Adieu, ma Belle, je ne t’oublierai pas…

    Tu as même transporté mon gilet jaune, qui qui, peu de temps avant, me disais que tu faisais partie des gilets jaunes de l’automobile.

             Notre rupture s’est déroulée en deux fois. Une première fois, je me suis trompé de date. Une semaine d’avance. Pourtant, la charmante Lucile, des établissements Renault-Guedet, à Amiens, avait été claire. C’est moi qui ne suis pas clair. Pourtant, je n’étais guère sorti et n’avais pratiquement pas fait d’excès. Non, rien de cela. J’avais simplement mal noté pour notre rendez-vous. Sur mon agenda, j’avais écrit, au mercredi: 16 heures, livraison de la Dacia. Or, c’était le mercredi suivant. Comme si je ne voulais pas me séparer de toi, mon carrosse adoré, ma petite Peugeot 206, 330 000 kilomètres au compteur, toute cabossée de partout. Je te savais souffrante, mal en point. Il était nécessaire que je m’y résolve: que nous nous quittions, et que je convole avec une nouvelle compagne. Je fis la connaissance d’une mignonne petite Roumaine, blonde très clair, presque blanche. Une semaine plus tard, le fameux mercredi ad hoc, nous nous quittâmes donc pour de bon, ma 206 chérie. J’avais du mal à t’abandonner sur le parking visiteurs de chez Gueudet. Je te fis un tendre baiser sur le logo Peugeot qui ornait le milieu de ton volant (cet imparfait me déchire le cœur!), comme il m’arrive d’embrasser les filles et les femmes de ma vie, juste entre leurs yeux, paupières fermées, au-dessus de leur nez. Lucile riait encore de mon arrivée anticipée, une semaine plus tôt. Puis, elle me présenta ma nouvelle copine roumaine. Je me mis à repenser à toi, ma 206. Notre rencontre, près d’une boulangerie du centre-ville. Tes courbes ondulées, les vagues rondelettes de ton corps; ta féminité effarante. Je succombais. J’étais seul; tu représentais une si belle occasion pour moi. Je courus chez le concessionnaire et nous convolâmes. Tu me véhiculas pendant de longues années. Te souviens-tu de nos périples dans le Vaugandy, pays imaginaire qui ressemble tant à l’Irlande et à la Thiérache, qui j’ai inventé à la faveur d’une de mes derniers romans? Et cette nuit de dispute, alors que nous faisions étape dans un gîte situé dans un village vaugandien, improbable et minuscule? Tu ne voulais pas que je pénètre en toi. Tu avais verrouillé tes portes. Ce soir-là, je ne te plaisais plus. Je passais une nuit à fumer, à boire et à gober des Lexomil dans la cour barbouillée par le cirage de la nuit. Pourtant, dès le lendemain, tu le regrettais déjà et tu m’ouvris à nouveau. Et vers midi, alors mon amie et moi, rentrions au Grand Cerf, un restaurant à La Capelle où l’on nous servit deux andouillettes grosses comme des rôtis de porc, tu me glissas à l’oreille: «Ne t’inquiète surtout pas pour cette nuit; je t’aime vraiment, mon Marquis.» Rarement, j’ai connu bonheur aussi intense. Oui, tu étais comme ça, ma petite 206. Aujourd’hui, tu n’es plus dans ma vie. Sache, ma Belle, que je t’ai aimée comme un fou et que je t’oublierai pas. Sois heureuse, où que tu sois. C’est drôle: en terminant cette chronique (un dernier petit cadeau), j’ai l’impression que tu es toujours près de moi. Tout près de moi.

                                                             Dimanche 30 décembre 2018.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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