Chemises mondialisées et gilets jaunes

    J’attrape mon fer Calor Easygliss, Derilium Technology – la Rolls-Royce des fers à repasser -, made in France (j’adore!) et me mets à l’ouvrage.

         Je n’ai pas envie de critiquer mes gilets, surtout les jaunes. Je n’ai strictement rien à leur reprocher. Bien au contraire. Je n’en dirai pas plus. En revanche, mes chemises… Il faisait un temps superbe; une jolie lumière hiémale, melliflue, caressait la verdure tenace de mon jardin. Sur le pommier du voisin, subsistaient des pommes d’un jaune éclatant. Couleur de gilet. Décidément. Même si je ne souhaite pas en parler, j’y reviens. Drôle de climat, tout de même. Je ne voudrais pas contrarier Donald, mais il y a tout même, tout au fond des saisons, comme un goût de bizarre. Pire que dans l’alcool du Mexicain qui a tant fait pleurer Jean Lefebvre dans les Tontons flingueurs. Des pommes jaunes, mûres, sur un pommier, en janvier 2019: c’est tout de même singulier. Donc, je m’ennuyais un peu, ce midi-là. Pour me distraire, je contemplais mon jardin depuis la véranda. Comme je m’ennuyais toujours, j’ai décidé que j’allais me mettre à repasser. L’homme seul à la maison doit savoir se débrouiller; les féministes de l’après 1968 nous l’ont assez répété. Me voici en train de farfouiller dans le panier de linge propre. Je sors cinq ou six chemises, trois jeans, deux pulls et deux écharpes, dont la grise légère en presque cachemire qu’aimait tellement ma dernière brune. Trêve de nostalgie. J’attrape mon fer Calor Easygliss, Derilium Technology – la Rolls-Royce des fers à repasser –, made in France (j’adore!) et me mets à l’ouvrage. Une, deux. L’ennui me reprend. Pour me distraire, cette fois-ci je me mets à mater les étiquettes. Là, la mondialisation me saute à la gueule. Mes chemises adorées ont été confectionnées en Chine, au Bangladesh, en Turquie, au Portugal. Même mon très joli pull bleu ciel en alpaga de chez Mettez (Paris) – lavage à froid préconisé – glané à la faveur du prix des Hussards, provient du Pérou. Rien de made in France. Je me demandais pourquoi mon Calor renâclait, soufflait, crachotait sa flotte comme un lama devant un Haddock; en fait, il voulait attirer mon attention et se révoltait devant les méfaits de la mondialisation. Le couronnement de cette journée? Mon ennui fut rompu à cinq reprises par des appels téléphoniques de centres lointains et méditerranéens qui voulaient me vendre des fenêtres, des téléphones portables, me faire changer d’abonnement pour ma box. Épuisé, je me suis allongé sur mon canapé et me mis à rêver de douaniers, de frontières, d’artisans picards qui m’écrivent sur papier à en-tête pour proposer de changer mes fenêtres, ma toiture et de réparer mon vieux téléphone à cadran et en bakélite. Et de pulls made in France, bien sûr. La mondialisation marchande commence vraiment à me gaver grave!

     Dimanche 13 janvier 2019.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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