawal, une brunette sanglée dans sa veste Lacoste noire, tient un discours totalement différent : « Il ne m’a rien fait. J’avais pété un câble, il me cherchait juste pour me calmer. J’ai fait un cinéma… » Le président rappelle les violences qu’elle a décrites précisément : « Vous les avez inventées ? » Elle affirme : « Bien sûr ! » Elle a notamment relaté qu’un jour, il l’a conduite «dans la campagne », l’a insultée et lui a demandé de coucher avec ses copains : « J’ai refusé, alors il m’a gazée » . « Ça ne s’invente pas », estime le président. « Si, je l’ai inventé » , répond-elle. « Ou alors vous êtes une bonne comédienne » , hasarde-t-il. « Faut croire que oui puisque ça a marché » , tranche-telle. Me Combes rappelle que la jeune femme – manifestement très perturbée – a déjà été capable de se donner des coups de couteau à elle-même, ou de frapper des policiers. Il ouvre la porte aux explications de son client, déjà condamné cinq fois mais jamais pour des violences : « Le 3 avril, quand je l’ai retrouvée, elle n’était pas dans son état normal » . L’avocat poursuit : « Mahfoud n’est pas un ange mais il n’a pas tous les défauts qu’on veut lui imputer. Ce dossier, c’est un vrai sac de nœuds » . Est-il un fou furieux ? Est-elle une cinglée mythomane ? Les deux ? Le procureur requiert dix mois dont cinq ferme, le tribunal découpe une cote mal taillée : trois mois ferme.

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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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