Alain Paucard: c’est pour tout ça qu’on l’aime…

         «Grenadier-voltigeur»: un roman vif et très français d’un romancier qui l’est tout autant.

    Alain Paucard n’aime pas que les bons vins; il s’intéresse aussi à la vie des soldats. PHoto : Philippe Lacoche.

    Il se présente au téléphone et dans la vie: «Paucard de Paris! Bonjour!» Il est drôle, vif, direct et franc comme un verre de Chinon, membre du Club des Ronchons, cher au regretté Jean Dutourd. Il aime le vieux rock’n’roll, son Paris, la France, les femmes, la littérature, et le bon vin. Mais pas que. Non, Alain Paucard n’est pas que ça: c’est un sacré écrivain. Auteur d’une trentaine de livres (romans, essais, pamphlets, pièce de théâtre, etc.) chez les meilleurs éditeurs (Le Dilettante, L’Âge d’Homme, Robert Laffont, Le Rocher, Flammarion, etc.), Paucard a son franc-parler et n’a pas la langue dans sa poche; c’est aussi pour ça qu’on l’aime.

    «(…)ses trois couleurs bleu, blanc, rouge et, dans le blanc la fleur de lys avec la faucille et le marteau.»

    D’une fidélité rare en amitié, il se méfie comme de la peste de la modernité (cette qualité imbécile pour crétins vite démodés), voue un culte à son pays, déteste l’architecture moderne et la bien-pensance le fait éternuer. Il garde un agréable souvenir du général de Gaulle et se souvient de l’indéniable courage des braves soldats de l’armée soviétique qui mirent la pâtée aux Teutons à Stalingrad. On est en droit de ne pas lui donner tort. En ces temps de pensée unique, Paucard a tout pour plaire; c’est encore pour ça qu’on l’adore. Cette fois, à l’instar d’un Blaise Cendrars, d’un Georges Blond, d’un Roland Dorgelès ou d’un Pierre Mac Orlan, il s’intéresse de très près à la vie des soldats à qui – il ne s’en cache pas – il a toujours voué une puissante admiration. Ici, ce n’est pas n’importe quel soldat qu’il a en ligne de mire: le grenadier-voltigeur, c’est-à-dire un fantassin rompu aux combats de première ligne. Aux durs affrontements; à l’avant toute!

    L’action de son roman se déroule en 2024 dans un village perdu de Bourgogne. Un jeune lieutenant Cyrille, militaire courageux et parfois étrange, a pour mission de tenir ce bled menacé dans le cadre de la Grande Guerre Intercommunautaire (GGI). Il est à la tête quelques combattants dépenaillés et sous-équipés. Ils surveillent un ennemi qui n’est jamais désigné mais on se doute que celui-ci doit être intégriste, fanatique ou fasciste, ce qui, en fin de compte, revient au même. Cyrille et sa petite bande se souviennent de la terrible bataille de Melun (qui est un peu leur Verdun ou leur Chemin des Dames) et se battent au nom de notre chère France et de sa République, une et indivisible. Bientôt, le haut commandement lui envoie un joli brin de fille: le sergent Christiane.

    Ils s’observent un peu; Cyrille se demande ce qu’elle lui veut. Si elle vient là pour lui filer un coup de main, ou, au contraire, pour l’espionner.

    Mené tambour (major) battant, ce roman, parfaitement construit (les chapitres, qui portent pour titre les prénoms des combattants, exposent les différents points de vue et contribuent à faire progresser la narration), recèle aussi une sacrée dose d’humour, et de fort jolis symboles politiques: «Soudain, au bout du rang, je le vois, leur fanion, bien plus présentable que le nôtre, avec ses trois couleurs bleu, blanc, rouge et, dans le blanc la fleur de lys avec la faucille et le marteau. Je le salue, et, emporté par un élan patriotique qui sort de moi sans préavis, je le baise.» C’est ce qu’on appelle une nation réconciliée autour de valeurs sûres et souveraines.

    On se croirait chez Jacques Perret, le vieux monarchiste résistant qui adorait ses camarades communistes du maquis, ou dans La main coupée de l’inimitable Blaise Cendrars. Mais non, on chez Paucard, Paucard de Paris. Et c’est pour tout ça qu’on l’aime.

    PHILIPPE LACOCHE

    Grenadier-voltigeur, Alain Paucard;

    France Univers; 146 p.; 22€.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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