C’est une jument bleue accrochée à la colline

    Franz-Olivier Giesbert : talentueux romancier et fin analyste politique. Photo : Philippe Lacoche.

             J’écoutais ce matin, en me rasant, France Inter, la cantatrice Natalie Dessay, retraitée (dans le sens elle s’est mise en retrait) de la scène lyrique depuis 2013, et Maxime Le Forestier, invité de l’excellent et pertinent Christophe Bourseiller dans son émission Estivalitude. Il y a peu, au cours de cette même émission, et toujours en me rasant, j’étais tombé sur Franz-Olivier Giesbert (qui me passionne comme romancier et comme analyste politique) et Marie-France Bokassa, fille de Jean-Bedel Bokassa, empereur de Centrafrique (un homme, même suspecté d’anthropophagie, qui avait 17 femmes et 36 enfants reconnus à charge, ancien sergent des Forces françaises libres – FFI – et admirateur de Napoléon peut-il être réellement mauvais?); c’était un régal, un très bon moment de radiophonie. Revenons à Natalie et à Maxime. Le ton est calme, feutré. Christophe les interviewe avec bienveillance. Au risque de me trancher la couenne, je m’endormirais bien devant la glace. Soudain, il les sonde sur leurs inclinations politiques. Ils sont de gauche, bien sûr. Un petit plus pour Natalie (sans h: allez savoir pourquoi?) qui serait plutôt de gaHuche (avec un h, là, justement! Prononcez ga Huche, comme bûche). Et là, blam! Il fallait s’y attendre. Bourseiller les titille par rapport à Macron et le danger représenté par le Front national. Ça y est: en plein dans le mille. Tous deux laissent entendre qu’ils voteront Macron pour échapper au diable! «Encore deux qui sont tombés dans le piège!» me dis-je en grognant. La sociale démocratie molle (Hollande et son Valls), cette fausse gauche adorée par le Medef, et l’ultralibéralisme sournois enkysté d’intérêts capitalistiques (Macron) nous font le coup à chaque fois. Moi, ils ne m’auront pas. Ça suffit! Car, ce n’est pas seulement du FN (cette horreur, on est d’accord, que je continuerai à combattre avec d’autres armes que le doux papier des bulletins de vote) qu’ils ont peur, mais du peuple. Du peuple en révolte; du peuple dans la rue.

    Faux Gilets jaunes, à cheval dans la neige, issus d’une toile exposée dans la vitrine de la Vinothèque, à Amiens, où je vais acheter mon vin bio chez le copain Alain Potin. Photo : Philippe Lacoche.

    Celui des Gilets jaunes que cette gauche tiède de l’entre-soi a eu tôt fait de qualifier de facho sphère. Les Gilets jaunes sont populistes. Oui, est alors? Ils sont populistes car ils sont le peuple. Ce peuple que j’aime car j’en viens. Ce peuple que la bourgeoisie intello et les bien-pensants sont bien contents de trouver quand il s’agit de résister au nazisme ou de détrôner l’aristocratie. (Par ailleurs bien plus respectable que la bourgeoisie affairiste.)

    Danièle Sallenave (ici à Creil), et son remarquable essai “Jojo, le Gilet jaune”. Académicienne, Danièle a le courage de ses opinions; c’est tout à son honneur. Photo : Philippe Lacoche.

    Danièle Sallenave, de l’Académie française, prend la défense des Gilets jaunes dans son superbe Jojo, le Gilet jaune (Gallimard; coll. Tracts; numéro 5; 3,90€). Elle a raison; elle aussi vient de ce petit peuple français. Et elle s’en souvient. Voilà qui est dit. Ensuite, Maxime a parlé de sa belle chanson «San Francisco» où il est question de la maison bleue accrochée à la colline, puis d’un corbillard qu’il aurait racheté à un copain, et de deux juments qui le tirèrent – le corbillard, pas le copain – (dont l’une, non débourrée, le fut par ses soins. «A la fin, elle était capable de faire des créneaux avec le corbillard!». J’adore quand le poète Le Forestier revient au galop!) dans les ruelles du village d’Anne Sylvestre.

    The Swinging Dice : l’un des meilleurs groupes picards. Photo : Philippe Lacoche.
    L’efficace bassiste et contrebassiste des Swinging Dice est le sosie d’Al Wilson, chanteur-guitariste-harmoniciste de Canned Heat. Photo : Philippe Lacoche.

    Avant de conclure, je voudrais dire un mot sur les fabuleux The Swinging Dice que j’ai vus au festival Rétro C Trop. Ce groupe de blues, de rhytm’n’blues teinté de boogie furieux et de rockabilly pulpeux, est une bombe. Carrément génial. Bourré d’énergie et de talent. Pas eu la place de le dire dans la dernière chronique. C’est fait.

                                                       Dimanche 14 juillet 2019.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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