Blanche Gardin ou un clin d’œil du destin

     

    Le livre à propos de Blanche Gardin et le fameux ticket de cinéma. Ils sont arrivés au même moment. Photo : Philippe Lacoche.

       La qualité cardinale d’une chronique, c’est d’être juste et sincère. Suis-je juste? Je n’en sais fichtre rien; je sais en tout cas que je tente, tous les dimanches, d’être sincère. C’est la moindre des politesses, des élégances, lectrice mon amour soumise et fessue. À dire vrai, pour cette dernière chronique de la saison (je pars en vacances; mes élucubrations dominicales reprendront en septembre), je n’avais pas grand-chose à me mettre sous la plume. Coronavirus et confinement obligent, j’ai contracté de mauvaises habitudes: je sors moins; moins de concerts, moins d’expositions, moins de rencontres, moins de films (mais depuis que la directrice du Gaumont m’a sucré ma carte gratuite, je ne fréquente quasiment plus le grand hangar vermillon; en revanche, je continue d’aller au Ciné Saint-Leu et au cinéma Orson-Welles, où je suis, à chaque fois, accueilli avec chaleur). Donc, moins de choses à te faire partager, lectrice exquise, charnue comme une pêche imminemment croquée. J’avais pensé vous raconter comment j’ai brûlé ronces, broussailles et mauvaises herbes (et mes poumons par la même occasion; et ils n’ont pas besoin de ça; ils en ont bien assez avec les Marlboros Gold) dans l’incinérateur que j’ai offert, il y a peu, à mon adorable petite fiancée. Je me serais alors souvenu que mon père, chaque automne, dans son jardin, allumait de grands feux pour y brûler les déchets végétaux. Et il en profitait aussi, très bizarrement, pour y cramer les poupées et les ours en peluche abandonnés par mes petites-nièces ou mes enfants. Pourtant, mon père n’avait rien d’un pyromane psychopathe. Non; il n’y avait pas plus brave homme, pas plus sain d’esprit. Alors pourquoi brûlait-il poupées et nounours? Allez savoir? Chaque homme, même le meilleur, recèle sa part d’ombre (la mienne est très fortement développée; c’est pour cela que j’ai les jambes blanches et un torse de neige, ce qui n’est pas pour déplaire à mes maîtresses). Non, je ne vous raconterai pas ça. Un nouveau retour dans l’enfance? Non, merci. Certains confrères de la rédaction disent déjà que je radote; l’un d’eux, plus percutant, a même ajouté: «Il ne se renouvelle pas beaucoup, pépère!» J’aurais pu aussi vous narrer mes exploits de pêcheur en haute mare, en compagnie de Raphaël Trombert, 23 ans, chargé de mission biodiversité faune auprès du Centre permanent d’initiative à l’environnement (CPIE).

    Raphaël Trombert, 23 ans, chargé de mission biodiversité faune auprès du Centre permanent d’initiative à l’environnement (CPIE). (Photo : Philippe Lacoche.)

    Nous nous sommes retrouvés, mercredi dernier, sur les berges des mares situées rue Edouard-Lucas, derrière la station essence, en face de Super U. Pas la peine que j’use ma plume: vous retrouverez ma première chronique, La mare dit, qui paraîtra… mardi prochain (je suis le Maurice Biraud de Tergnier, le Bigard d’Amiens avec mes jeux de mots à la noix; mon copain Daniel Muraz, de la rédaction en chef, l’a accepté; je me demande si ce n’est pas pour me ridiculiser), et vous saurez tout sur mes exploits. Non, je ne vous raconterais pas ça non plus. C’est le hasard et la chance qui sont venus à mon secours (la chance, cette cousine du génie: j’ai les chevilles qui enflent!). Incroyable: ce jeudi matin, j’ouvre ma boîte à lettres. S’y trouve l‘essai La vie rêvée de Blanche Gardin, de Nathalie Simon (éd. L’Archipel) que j’avais commandé. Joie. J’adore Blanche Gardin. Je file sous la douche, bouscule un petit tas de linge. Un vieux ticket de cinéma tout délavé tombe. Je regarde: Gaumont Amiens, salle 07, Blanche Gardin, 21/03/2019. Exonérés. Incroyable mais vrai! J’avais assisté à cette diffusion en compagnie de ma copine Susan après avoir demandé par mail expressément l’autorisation à la direction. Un vrai clin d’œil du destin. Ou positif comme je suis, je me suis dit que la directrice du Gaumont allait peut-être me renouveler, en tant que journaliste et critique de ciné, ma carte gratuite d’accès. On peut rêver, n’est-ce pas, lectrice conquise, presque culbutée, presque retournée?

    Blanche Gardin lors de la diffusion de son spectacle, au Gaumont, en mars 2019. J’étais en compagnie de Susan.

                                                      Dimanche 12 juillet 2020.

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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