Ça ne s’arrêtera donc jamais?

       

    Myriam Bachir. Yeux et cheveux anthracite, sourire éclatant; elle rayonne. Photo : Philippe Lacoche.

      Merlieux, Creil, Abbeville… Les salons du livre défilaient dans ma tête comme des paysages au travers de la fenêtre d’un train. Justement, ce samedi matin-là, j’étais dans un train qui perforait les brumeuses campagnes samariennes, puis isariennes de sa turgescente puissance ferroviaire. (Le chemin de fer m’a toujours rendu lyrique, lectrice convoitée; c’est atavique: petit-fils et fils de cheminot. J’adore les gares, leurs atmosphères, les ambiances qu’elles génèrent; les rencontres qu’on peut y faire. Je me souviens des billets gratuits, dont nous bénéficiions en tant que fils des rails et du ballast; des billets roses qu’il fallait remplir; on les surnommait «les permis». C’est loin tout ça.) Je me rendais au salon du livre de Creil, dit La Ville aux Livres, une très belle manifestation que je connais aussi bien que l’œuvre de Roger Vailland. Cette fois, j’avais entraîné dans mes pérégrinations mon confrère et ami Daniel Muraz, rédacteur en chef adjoint de notre cher Courrier picard, grand lecteur. Nous devisions; je lisais justement. Lui aussi. Moi: le remarquable recueil de nouvelles Polaroïds, d’Éric Neuhoff (éd. du Rocher); lui, des journaux. Nous sortîmes de la gare, traversâmes le marché plein de senteurs épicées et de brumes âcres, puis le pont sous lequel coule, majestueuse, une Oise dans laquelle, bien en amont, j’allais sonder les ondes, du côté de Condren (Aisne; à deux pas de la plus belle ville du Nord de la France: Tergnier; j’y pêchais rotengles aux nageoires vermillon, et chevesnes aux reflets brun verdâtre comme les uniformes de la Wehrmacht). La Faïencerie, enfin. Le salon. Sa créatrice et directrice, la dynamique et souriante Sylviane Leonetti me salue avec effusion. (Il en est de même pour le maire Jean-Claude Villemain.) Nous sommes toujours heureux de nous retrouver, Sylviane et moi. Nous nourrissons une très ancienne complicité. Puis, ce sont mes consœurs et confrères écrivains, journalistes, auteurs de BD, conteurs, éditeurs: Isabelle Rome, Jacques Darras, Jean-Louis Rambour, Isabelle Marsay, Alexandra Oury, Eduardo Castillo, Catherine Petit, Mohamed Rifi Saïdi, Régis Hautière, Alain Bron, Nora Aceval, Greg Tessier, Vincent Gougeat, Ella Ballaert, Alain Merckaert, Colette Deblé, Mireille et Philippe Béra, Monique et Hervé Roberti, etc. Impossible de tous les citer. J’interviewe et sympathise avec Danièle Sallenave, auteur d’un sublime road movie historique et républicain: L’Églantine et le Muguet (Gallimard). Un peu plus tard, je suis ravi d’embrasser mon amie Myriam Bachir. Yeux et cheveux anthracite, sourire éclatant; elle rayonne. Normal: elle vient signer son livre Et si les habitants participaient? (éd. de la Licorne). Et j’écoute la très mignonne Valentine Goby évoquer, au micro de Daniel Muraz, la vie de Charlotte Delbo. C’est passionnant la vie de Charlotte, grande résistante, martyrisée par ces pourritures de Nazis, revenue des camps de la mort. Revenue de l’enfer. Pour s’en sortir, elle écrit, lit, rigole, boit du champagne. Aime. Aime la vie. Aime de très jeunes hommes. Il faut que je lise ce livre. Ça ne s’arrêtera donc jamais?

                                                    Dimanche 25 novembre 2018.

    Frédéric Couderc en grande discussion avec un lecteur. Photo : Philippe Lacoche.
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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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