Roulez jeunesse !

     

    Après un sans-faute pendant quatre saisons avec Christophe Pelissier, l’Amiens SC a décidé de choisir le plus jeune entraîneur de Ligue 1. Un pari audacieux mais sans doute calculé.

    Une fin est toujours un début. Après quatre saisons intenses sportivement et émotionnellement – deux montées et deux maintiens en Ligue 1 – Christophe Pelissier et Bernard Joannin étaient arrivés au bout de leur histoire.

    L’entraîneur amiénois voulait des garanties dans le temps et un contrat sur la durée, eu égard à ses résultats, mais son président avait le sentiment, même s’il prétend qu’il aurait aimé prolonger l’histoire, qu’il fallait passer à autre chose.

    Intuitif mais aussi chef d’entreprise, il avait le choix entre son entraîneur et John Williams, chargé du recrutement. Le premier coûtait, le second rapporte et il a du flair. Depuis quatre saisons, son recrutement a porté ses fruits et Christophe Pelissier a su l’optimiser en disposant à chaque fois d’un groupe de joueurs capables de se prendre en mains dans les périodes difficiles.

    Les deux ont cohabité difficilement et ils étaient animés par la même envie, le même but: la réussite de l’équipe, du club en étant continuellement écoutés et soutenus par leurs dirigeants. Tous rêvaient de la Ligue 1 et grâce à un bon alignement des planètes, de la chance et beaucoup de travail, le rêve est devenu réalité. Mais après quatre saisons intensives, il n’était plus possible de repartir sur les mêmes bases.

    Le même quotidien, les mêmes habitudes, les mêmes attitudes, les mêmes rancœurs, etc. Il fallait bouger les lignes et une fois de plus, Bernard Joannin dont l’art du contre-pied et du risque – calculé – a fait ses preuves, a jeté son dévolu sur Luka Elsner.

    Un jeune inconnu de 37ans, connu en Belgique où sa réputation et son style de jeu ont fini par venir aux oreilles des dirigeants amiénois. Passant l’oral brillamment, car c’est un bon orateur, Luka Elsner a convaincu le duo Joannin-Williams qui en a pourtant vu défiler des entraîneurs.

    Luka Elsner a fait mouche dès la première rencontre et en face il y avait le binôme Dupraz-Tanchot expérimenté mais deux nº1. Il n’y a pas eu réellement de match et l’élégance du Slovène, son éloquence, sa volonté de jouer, son charisme, son écoute, son intelligence, sa capacité à persuader et son humilité l’ont emporté facilement. Il s’est imposé naturellement mais le plus dur commence pour lui. Vouloir et avoir la place, c’est fait.

    Luka Elsner a trois mois pour convaincre, un trimestre pour montrer qu’il a l’étoffe d’un entraîneur en devenir.

    Il doit maintenant être à la hauteur de ses promesses et des attentes de ses dirigeants. Médias, public, supporters, partenaires et joueurs, tout le monde l’attend. Il a une pression énorme sur ses épaules et il le sait. Il s’y est préparé et il a commencé par rompre avec les méthodes du passé tout en rendant hommage au travail de Christophe Pelissier qu’il n’a pas hésité à qualifier de «légende» du club. C’est beaucoup, c’est trop car la réussite de l’ASC n’appartient pas qu’à un seul homme. En place, il a apporté sa rigueur et il a compris qu’il ne fallait pas confondre rigueur et rigidité. Il apprend vite, il pige vite et il sait désormais où il a mis les pieds. Adepte du beau jeu, ou du jeu tout court, il est aussi réaliste et il sait que le maintien passe d’abord par une bonne assise défensive.

    Luka Elsner doit convaincre et cela passera uniquement par les résultats. En ce début de saison, il aura le droit à l’erreur mais au fil des matches, il va se réduire si l’équipe ne gagne pas.

    En danger, il l’est déjà alors que le championnat n’a pas commencé. Son salut passe essentiellement par son équipe et elle doit épouser ses convictions et adhérer à ses systèmes de jeu car il en a plusieurs sous le coude avec un effectif qui a perdu deux latéraux de qualité: Kratfh et Pieters. Deux pointures et en contre patrie, Kakuta est enfin revenu. Le retour du petit génie. «M. Plus», capable de débloquer un match à n’importe quel moment. Une énergie créatrice dont la carrière n’est pas la hauteur de son talent pour différentes raisons.

    L’Amiens SC aborde un virage important et le maintien ne doit pas se jouer lors de la dernière journée. Luka Elsner a trois mois pour convaincre, un trimestre pour montrer qu’il a l’étoffe d’un entraîneur en devenir.

    Ses dirigeants vont l’aider dans sa mission et nul doute qu’il devra se préparer à entendre au stade de la Licorne des «Pelissier, Pelissier» en cas de défaite. Pelissier a placé la barre à 45 points et une 13e place lors de la première saison (2017-2018) en Ligue 1. Faire mieux sera difficile, faire autant ou comme la saison dernière (15e, 38 points), ce sera déjà bien avec ou sans la manière. La fin d’une histoire marque toujours le début d’une autre histoire. Elle commence à Nice et se finira peut-être face à Nice au stade de la Licorne. RACHID TOUAZI

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    • Journaliste sportif pour le Courrier picard. De l’Amiens SC, du foot, un peu, beaucoup, passionnément, à la folie, pas du tout... « Le vestiaire » vous ouvre ses portes et ce blog est destiné à toutes celles et tous ceux qui aiment le foot, le sport mais pas que… Après avoir connu  des descentes, des montées et 17 entraîneurs avec l’ASC, il était temps de raconter quelques souvenirs et de vous faire partager  ma première saison en Ligue 1. Autrement, différemment en portant aussi un regard sur les autres sports.

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