Fred Mankowski, kiné des Bleus en 98 : « La force de l’équipe, c’était l’équipe»

    Kiné de l’équipe de France championne du monde en 1998, et championne d’Europe en 2000, l’Amiénois Fred Mankowski revient sur ce pur moment de bonheur, inoubliable et unique.

     

    Avez-vous été surpris par le départ de Zidane ?

    Bien sûr et personne ne s’y attendait par rapport au timing mais c’est une belle et forte décision.

    Pourquoi ?

    Ce n’est pas facile de démissionner à ce moment-là mais il a dû bien réfléchir. Il faut respecter sa décision et c’est certainement un très bon choix.

    Par rapport à Deschamps ou Blanc, avait-il le profil d’entraîneur lorsqu’il était joueur ?

    Le foot, il le connait parfaitement. C’est un garçon très intelligent et il avait un côté timide, réservé et on pouvait émettre quelques doutes sur sa capacité à entraîner mais il a beaucoup travaillé pour ça. Il a passé des années à se former. Il n’est pas devenu entraîneur du jour au lendemain et à l’arrivée avec son charisme et son intelligence, cela a très bien marché.

    Il avait moins de personnalité que Deschamps et Blanc, des joueurs entraîneurs ?

    C’est vrai mais ce n’est pas qu’il n’avait pas de personnalité. Elle était différente. Il était plus réservé, il parlait moins et moins souvent mais quand il parlait, il était écouté.

    Contrairement à Deschamps ou Blanc qui avait l’âme d’un entraîneur ?

    Oui, c’était déjà des entraîneurs bis. Sur le terrain ils avaient déjà des fonctions importantes au niveau de la gestion du groupe. Ils étaient vraiment les relais parfaits d’Aimé Jacquet.

    Avec du recul, quelle était la force de l’équipe en 1998 et a-t-elle bénéficié d’un peu de chance ?

    La chance, ça n’existe pas. La force de l’équipe, c’était l’équipe. La force d’Aimé Jacquet est d’avoir su construire une équipe autour de lui, avec lui et pour lui.

    Aimé Jacquet qui en a pris plein la tête avant et pendant le Mondial ?

    C’est pire que ça. Il a vécu des moments très difficiles avant la Coupe du monde. Certains ont douté de ses capacités et de l’homme aussi en se trompant royalement et en relayant des images complétement fausses. C’était un grand homme, un vrai chef et certains l’ont fait passer pour quelqu’un d’autre. Ils se sont trompés. Tant mieux.

    Mais à l’époque, ne donnait-il pas l’impression d’avoir beaucoup de mal à s’exprimer en ne renvoyant pas l’image d’un leader ?

    C’était l’image peut-être que les journalistes pouvaient ressentir mais dans le vestiaire, personne n’a jamais pensé ça. Une fois la porte fermée, c’était un vrai chef, un vrai leader, un meneur d’hommes.

     

    Justement il maîtrisait des joueurs comme Deschamps qui avait du caractère ?

    Non seulement, il les maitrisait mais tout le monde se serait battu avant tout pour lui.

    Dès le premier match avez-vous senti que vous pouviez aller en finale ?

    Oui car lors des deux précédentes années, Aimé avait conditionné tout le monde pour ça en disant qu’on n’allait pas l’annoncer mais qu’on allait se préparer pour gagner la Coupe du monde.

    De quelle manière vous-at-il conditionné ?

    D’abord, il a su créer autour de lui et avec lui un groupe d’hommes sur lequel il pouvait compter en s’attachant aux valeurs humaines de chacun parce qu’il savait que le chemin serait long et difficile. A un moment donné, il a écarté d’excellents joueurs parce qu’ils ne collaient pas parfaitement à ce qu’il souhaitait. Il a pris ceux qui étaient prêts à l’accompagner. Il les a motivés et chacun avait vraiment envie de se battre pour lui. La réussite de l’équipe de France, c’est celle des joueurs et d’Aimé qui a su fédérer tout le monde en faisant croire que c’était possible car à l’époque, on nous prenait un peu pour des fifrelins. Il avait raison.

    Tous les critiques qui se sont abattues sur lui et sur vous, vous ont-elles quelque part motivées ?

    Si c’est pour dire que c’est grâce aux journalistes qui ont critiqué Aimé qu’on est devenus champion du monde, je dirais non! Après, quand on est attaqués, cela resserre aussi les rangs. Si tout est facile, tout est beau et qu’on se retrouve dans le monde des Bisounours, c’est difficile de lutter dans la difficulté. Là, d’emblée, des difficultés ont resserré aussi le groupe parce qu’on nous attaquait et qu’on attaquait aussi le chef. Cela semblait tellement injuste, parce qu’il était attaqué sur des choses fausses, et tout le monde avait envie de montrer que ces personnes s’étaient trompées.

    Quand avez-vous réellement commencé à y croire ?

    Tout le temps. En France, c’est allé crescendo au fil des matches mais en revanche, nous, non ! Parce qu’on était dans notre bulle. Il faut remettre ça aussi dans le contexte de l’époque. Il n’y avait pas les réseaux sociaux comme aujourd’hui. On avait des moyens de communication moindres. On a vraiment vécu dans notre bulle avec très peu d’accès avec l’extérieur. On a senti l’effervescence juste pour la finale et on n’a rien senti avant. On ne s’en rendait pas compte. On était très concentré sur deux ans et c’est sur les deux derniers mois, on s’est repliés sur nous-mêmes en pensant qu’on allait gagner.

    Mais vous personnellement, vous y aviez cru quand ?

    On y a cru deux ans avant. On s’est préparés pour ça et on a été récompensés.

    Mais vous auriez pu être éliminés contre le Paraguay, l’Italie, la Croatie…

    Oui mais on s’est qualifiés.

    Avec un petit peu de chance ?

    Non si en quart de finale face à l’Italie, Di Biagio tire son penalty sur la barre, c’est qu’il ne l’a pas bien frappé et que Fabien a bien anticipé, que cela l’a déstabilisé. Un penalty, c’est un rapport de force entre deux mecs.

    Alors quand avez-vous réellement ressenti de l’effervescence ?

    Lors de la finale. De Clairefontaine jusqu’au Stade de France, c’était de la folie. On a fait 65 km et tout au long du trajet, c’était noir de monde au bord de la route. Il y avait 200 motards, des hélicoptères et cela fait drôle. On s’est vraiment rendus qu’il se passait quelque chose.

    Et vous réalisiez que vous alliez disputer une finale de Coupe du monde ?

    Je ressentais plus d’excitation que de stress. Parce qu’on n’était pas ouvert sur l’extérieur. On était repliés sur nous-mêmes et c’était une volonté d’Aimé afin de resserrer le groupe. Et après les matches, il y avait la présence des épouses qui étaient très positives. Les familles étaient aussi impliquées, concentrées et c’était aussi une volonté d’Aimé. On a vécu en autarcie et on a très bien vécu comme ça.

    Vous souvenez-vous de la finale ?

    Oui, peut-être pas entièrement mais beaucoup de choses. Sur le banc, j’ai toujours été concentré et il le fallait mais à dix minutes de la fin du match, j’étais sûr qu’on allait gagner. A 2-0, les Brésiliens ont lâché car on leur a montré qu’ils n’avaient aucune chance. Durant ces dix dernières minutes, je me suis retrouvé sur le banc et je réalisais que c’était la finale de la Coupe du monde et qu’on allait la gagner. C’est un truc fou et j’ai essayé d’en profiter.

    A quoi et à qui avez-vous pensé ?

    A plein de choses. A toutes les difficultés qu’on a eues, à la famille, à nos proches avant tout. C’était un moment fort.

    Quelle relation aviez-vous avec Aimé Jacquet ?

    Il faut lui demander. Il aurait pu me demander n’importe quoi, j’aurais tout fait en mon pouvoir pour essayer de le satisfaire.

    C’est de la dévotion, vous lui vouez une admiration sans limites ?

    Bien sûr. Professionnellement et humainement, il est exceptionnel.

    Et que vous inspire l’équipe de France de Deschamps ?

    J’y crois. Cette équipe est très jeune, cela peut être un avantage comme un inconvénient. En 1998, on avait une équipe équilibrée avec de très bons jeunes et des anciens qui savaient tenir la baraque. C’était l’une des grandes forces de notre équipe. On verra comment ils vont gérer les événements mais j’ai vraiment confiance en eux et en Didier Deschamps. Il a choisi les meilleurs. Et puis Aimé a pris la France en 1993 et on est devenus champion du monde en 1998. Il faut du temps pour faire ça.

    Faire ça sans Benzema ?

    C’est son choix et il a des tas d’éléments que je n’ai pas. Ce n’est pas on rôle de juger sa décision. Je sais qu’il y a 60 millions de sélectionneurs en France. Ila choisi ce qui semblait être la meilleure solution pour l’équipe de France. En 1996, Aimé avait écarté Cantona et Ginola, deux joueurs merveilleux.

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