Deux femmes noires, deux sœurs âgées de 59 et 60 ans, prennent place dans le box des comparutions immédiates. Elles semblent éberluées par ce qui leur arrive. Natives du Surinam, une ancienne colonie néerlandaise des Guyanes, émigrées à Amsterdam il y a plus de vingt ans, elles ont été interpellées à Maurepas (Somme), sur l’autoroute A1, le 27 février. Rien dans l’attitude de ces deux dames mûres n’aurait dû attirer l’attention, sinon la plaque d’immatriculation étrangère de la Clio de Miguel le conducteur, fils d’Helouise et neveu d’Harriette, qui échappera de justesse à toute poursuite. Le reste, c’est« le flair du douanier » selon la représentante de cette administration. Radio à Péronne, laxatif à Amiens : elles expulsent 66 et 52 ovules contenant 729 et 669 grammes de cocaïne presque pure. Quand elle est vendue au détail, il n’en reste plus que 10 à 30 %. À 60 euros le gramme, faites vos comptes : les deux sœurs transportaient in corpore de quoi dégager 30 000 à 90 000 euros de chiffre d’affaires.
    Harriette et Helouise sont des mules. Et encore, une vraie mule a droit à un harnachement. À l’étape, on ne guette pas son fondement pour récupérer le chargement. Harriette et Helouise ont dû avaler un à un les ovules contenant jusqu’à 13 grammes de drogue, enveloppés dans du cellophane, du latex, du plastique, voire du papier carbone pour échapper aux détecteurs. « Qu’un seul explose et c’est la mort assurée, commente la fonctionnaire des Douanes. C’est d’ailleurs arrivé à un passeur en décembre 2017 à Orly » .
    Évidemment, une fois les ovules avalés, les mules s’abstiennent de toute alimentation, histoire de ne pas nourrir leur transit. Dans cette étrange profession, la constipation est un vrai plus sur le CV.
    Au tribunal, Harriette et Helouise servent une jolie fable. Parties faire du tourisme, elles auraient par le plus grand hasard été abordées l’une et l’autre par deux trafiquants – Cow Boy et Black Boy ! – l’une à Cayenne (France), l’autre à Paramaribo (Suriname). Par le même hasard, ils auraient proposé à chacune 3 000 euros en échange de leur collaboration. Et évidemment, Miguel n’a rien à voir là-dedans. Trente tonnes de cocaïne auraient été importées l’an dernier en France (ce chiffre explose). Essentiellement produite en Colombie, elle « rebondit» au Venezuela, aux Antilles ou en Guyane, et arrive dans des containers au Havre, des voitures depuis le Maghreb, l’Espagne, Anvers ou Rotterdam, dans des colis postaux et dans des Harriette et Helouise, derniers maillons de la chaîne. Le 4 mars, à Amiens, elles ont été condamnées à dix mois ferme et placées immédiatement en détention.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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