Chez Pierre, je pense à ma bière

     

    Daniel Grardel, peintre, développe depuis des années une oeuvre originale et forte qui n’est pas sans rappeler celle de Clovis Trouille.

    «Je ne sais pas où me mettre!» ai-je confié à mon ami, le peintre Daniel Grardel, quand je le croisai, le mardi 5 juin 2018, à 14h20. Si j’ai précisé la date de notre rencontre, ce n’est pas anodin: c’était le dernier jour pour envoyer, par internet, sa déclaration d’impôt. Quelle horreur! Non, pas l’horreur de payer des impôts, non. Il faut bien; en bon marxiste, je suis pour le collectif, l’état costaud et tout le toutim. (Cependant je préférerais, tu t’en doutes lectrice attentive, comblée et fessue, que notre cher président providentiel et des riches fasse, justement, payer les riches et qu’il arrête de s’en prendre aux pauvres, aux cheminots, aux demandeurs d’emploi et autres assistés – des fainéants! Vous n’avez pas honte, Emmanuel, ce n’est pas très chrétien comme réflexion!) Non, ce fut une horreur pour moi, comme chaque année, car j’ai peur de me planter et que je déteste, comme les trois-quarts des Français, la paperasserie. De plus, comme j’étais à la bourre, j’ai dû me taper cette tâche détestable par impot.gouv.fr. Oui, ce fut affreux. Levé à 8 heures (moi qui déteste me lever avant 8h30), j’étais pourtant de bonne humeur. Au fil des manipulations, mon humeur s’assombrit et je faillis à plusieurs reprises jeter mon ordinateur par la fenêtre. J’ai fini par me défouler en écrivant un petit mot (que m’a suggéré mon pote Carlos, journaliste au service reportage à l’esprit délicieusement desprogien) qui commençait ainsi: «Bonjour mon Trésor, j’espère que tu vas bien…» Ceci dit, j’ai tort de faire le malin: à force s’envoyer des skuds à Emmanuel Macron, je vais finir par me bloquer un contrôle fiscal. (Ceci dit, je crois que je suis béton, mon Trésor.) Oui, donc, à cause des travaux et de l’absence de la Marquise (partie une semaine pour son travail à Chaumont, en Haute-Marne), je ne sais plus où me mettre. J’erre en ville, je baguenaude, je traîne mon ennui comme Musset et Maupassant leur syphilis. J’étais donc très heureux de croiser un copain Grardel que je n’avais pas vu depuis des mois. Nous nous rendons au Café, chez Pierre (pour faire rire la Marquise, je dis souvent que je vais boire une pierre chez Bière). Il me confie qu’il expose toujours une quinzaine de toiles dans «l’un des plus beaux cafés de la ville, le Marott Street» mais aussi à Concarneau, ville de son grand ami le chanteur Lucky Blondo. Daniel me fait savoir qu’il travaille à la réalisation d’une bande dessinée dont le scénario est l’œuvre de l’écrivain Claude Tillier. (L’histoire d’une fille retrouvée empalée sur la flèche de la cathédrale. Il s’en passe des belles dans la capitale picarde; on ne nous dit pas tout.) Comme ça fait plus de deux mois que je n’ai pas bu une goutte d’alcool, j’ai l’âme sensible. Je contemple Daniel. Je repense à Lou-Mary, mon ancienne compagne, que Daniel avait maintes fois dessinée. Je me souviens aussi d’un concert que la grande Didiche donna au Lucullus en compagnie du chanteur Chris Evans, un autre ami du Daniel. Chris qui, à ce propos, chantera le 15 juin prochain à l’église de la Madeleine, à Paris, à l’occasion d’un hommage à Johnny Hallyday. Je me demandais si elle viendra chanter à la messe de mon enterrement, cette longue liane de Lou. Sache, lectrice adulée, que je veux que soient jouées «L’Internationale» (le prêtre de Tergnier, l’abbé Aymé Bagala – qui a enterré mon père en janvier dernier–, j’en suis sûr, m‘y autorisera) et «La Javanaise», de Gainsbourg. Désolé: sans bière, je pense à ma bière – c’est de mise -quand je suis chez Pierre.

    Dimanche 10 juin 2018.

     

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    • Ca y est, lectrice, mon amour! J’ai mon blog ! En fait, j’en ai deux (de blogs) : celui-ci dessous (chics) hébergé par mon cher Courrier picard et celui hébergé sur le site de la revue La Règle du Jeu, de Bernard-Henri Lévy. En ce qui concerne ce blog du Courrier picard, j’y parlerai des trois choses les plus importantes dans la vie : les filles, la littérature et le rock’n’roll. On y retrouvera certaines chroniques des « Dessous chics », mon rendez-vous culturel et dominical du Courrier picard, certains bouts d’interviews que, faute de place, je ne peux publier, des commentaires divers sur l’air du temps, des rencontres, des coups de coeur et des coups de gueule… Et pour me faire de la pub, je parlerai sans complexe de mes bouquins. (Pourquoi se priver de se faire du bien quand, d’un seul coup, on devient puissant, grâce à ce fichu blog, presque le maître du monde). Je ne publierai que les commentaires des filles. Ceux, velus et répugnants, des mecs, seront censurés, sauf ceux qui diront du bien de moi. (Ce qui, je le sais, n’arrivera pas.). Voilà, lectrice, ma fée humide, mon ange terriblement sexué, tu sais tout. Jette-toi sur mon blog comme sur mon corps : dévore-le. Dévore-moi, gourgandine!

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