Adieu Philips, je t’aimais bien, tu sais…

           

    Ma très vieille radio Philips achetée dans les années 1980.

    Coïncidence? Je ne le crois pas. Dans ma précédente chronique, je vous parlais de ma très vieille radio Philips achetée dans les années 1980, poste auquel je suis très attaché. Je vous disais qu’il avait failli rendre l’âme plusieurs fois. Et qu’à chaque fois il s’en était sorti. Étrangement, il a rendu l’âme lundi dernier, soit un jour après la publication des Dessous chics. Les objets seraient-ils dotés d’une âme, d’un esprit? A-t-il eu vent que je l’évoquais dans des divagations dominicales? Aurais-je été cafté par le divan sur lequel je jette négligemment le Courrier picard quand je rentre du travail, le soir, harassé, sale et transpirant comme un mineur de fond d’Hénin-Liétard en 1946? À moins qu’il s’agisse de la table de la cuisine. J’y pose, parfois, un journal qui sert alors de sous-main sur lequel je déplie le papier vélin avec lequel je réponds aux courriers de mes admiratrices? La table de cuisine eût-elle entretenu une relation cachée avec mon poste Philips adoré? On n’est peu de chose, tu sais, lectrice; on ne nous dit pas tout. On croit être maître chez soi. Eh bien non: les objets communiquent entre eux, s’aiment, se chamaillent, se réconcilient dès qu’on a le dos tourné. Tout ça pour dire que mon pauvre poste n’a pas supporté sa soudaine célébrité. Il a succombé lundi dernier à une rupture de bouton d’ondes qui peut s’apparenter chez ce genre d’objet à une rupture d’anévrisme. C’est affreux! C’est horrible! Mais c’est comme ça. J’avais beau le tourner énergiquement, puis délicatement. Silence radio. Philips ne voulait plus rien savoir. Une terrible vague de tristesse me submergea, m’emporta vers les rives incertaines du passé. Je tentais de me souvenir de la date à laquelle je l’avais acheté et du commerce dans lequel j’avais jeté, sur lui, mon dévolu. Était-ce à Saint-Quentin au tout début des années 1980, alors que je venais d’emménager dans mon premier nid d’amour, rue des Bouloirs, et que je commençais à travailler à L’Aisne nouvelle? Était-ce en 1983, à Beauvais, alors que je venais de me faire embaucher comme reporter au Courrier picard et que je résidais rue Pierre-Jacoby? Je ne pense pas l’avoir acquis à Abbeville, en 1986? Philips n’a pas la tête d’un Abbevillois. Il ressemblerait plutôt à un Axonais ou à un Isarien. Qu’est-ce qui m’avait plu chez lui? Le fait qu’il détînt les ondes moyennes et même des ondes courtes qu’il m’était arrivé d’explorer pour tenter de capter Radio Albanie (Radio Tirana) ou Radio Moscou ou quelques autres radios des pays satellites de la regrettée URSS? Peut-être bien. J’ai dû bien me raser 13 505 fois en l’écoutant, le matin. Il a dû me chanter du post-punk, du rock alternatif, et, ces derniers temps, du folk barbu de hipster. Combien de morts m’a-t-il annoncé? Je sais maintenant que si un jour, si Marx ou Dieu le souhaite, j’obtiens le Prix Interallié ou le Prix Renaudot, ce ne sera pas Philips qui l’annoncera à la Marquise et à ma famille. C’est affreux! Je suis effondré. Tu le sais, lectrice, je suis un homme du monde d’avant. Je vais porter un ruban noir de deuil pendant un mois. Philips, tu me manques déjà. (Ah! J’oubliais : bonne année à mes nombreux lecteurs de Franleu!)

    Dimanche 14 janvier 2018.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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