La Villa des cœurs brisés

    Vingt-quatre ans d’écart dans le couple présidentiel, ça ne choque plus personne. Ce serait même glamour. Mais seize ans entre Catherine, 56 ans, et Mathieu, 40 ans, au Crotoy, ça défraie la chronique. ça attiserait même la jalousie, surtout quand le couple tient un restaurant et une chambre d’hôtes, la Villa Saint-Georges, qui a même eu les honneurs de l’émission de TF1, « Bienvenue chez nous ».
    L’Inspection du travail a mis son nez dans la gestion de cette maison qui tient davantage de l’hôtel. D’où une longue série de délits et contraventions, qui font l’objet d‘une audience correctionnelle en février dernier. Pour résumer, il est reproché aux hôteliers d’avoir tenu sept chambres au lieu de cinq, et d’avoir salarié du personnel en chèque emploi-service, plutôt que comme des employés classiques. À la barre, Mathieu évoque une confusion entre la partie personnelle de la villa, qui pouvait être entretenue par des chèques réservés aux particuliers, et le reste du travail : « Malheureusement, on l’a
    compris trop tard ». Onze employés masqués ont été recensés ! « On est très maniaque », ose Mathieu pour expliquer que cette armée ait servi à briquer deux malheureuses pièces d’habitation.
    « C’est de la vengeance », affirme Catherine. On apprend que depuis cinq ans, elle bataille avec sa fille pour obtenir le droit de voir ses petits-enfants. Or tous les plaignants seraient des amis de cette fille…
    « N’allez pas croire, il n’y a pas de complot là-dessous ! » les rassure le procureur. « On essaie de nous enliser dans la baie. À les croire, c’est la faute du comptable et toutes les victimes sont des menteurs ! », s’offusque Me de la Royère, partie civile.
    Sa consœur Me Herbault est venue accompagnée de « Mobylette », un brave Crotellois tout intimidé de comparaître à Amiens : « À les entendre, aujourd’hui, il est sale et c’est un alcoolique. Mais ils étaient bien contents de l’avoir quand ils le faisaient travailler trois heures par jour sans contrat ! » Me Louette, pour le couple, rend compte des particularités locales : « Le Crotoy, c’est la Corse ! » C’est un peu Dallas, aussi, avec son univers impitoyable… Un mois après, le délibéré est tombé : 1500 euros d’amende avec sursis.
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    • Depuis cinq ans, chaque dimanche dans le Courrier picard, les Histoires de prétoire présentent non pas les plus importantes affaires du rôle d’audience mais les plus émouvantes, énervantes, cocasses, amusantes. La fidélité des lecteurs et les encouragements de certains confrères m’ont donné envie de les réunir dans ce blog, avec (car la maison ne recule devant aucun sacrifice) quelques autres articles que j’ai commis. Ces pages sont-elles réservées aux spécialistes du droit ou à quelques voyeurs qui se complairaient du malheur des autres ? Je ne le crois pas, tant ces tranches de vie me semblent au contraire universelles. Alors bonne lecture ! Et demandez-vous avec Victor Hugo : « Qui sait si l’homme n’est pas un repris de justice divine ? » Tony Poulain

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