Quand Cérésa fondit pour Fonda

       François Cérésa jubile dans un roman gouleyant qui mêle cinéma, littérature et lieux mythiques.

    Qu’attend-on d’un roman? Parfois qu’il vous surprenne. C’est le cas de L’une et l’autre, le dernier livre de François Cérésa. Une histoire surprenante? C’est peu dire! Il nous conte la vie d’un couple, Mélinda et de Marc. Lui sexagénaire; elle, presque. Ils ont été follement amoureux; ils le sont aujourd’hui beaucoup moins. Mélinda, sublime en 1981 au moment de leur rencontre (elle ressemblait à Jane Fonda), a perdu de son charme; cela l’agace. Elle le fait comprendre à son entourage. À Marc en particulier. Marc, médecin fatigué, regrette son passé. Voir leur si belle histoire d’amour s’effilocher le rend amer et désabusé. Ils pourraient se quitter, mais… Un soir de réveillon du Jour de l’an, quelqu’un sonne à la porte. Marc tombe sur Mélinda. Choc: elle a trente ans de moins. «Elle rentre. Je regarde son port de tête. Son déhanché. Ses fesses. Ses hauts talons. Sa crinière blonde qui éclabousse ses épaules.» Elle s’installe à la table de fête. Leurs enfants ne semblent pas du tout étonnés de la métamorphose de leur mère. Avant de retourner à la cuisine, il leur adresse un clin d’œil comme pour leur signaler le rajeunissement maternel et sa beauté sublime: «Ils n’ont pas réagi. Ils attendaient le Clos Vougeot, le turbot au beurre blanc, les pâtes aux truffes, la bûche au chocolat. Après, ils sortiraient. Je me retrouverais seul avec Mélinda.»

    Zweig, Modiano, Vailland…

    Leur nuit sera flamboyante: «(…) cela faisait une éternité que je n’avais vécu une telle nuit d’amour. J’ai retrouvé une Mélinda gourmande, intense, passionnée.» La suite de l’aventure ne sera rien d’autre qu’un road movie endiablé. Une chevauchée fantastique. Ils décident d’écrire le scénario d’une série documentaire afin d’analyser les rapports entre le cinéma et la littérature. Pour ce faire, à bord d’une Lancia Flaminia bordeaux métallisé d’une beauté de grand cru, ils entreprennent un voyage à travers l’Europe et marchent dans les pas des écrivains et des cinéastes: c’est Malaparte à Capri, Stefan Zweig à Vienne, Patrick Modiano à Annecy… A Capri, «(…) j’imagine l’éblouissement de Roger Vailland débarquant à l’invitation de Malaparte avec son matériel de chasse sous-marine, ses cartouches de cigarettes, partagé entre son envie irrépressible d’honorer sa muse Elisabeth Naldi et de mettre un point final à Bon pied, bon œil (…)» Voilà qui est envoyé. Du Cérésa tout craché. Du grand Cérésa. Entre littérature et cinéma, l’écrivain, fondateur de Service littéraire après avoir été rédacteur en chef au Nouvel Observateur, jubile. Les deux premières pages qui évoquent la rencontre de Marc et de Mélinda au Courtepaille de Cussy-les-Forges, sont dignes de Paul Morand. La chute est une merveille d’habileté, de finesse. Une chute qui eût pu être écrite par un Maupassant au comble de sa forme. Entre deux: un régal. Une narration sans graisse, épatante, érudite, savoureuse. Et ce style uppercut et poétique: «Je réajuste sur ses fesses l’étoffe de mon regard.» Oui,

    François Cérésa photographié en décembre au Rouquet, boulevard saint-Germain, à Paris.

    François Cérésa en compagnie d’Arnaud Le Guern, son éditeur (au centre) et l’écrivain Christian Laborde lors de la remise du prix Louis-Barthou de l’Académie française qui lui a été attribué en décembre dernier pour son précédent roman “Poupe” (éd. du Rocher).

    du grand Cérésa! PHILIPPE LACOCHE

    L’une et l’autre, François Cérésa; Le Rocher; 224 p.; 17 €.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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